Prorogation: Camouflage selon le PCC, tentative de noyer le poisson selon le Bloc

OTTAWA — Brandissant quelques documents caviardés, le député conservateur Pierre Poilievre a dit détenir la preuve que Justin Trudeau est en pleine opération de camouflage. Et dans les parties lisibles de ces documents, M. Poilievre croit déceler les pressions politiques exercées sur les fonctionnaires pour accorder à l’organisme UNIS (WE Charity) le contrat de gestion d’un programme de bourses.

Des milliers de pages concernant cette affaire ont été remis mardi aux députés siégeant sur le comité parlementaire des finances, comité qui a dû interrompre ses travaux, le Parlement ayant été prorogé le jour même.

L’organisme WE Charity a dû renoncer à un contrat de 43,5 millions $ pour gérer un programme créé en réponse à la pandémie lorsque ses liens avec la famille du premier ministre Trudeau et celle de l’ancien ministre des Finances Bill Morneau ont été soulignés.

Les enquêtes sur cette affaire, entamées par quatre comités parlementaires, sont sur la glace en attendant une reprise des travaux des élus le 23 septembre. Les conservateurs en concluent que la prorogation a été décidée dans le seul but de camoufler ce «scandale».

En lisant les échanges de courriels et les documents préparés par les fonctionnaires et par l’organisme WE Charity, M. Poilievre relève certains détails comme, par exemple, la présence de photos de Margaret Trudeau et de Sophie Grégoire présentées comme «ambassadrices célèbres» de WE.

«C’était clair que les fonctionnaires faisaient face à une énorme pression de favoriser ce groupe qui avait payé 500 000 $ à la famille Trudeau», a-t-il lancé mercredi matin, en conférence de presse à Ottawa.

Les conservateurs promettent de continuer à taper sur ce clou, mais ne semblent pas enclins à faire tomber le gouvernement sur la question dès le discours du Trône du 23 septembre.

«Justin Trudeau aimerait très très bien avoir une élection avant que la vérité soit connue», a offert M. Poilievre comme justification.

Au Bloc québécois, on ne va pas jusqu’à crier au camouflage, mais on perçoit dans la prorogation du Parlement une tentative «de noyer le poisson».

Joint au téléphone à Bonaventure où se tient une réunion du caucus bloquiste, Rhéal Fortin a assuré qu’on n’en resterait pas là.

«On verra le 23 septembre, mais au moment où on se parle je peux vous garantir qu’il y a un consensus, une intention, une volonté ferme de notre part de reprendre les travaux du comité et particulièrement les travaux sur le scandale WE Charity», a insisté le député bloquiste qui siège au comité des finances.

Pour ce qui est des 5000 pages de documents, M. Fortin a eu le temps d’en prélever ce qui, selon lui, est la preuve que l’organisme n’aurait pas dû être choisi.

«Je crains qu’une collaboration avec l’organisme UNIS soit sous-optimale au Québec tant sur le plan de l’image que de l’influence», peut-on lire dans les recommandations rédigées par un fonctionnaire après que celui-ci eut souligné que l’organisme «n’est pas particulièrement connu au Québec». Pourtant, les membres du gouvernement libéral maintiennent encore aujourd’hui que WE a une présence au Québec et y est bien connu.

De toute manière, les bloquistes estiment que tout programme de bourses destinées aux étudiants est de compétence provinciale et Ottawa n’a pas à s’en mêler. Le Bloc québécois réclame donc que le gouvernement fédéral transfère à Québec sa part du programme de 900 millions $. Mais voilà, la controverse a eu raison du programme qui a été abandonné avant d’avoir distribué la moindre bourse.

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