Projet-pilote d’hypnose médicale à l’Hôpital de Montréal pour enfants

MONTRÉAL — L’hypnose médicale semble réduire la douleur et l’anxiété des patients lors de certaines procédures d’imagerie médicale, démontre un projet-pilote réalisé au cours des derniers mois à l’Hôpital de Montréal pour enfants (HME).

Cela se traduit aussi par une réduction de la quantité de médication nécessaire pour réaliser ces interventions.

«Les patients ne bougent pas. Ça fonctionne à merveille. C’est incroyable», a commenté la chef technologue en imagerie médicale à l’HME, Johanne L’Écuyer.

Le projet trouve sa genèse dans une conférence à laquelle avait assisté le président de l’Ordre des technologues en imagerie médicale, en radio-oncologie et en électrophysiologie médicale du Québec. Après discussion, Mme L’Écuyer et sa collègue Maryanne Fortin se sont rendues en France pour rencontrer les équipes du Centre hospitalier universitaire de Rouen et de l’Hôpital Femme Mère Enfant à Lyon.

«Ce qu’on a vu là-bas nous a carrément jetées par terre, a dit Mme L’Écuyer. Des examens que nous faisons sous anesthésie générale sont faits là-bas sous hypnose. C’était très impressionnant.»

Une technologue en imagerie médicale française, qui est également hypnothérapeute, a alors été invitée au Québec pour former quelques membres du département d’imagerie médicale de l’hôpital montréalais.

Ce sont 80 examens qui ont été réalisés en tout dans le cadre du projet, entre les mois de janvier et de septembre 2019.

«Le projet visait deux procédures en particulier: l’insertion d’un cathéter central par voie périphérique et la cystographie mictionnelle, a expliqué Mme L’Écuyer. Au départ les patients visés étaient des patients qui n’avaient pas de sédation. Quand on vu que ça fonctionnait très bien, on est allés vers des procédures qui demandent parfois de l’anesthésie générale; on a imité un petit peu ce qu’ils font là-bas, et ça fonctionne. C’est assez fantastique.»

L’Hôpital de Montréal pour enfants affirme aujourd’hui être le premier hôpital au Québec à utiliser l’hypnose médicale pour réduire la douleur et l’anxiété durant certaines procédures d’imagerie médicale.

Une question de confiance

«Le plus important est que le patient se sente en confiance avec la personne qui va faire la procédure, a précisé Mme L’Écuyer. L’hypnose débute dès l’accueil du patient dans la salle d’attente.»

ll est donc crucial que le langage verbal et non verbal de la technologue soit positif, a-t-elle ajouté. Elle doit sourire, bien se présenter et faire preuve d’empathie, ce qui permet de jeter les bases d’un lien de confiance avec son patient.

L’hypnose n’est pas un état de sommeil: c’est plutôt un état modifié de conscience, et c’est à cet état altéré — dont nous sommes tous capables, petits et grands — que la technologue fera appel pour entraîner son patient dans un monde imaginaire qui le dissociera de plus en plus des procédures qui l’attendent.

«La technologue doit établir une histoire avec le patient, a expliqué Mme L’Écuyer. On laisse au patient le pouvoir de choisir de quoi il veut qu’on lui parle. Est-ce que tu fais du sport? Est-ce que tu aimes aller à la plage? On établit un sujet dont on va discuter tout le long de la procédure. La technologue se consacre en entier au patient pendant cet examen-là.»

Tout ce qui se passe ensuite pendant l’intervention doit être rattaché à cette histoire: une injection devient la piqûre d’un moustique, un produit qui chauffe la peau devient la sensation du soleil et une machine qui sonne devient une voiture de police qui passe à proximité.

«L’important est que la technologue associe ce qui se passe à l’extérieur du corps du patient à ce qu’il vit dans sa tête, a précisé Mme L’Écuyer. Ça demande de la créativité de la part de la technologue, de l’imagination, beaucoup de patience, beaucoup d’empathie et beaucoup de bienveillance. C’est une toute autre façon de faire.»

Adieu, terreur et incompréhension

«Les radiologistes et les autres technologues ont dû s’adapter à cette nouvelle façon de faire, parce qu’on baisse la lumière un peu, tout le monde doit travailler dans le silence le plus possible pour ne pas trop déranger l’hypnose, les gens chuchotent, a ajouté Mme L’Écuyer. Les radiologistes trouvent ça incroyable de travailler avec des patients sous hypnose, parce qu’ils sont dans la tranquillité.»

La douleur, la terreur et l’incompréhension qui étaient le lot de plusieurs petits patients ne sont en effet plus qu’un mauvais souvenir.

Après chaque intervention, on a demandé aux jeunes patients de fixer leur niveau d’inconfort et de douleur sur une échelle de 0 à 10. À ce jour, le score moyen est de 5,1 sans l’hypnose médicale — mais de 1,7 avec l’hypnose.

Le département d’imagerie médicale est pour le moment le seul à utiliser l’hypnose médicale au HME — une situation qui risque toutefois de changer très rapidement.

«Ça s’est su comme une traînée de poudre (en janvier) que quelqu’un de la France était ici pour former les technologues, a raconté Mme L’Écuyer. J’ai eu des files d’infirmières et de psychoéducatrices à ma porte qui voulaient suivre la formation. J’ai dû calmer tout le monde et leur demander de nous laisser faire notre projet. Je ne pouvais pas étendre ça à tout l’hôpital, évidemment.

«(Mais) c’est trop fantastique pour seulement garder ça en imagerie médicale. Il faut répandre ça partout dans l’hôpital. Il y a plein d’endroits où on pourrait bénéficier de ça.»

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