Quand toute une nation prend la résolution d’«écraser» en même temps

MONTRÉAL — La tradition veut que l’on adopte des résolutions pour la nouvelle année comme de se débarrasser de mauvaises habitudes. En décembre, la Nouvelle-Zélande s’est donné l’objectif de devenir un État sans fumée en adoptant une série de lois antitabac. Devrait-on faire de même?

Dès 2025, la Nouvelle-Zélande ambitionne de voir son taux de fumeurs passer sous la barre des 5 %. Pour y parvenir, le gouvernement a adopté une série de lois contre le tabagisme parmi les plus strictes du monde le 13 décembre dernier.

Parmi les mesures votées, la plus innovante est certainement celle d’interdire à tout jamais la vente de produits du tabac aux personnes nées après le 1er janvier 2009. Ce qui veut dire que les jeunes âgés de 13 ans et moins aujourd’hui ne pourront jamais se procurer légalement de tels produits de leur vie.

Des amendes pouvant s’élever jusqu’à 150 000 dollars néo-zélandais (environ 128 500 $ CAN) attendent les commerces contrevenants.

En plus de la loi sur l’âge des consommateurs, une autre mesure vient réduire de 90 % le nombre de commerces autorisés à vendre des produits du tabac. Le nombre de détaillants passerait de 6000 à 600 d’ici la fin de l’année 2023.

L’État a aussi imposé une réduction du taux de nicotine permis dans les produits du tabac, ce qui aura un effet bénéfique pour les derniers fumeurs qui demeurent accrochés à cette dépendance.

Au moment de l’adoption de la série de lois, la ministre adjointe de la Santé, la Dre Ayesha Verrall, soutenait que ces mesures constituaient un pas de plus «vers un avenir sans fumée». Elle plaide notamment que le système de santé va économiser des milliards de dollars.

«Il n’y a aucune bonne raison de permettre la vente d’un produit qui tue la moitié des gens qui le consomment», a-t-elle renchéri.

D’un point de vue purement scientifique et médical, le Dr Raja Hatem, cardiologue à l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, lui donne raison.

Spécialiste de la maladie coronarienne, le Dr Hatem souligne qu’elle est la plus fréquemment diagnostiquée chez les fumeurs. Il précise que 50 % des décès chez les patients de moins de 45 ans ayant une maladie coronarienne sont liés au tabagisme.

Sur d’autres fronts, un fumeur a quatre fois plus de chances de mourir subitement qu’un non-fumeur. Il a aussi deux à quatre fois plus de risques de subir un AVC.

«Ce sont vraiment des chiffres très élevés pour une chose sur laquelle on a un contrôle et qu’on pourrait potentiellement bannir», observe celui qui est également professeur adjoint à la faculté de médecine de l’Université de Montréal.

Parmi les autres graves problèmes de santé ayant un lien direct avec le tabagisme, on note les cancers du poumon, de la bouche et de la vessie. Selon les données partagées par le Dr Hatem, les risques de développer un cancer du poumon sont 25 fois plus élevés pour les fumeurs et seulement 16 % des patients atteints de ce type de cancer vont survivre au-delà de cinq ans.

Pour toutes ces raisons, le Dr Hatem qualifie l’approche néo-zélandaise d’«ingénieuse» puisqu’elle va prémunir les générations futures contre l’accès à ces produits nocifs et addictifs.

Moins d’ambition au Québec

D’après la «Stratégie pour un Québec sans tabac 2020-2025», le gouvernement québécois a fixé sa cible à 10 % de fumeurs. Un objectif qui paraît peu ambitieux pour les 8,5 millions de Québécois alors que l’Institut national de la statistique établissait le taux de fumeurs à 12 % chez les 15 ans et plus en 2020.

En Nouvelle-Zélande, qui compte 5,1 millions de personnes, le taux de fumeurs chez les 15 ans et plus est passé de 9,4 % à 8 % en une année seulement entre 2021 et 2022. On vise maintenant moins de 5 %.

Dans le document qui sert de plan d’action contre le tabac au Québec, on reconnaît que «le tabagisme demeure la principale cause de mortalité évitable». On conclut que les produits du tabac «diminuent la qualité et l’espérance de vie de ceux qui en font usage et de ceux qui sont exposés à la fumée».

Malgré cela, on favorise une approche de prévention et de sensibilisation auprès de la population plutôt que la voie de l’interdiction et de l’encadrement sévère.

Pourtant, le ministère de la Santé affirme que «le tabagisme représente 2,5 milliards $ par année» en coûts directs et indirects de soins de santé.

La stratégie inclut tout de même l’idée d’imposer «un système de permis ou de licences tarifés de vente de produits du tabac». Une initiative qui permettrait de limiter le nombre de points de vente en plus de générer des revenus supplémentaires pour lutter contre le tabagisme. 

Une autre proposition suggère de poursuivre l’augmentation des prix et des taxes sur les produits du tabac en citant une étude de l’Organisation mondiale de la santé selon laquelle une hausse de prix de 10 % entraînerait une baisse de la consommation de 4 %.

Selon les connaissances médicales actuelles, les dommages sur la santé s’aggravent en fonction du nombre d’années passées à fumer et du nombre de cigarettes consommées.

Heureusement, l’inverse est aussi vrai. Réduire sa consommation ou éventuellement cesser complètement de fumer permet de diminuer significativement ses risques de développer des maladies graves à plus long terme.

Il n’est donc pas trop tard pour en faire sa résolution du 1er janvier.

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