Produits personnels: Un enfant hospitalisé toutes les deux heures aux É-U

MONTRÉAL — Les produits de soins personnels ont envoyé un enfant à l’urgence aux deux heures chez nos voisins du sud entre 2002 et 2016, selon une nouvelle étude américaine.

L’enquête a été menée par des chercheurs du Center for Injury Research and Policy de l’hôpital pédiatrique Nationwide. Ils ont constaté que 64 686 enfants ont visité l’urgence aux États-Unis pendant cette période après avoir été incommodés par des produits comme du shampoing, du maquillage, du vernis à ongles ou de la lotion, ce qui correspond à environ un enfant toutes les deux heures.

Soixante-seize pour cent des blessures sont survenues quand l’enfant a avalé le produit et 19 pour cent quand le produit est entré en contact avec la peau ou les yeux.

Quatre-vingt-six pour cent des blessures étaient des empoisonnements et 14 pour cent des brûlures chimiques.

Environ 60 pour cent des blessures ont été rapportées chez des enfants âgés de moins de deux ans.

Les trois principaux produits ayant causé des blessures étaient le dissolvant pour vernis à ongles (28,3 pour cent), les produits pour soigner les cheveux (27 pour cent) et les produits pour le soin de la peau (12,7 pour cent).

Le dissolvant pour vernis à ongles a généré à lui seul 17,3 pour cent des visites à l’urgence. Les défrisants et les solutions pour permanentes ont été responsables de plus d’hospitalisations que n’importe quel autre produit.

«Ça peut amener des intoxications si la quantité ingérée est suffisante, mais c’est la quantité qui fait le poison, a dit Guillaume Bélair, un infirmier clinicien du Centre antipoison du Québec. Il y a des produits qui ne sont pas dangereux, mais qui peuvent être inquiétants en grande quantité.»

Les plus récents chiffres du Centre témoignent de 662 cas d’exposition à de tels produits chez des enfants de 0 à 5 ans, entre le 6 février et le 16 mai 2019. La majorité des cas n’ont pas été transmis à un centre hospitalier.

L’auteure de l’étude américaine, Rebecca McAdams, a expliqué dans un communiqué qu’un enfant qui ne sait pas lire ne voit qu’une bouteille colorée dont le contenu peut avoir une odeur plaisante, ce qui peut avoir des conséquences néfastes.

M. Bélair abonde dans le même sens.

«Ce sont surtout les 2-3 ans qui sont nos gros clients (…) parce que à cet âge-là ils ont suffisamment de mobilité et de dextérité pour ouvrir certains pots, mais ils ne savent pas encore nécessairement qu’ils ne doivent pas toucher à ces produits-là», a-t-il dit.

Nausées et vomissements

La majorité des cas se traduiront uniquement par des nausées et vomissements. Mais les parfums qui peuvent contenir jusqu’à 90 pour cent d’alcool, les crèmes contre l’acné qui contiennent de l’acide salicylique (de l’aspirine) et même les dentifrices pour adultes qui contiennent du fluor ne sont que quelques-uns des produits dont le niveau de risque est un peu plus élevé.

«Pour les enfants, il y a des produits qui nous inquiètent plus que d’autres, pour lesquels on a beaucoup moins de tolérance et pour lesquels on peut envoyer consulter pour observer d’emblée, a dit M. Bélair. Mais la grande majorité, pour cette catégorie de produits-là, si l’enfant va bien, il y a beaucoup de produits qu’on va observer à la maison pour un nombre de temps défini avec les parents.»

Les experts conseillent de placer ces produits soigneusement non seulement hors de portée des enfants, mais aussi hors de leur vue et dans des armoires munies de dispositifs qui empêcheront les petits curieux de les ouvrir.

Les parents sont souvent pris de court par un enfant qui, soudainement, est capable de grimper là où ce n’était pas possible deux semaines plus tôt, explique M. Bélair, d’où l’importance d’une grande vigilance.

Il recommande aussi aux parents de garder ces produits dans leur contenant d’origine.

«Ça facilite énormément la tâche de l’infirmière du Centre antipoison, a-t-il dit. Quand on a accès au nom du produit, on a une base de données de plusieurs milliers de produits (…) et on peut avoir les ingrédients. Mais si par exemple on nous dit que c’est un produit pour laver le visage qui a été donné par une amie dans une bouteille qui n’est pas la bouteille d’origine, c’est certain que nous, on doit aller à la version la plus prudente. On ne sait pas exactement ce que c’est, donc il faut essayer de penser au pire produit de cette catégorie-là, il faut aller au pire scénario.»