Projections linguistiques: la place du français au pays chutera d’ici 2036

MONTRÉAL – Une récente étude de Statistique Canada sonne l’alarme quant à la place qu’occupera la langue française dans les foyers québécois et canadiens d’ici 2036.

Selon les données publiées dans le document «Projections linguistiques pour le Canada, 2011 à 2036», rendu public mercredi, le poids démographique de la population de langue maternelle française au Québec devrait chuter de 79 pour cent en 2011 à une proportion oscillant entre 69 et 72 pour cent en 2036.

À l’échelle canadienne, cette proportion devrait fléchir de 21,3 pour cent en 2011 à un taux se situant entre 17 et 18 pour cent en 2036.

La précarité de la langue française à l’extérieur du Québec est tout aussi inquiétante, alors que la proportion de francophones hors Québec devrait fondre de 3,8 pour cent en 2011 pour s’établir à environ 2,7 pour cent en 2036.

La langue anglaise devrait connaître un sort similaire à celui de la langue française. Le poids démographique de la population de langue maternelle anglaise au pays dégringolera de 58,7 pour cent en 2011 à un seuil s’établissant entre 52 et 56 pour cent en 2036.

Cette chute est attribuée, par les auteurs de l’étude, à l’accroissement de l’immigration, qui deviendra le «principal moteur de croissance démographique au Canada». Alors que les immigrants représentaient 20,7 pour cent de la population canadienne en 2011, ce taux devrait se hisser à 24,5, voire 30 pour cent, au cours des deux prochaines décennies.

Au Québec, les scénarios de projection des chercheurs René Houle et Jean-Pierre Corbeil ne parviennent pas à établir précisément si la part de personnes ayant l’anglais comme langue maternelle s’accroîtra ou diminuera d’ici 2036. Alors que la proportion d’anglophones s’établissait à 8,2 pour cent de la population québécoise en 2011, elle devrait atteindre un taux se situant entre 7,9 et 8,8 pour cent en 2036.

Hausse du français comme langue d’usage

Les auteurs de l’étude font toutefois valoir que la population dont la langue d’usage est le français — c’est-à-dire la langue qui est parlée à la maison, même si ce n’est pas la langue maternelle — connaîtra une hausse. Elle devrait passer de 5,5 millions en 2011 à 7 ou même 7,3 millions de personnes en 2036. Ce gain représentera tout de même une diminution relative de la proportion de Québécois parlant le français à la maison, la faisant passer de 81,6 pour cent en 2011 à une part se situant entre 74 et 76 pour cent de la population québécoise en 2036.

L’anglais devrait mieux tirer son épingle du jeu que le français, quant à la langue officielle qui est la plus parlée. Si l’on se fie à cet indicateur, le poids de l’anglais dans la population canadienne devrait bondir de 75,4 pour cent en 2011 à 77,8 pour cent en 2036. Il connaîtra également une hausse au Québec, passant de 13,6 pour cent en 2011 à une fourchette se situant 16,3 et 17,5 pour cent en 2036.

Les chercheurs attribuent la montée de l’anglais à l’immigration internationale et à l’attrait de cette langue auprès des personnes résidant au Québec ayant une langue maternelle tierce.

À l’inverse, le poids du français comme langue officielle la plus parlée au pays décroîtrait de 23 pour cent en 2011 à 21 pour cent en 2036. Au Québec, cette proportion passerait de 85,4 pour cent en 2011 à 82 pour cent en 2036.

L’étude de Statistique Canada révèle également une baisse de l’attrait du français comme langue seconde. Le taux de Canadiens hors Québec disant pouvoir soutenir une conversation dans les deux langues officielles devrait fléchir de 9,8 pour cent à une part se situant entre 9,2 et 9,6 pour cent entre 2011 et 2036. Au cours de la même période, la proportion de Québécois bilingues devrait bondir de 9 points, passant de 43 à 52 pour cent.