«Propos diffamatoires» contre une administratrice de Québecor: Fitzgibbon persiste

QUÉBEC — Menacé par une mise en demeure mercredi, le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a refusé de se rétracter, mais a réussi à obtenir un engagement de Desjardins dans la saga de la relance des journaux du Groupe Capitales Médias (GCM).

Mardi, M. Fitzgibbon avait critiqué le retrait de Desjardins dans le montage financier de GCM en soulevant un doute sur le rôle de Sylvie Lalande, une administratrice d’une instance de Desjardins qui est en outre un poids lourd dans le conseil d’administration de Québecor — c’est-à-dire un concurrent de GCM.

Par la voie de son avocat, elle a fait savoir que sa probité était en cause en raison de «propos diffamatoires» et elle a exigé des excuses du ministre d’ici à 17 h 00 mercredi, sinon un recours sera intenté.

«Apparence de conflit»

En mêlée de presse en après-midi au parlement, M. Fitzgibbon a persisté en refusant de s’amender. «L’apparence de conflit est là, certes, a-t-il commenté. Est-ce qu’il y a eu conflit? C’est dans les faits qu’on va le voir.»

Il a toutefois admis les explications de Desjardins, qui a fait valoir que le conseil d’administration que dirige Mme Lalande, à la tête de Capital régional et coopératif Desjardins (CRDCD), n’a pas eu à se pencher sur la demande de financement en question parce qu’elle était inférieure à 2 millions $.

«Si c’est le cas, il n’y a pas de conflit», a déclaré le ministre.

«Évaluation du nouveau dossier»

Du même souffle, Desjardins a fait savoir que ses «différentes composantes concernées» procéderont dans les prochains jours «avec rigueur et ouverture» à «l’évaluation du nouveau dossier» de GCM, car le gouvernement est maintenant prêt à bonifier son offre financière, en vue d’atténuer le risque pour les partenaires.

M. Fitzgibbon a en effet évoqué un investissement supplémentaire de l’État qui pourrait aller jusqu’à un million de dollars.

Autant lui que son patron, le premier ministre François Legault, avait critiqué la décision de Desjardins, un mouvement coopératif, qui refuse d’encourager un autre projet coopératif.

«Desjardins n’envoie pas un message positif», a-t-il déclaré mercredi matin.

Réunis en congrès dans la Vieille-Capitale, les délégués la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) ont également demandé à Desjardins de prendre part au montage financier des travailleurs de GCM.

Le montage financier des coopératives d’employés qui veulent reprendre le groupe était mis en péril par le retrait de Desjardins.

Retraités

Appuyés par tous les partis d’opposition, les retraités des journaux de GCM ont également fait entendre leur voix mercredi. Les caisses de retraite ne sont pas comprises dans les scénarios de relance et des retraités perdront jusqu’au quart de leurs prestations.

L’opposition a accusé l’empire financier Power Corporation, l’ancien propriétaire du groupe, d’avoir échappé à ses responsabilités. Elle réclame notamment une enquête de Retraite Québec et de la Vérificatrice générale.

Selon le représentant des retraités, Pierre Pelchat, il suffirait de «quelques centaines de milliers de dollars» pour améliorer la capitalisation de la caisse, qu’on réclamerait à un conglomérat, Power Corp., qui pèse plus lourd que la Caisse de dépôt.

Jusqu’à présent, Investissement Québec (IQ) a déjà accordé des prêts totalisant environ 15 millions $ à GCM. M. Fitzgibbon a déjà signalé que l’État québécois n’allait pas récupérer sa mise. Selon le ministre de l’Économie, il faudra injecter entre 10 millions $ et 15 millions $ dans le fonds de roulement du groupe de presse.

À l’abri de ses créanciers depuis le mois d’août, GCM compte quelque 350 employés permanents et publie les quotidiens régionaux «Le Soleil», «La Tribune», «La Voix de l’Est», «Le Droit», «Le Nouvelliste» et «Le Quotidien».

GCM est un client de La Presse canadienne.