Propane: les agriculteurs devront patienter, prévient Québec

MONTRÉAL — Il n’y aura pas de propane disponible pour les agriculteurs québécois tant que la grève des 3200 cheminots de la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada (CN) ne sera pas terminée, prévient le gouvernement Legault, qui exhorte Ottawa à «prendre tous les moyens nécessaires pour régler la situation».

L’approvisionnement quotidien de propane jugé essentiel de 2,5 millions de litres sera garanti au moins jusqu’à samedi, a indiqué lundi après-midi le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien.

«On ne peut pas ouvrir au rationnement le 6 millions (de litres) par jour qui serait nécessaire pour couvrir entres autres le milieu agricole sans que la situation avec le CN ne soit réglée», a-t-il prévenu en point de presse à Québec.

Cette mise au point est survenue alors que plus tôt dans la journée, quelques centaines d’agriculteurs ont de nouveau exprimé leur colère, cette fois en se rendant au bureau montréalais du premier ministre Justin Trudeau afin de critiquer l’approche d’Ottawa dans ce dossier.

Depuis le début du débrayage, il y a presqu’une semaine, Ottawa a écarté d’envisager une loi spéciale pour forcer un retour au travail. À Regina, en Saskatchewan, la ministre fédérale de l’Agriculture, Marie-Claude Bibeau, a une fois de plus exhorter la plus importante compagnie ferroviaire au pays et la partie syndicale à conclure une entente négociée.

«Tout ce qu’on peut dire, c’est prenez tous les moyens nécessaires pour régler la situation», a répondu M. Julien, lorsqu’on lui a demandé si le gouvernement Legault souhaitait une loi spéciale.

Il ne semblait toutefois pas y avoir de progrès dans les négociations, puisqu’un communiqué publié en fin d’après-midi par la Conférence ferroviaire de Teamsters Canada suggérait que le CN semblait «vouloir prolonger ce conflit de travail».

Le propane est nécessaire pour de nombreux agriculteurs. Alors que les producteurs céréaliers ont besoin de ce gaz pour faire sécher leurs récoltes et vendre leurs grains, des éleveurs s’en servent pour chauffer, par exemple, des poulaillers.

En raison du conflit de travail, les livraisons ont plutôt été acheminées vers des établissements comme des hôpitaux et des résidences pour personnes âgées. Le CN dit ne fonctionner qu’à 10 pour cent de ses capacités.

Québec tente d’acquérir «le plus de wagons (de propane) possible» d’un train qui se trouve à Edmonton. On regarde aussi du côté du Maine, au sud de la frontière, mais les défis logistiques sont importants, puisqu’il faut aller chercher le propane par camion.

Démonstration

À Montréal, les manifestants, escortés par un cortège d’une quinzaine de tracteurs, se sont rendus devant le bureau montréalais de M. Trudeau, où une série de discours ont adressé des reproches à Ottawa et au CN. Le rassemblent a culminé par le déversement, devant l’entrée de l’édifice, de plusieurs dizaines de sacs de grains de maïs non séché afin d’illustrer les pertes provoquées par la situation actuelle.

«La grève du CN était prévisible, a lancé le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau. Le débrayage, le 19 novembre, n’était pas une surprise. Il aurait dû y avoir de la planification pour assurer que le propane soit disponible pendant au moins les premières semaines de la grève.»

Tout au long du trajet, les agriculteurs ont scandé des slogans comme «Sans propane, l’agriculture est en panne», tandis que d’autres brandissaient des affiches flanquées de déclarations comme «fermez pas le propane, on va tout perdre» et «sans propane, les récoltes vont à la poubelle».

Pascal Leduc, un producteur de maïs et de lait situé à Mirabel, figurait parmi les manifestants. Sans propane, c’est la moitié de sa récolte qui est toujours dans les champs.

«Mon silo est plein, je n’ai jamais vécu une telle situation, a-t-il dit. J’ai été obligé de le faire refroidir pour faire geler les grains. On se croise aussi les doigts pour qu’il ne neige pas. Sinon, c’est le maïs dans le champ qui va écoper.»

D’autres répercussions

La convention collective des 3200 chefs et agents de train actuellement en grève est échue depuis le 23 juillet.

En raison du débrayage, 70 personnes ont reçu un avis de licenciement temporaire au port de Halifax, selon le syndicat représentant le personnel du CN. Lundi, 550 employés ont été mis à pied temporairement en Saskatchewan par le géant de la potasse Nutrien à cause de la grève qui paralyse le réseau du transporteur ferroviaire.

L’impact de la grève sur l’économie pourrait atteindre 2,2 milliards $ si elle devait se prolonger jusqu’à la fin du mois et 3,1 milliards $ si elle se poursuit jusqu’au 5 décembre, selon l’économiste en chef de la Banque TD, Brian DePratto.