Quatre États voteront sur la légalisation de la marijuana le 3 novembre

Les électeurs de quatre États dans quatre coins des États-Unis seront appelés à se prononcer sur la légalisation des ventes de marijuana le 3 novembre.

Le New Jersey, l’Arizona, le Dakota du Sud et le Montana se prononceront, tandis que la guerre pour le contrôle du Congrès et de la Maison-Blanche pourrait déterminer du statut de la marijuana au niveau fédéral.

La majorité des Américains habitent déjà un État où la marijuana est légale d’une manière ou d’une autre, et 11 États l’ont entièrement légalisée pour les adultes — l’Alaska, la Californie, l’Oregon, l’État de Washington, le Nevada, le Colorado, le Michigan, l’Illinois, le Massachusetts, le Maine et le Vermont. La marijuana est aussi légale à Washington D.C.

Au Mississippi, un État très conservateur, on demandera aux électeurs ce qu’ils pensent de la marijuana médicale, qui est permise dans 33 États.

Nick Kovacevich, le patron de la firme KushCo Holdings, qui fournit des produits à l’industrie, croit que l’élection sera «déterminante» pour l’avenir de la marijuana.

Le New Jersey, en particulier, pourrait être le premier domino à tomber dans le nord-est, entraînant New York et la Pennsylvanie vers une légalisation plus large, croit-il.

«Ça pourrait ouvrir la région la plus peuplée après la côte ouest», a dit M. Kovacevich.

La question du cannabis pourrait avoir des répercussions sur d’autres courses.

Au Colorado, un partisan de la légalisation du cannabis pourrait perdre son siège. Le sénateur républicain Cory Gardner doit composer avec un État de plus en plus démocrate, où on doute de plus en plus de sa capacité à obtenir des résultats à Washington.

Aux yeux de la loi fédérale, la marijuana demeure une substance illégale au même titre que le LSD ou l’héroïne. Les grandes banques refusent donc de financer les industries du secteur, qui n’ont pas non plus profité de l’aide d’urgence consentie pendant la pandémie.

«Le changement ne vient pas de Washington, il arrive à Washington, a dit Steve Hawkins, le patron du Marijuana Policy Project. Les États envoient un message clair au gouvernement fédéral que leurs électeurs souhaitent la légalisation du cannabis.»

L’élection présidentielle pourrait aussi influencer la politique fédérale en la matière, même si la question a été largement éclipsée par la pandémie de coronavirus, les soins de santé et l’économie pendant la campagne.

La position de M. Trump semble ambigüe. Il se dit en faveur des efforts bipartisans pour alléger l’interdiction fédérale sur la marijuana, mais n’a pas établi de position claire concernant une légalisation plus étendue. Il a nommé des procureurs généraux farouchement opposés à la marijuana, mais il n’a pas sévi contre les entreprises dans les États où la marijuana est légale.

Joe Biden a indiqué qu’il décriminaliserait, mais pas qu’il légaliserait, l’utilisation de la marijuana; qu’il effacerait les condamnations antérieures liées au cannabis; et qu’il mettrait fin aux peines de prison imposées pour la seule utilisation. Les partisans de la légalisation se souviennent toutefois avec dégoût d’une loi adoptée en 1994, avec l’aide de M. Biden, qui a envoyé des milliers de personnes en prison pour des infractions mineures liées à la drogue.

Même si des doutes persistent au sujet de M. Biden, le Parti démocrate est nettement plus ouvert à une réforme du cannabis, surtout l’aile libérale du parti. La colistière démocrate Kamala Harris a déclaré que légaliser la marijuana au niveau fédéral «serait la chose intelligente à faire».

Des arguments bien connus circulent.

Les opposants craignent que les enfants ne deviennent des toxicomanes, que les rues ne soient transformées en pistes de course par des automobilistes drogués et qu’une consommation élargie ne fasse exploser les soins de santé.

Les partisans de la légalisation font remarquer que le marché existe déjà, même s’il s’agit d’un marché noir, et croient que la sécurité des produits devrait être vérifiée. Les taxes générées par des ventes légales financeraient l’éducation et d’autres services. Les questions de justice sociale entrent aussi en jeu, après des décennies de répression policière pendant la guerre contre la drogue.

Une économie malmenée par la pandémie rend aussi la légalisation de la marijuana plus attrayante. L’Arizona pourrait à elle seule empocher des revenus supplémentaires de 255 millions $ US chaque année. Au Montana, on parle de 50 millions $ US par an.

La firme Arcview Market Research/BDSA prédit que les ventes de marijuana atteindront 16,3 milliards $ US cette année aux États-Unis, comparativement à 12,4 milliards $ US en 2019.

Au New Jersey, on propose aux électeurs un amendement constitutionnel qui légaliserait la marijuana pour les gens de 21 ans et plus. La mesure semble populaire, d’après les sondages. On ne sait pas quand les premiers magasins ouvriraient si elle est approuvée. Les ventes de cannabis seraient assujetties à la taxe de vente de l’État, et les villes pourraient ajouter leurs propres taxes.

En Arizona, les gens de 21 ans et plus pourraient posséder jusqu’à 28 grammes de concentrés. Les ventes par des détaillants autorisés seraient permises, tout comme la culture à des fins personnelles. Les ventes au détail pourraient commencer en mai. Une précédente initiative de légalisation a été battue de justesse en 2016.

Les ventes au Montana pourraient commencer en 2022, avec le feu vert des électeurs. L’État a adopté une loi sur la marijuana médicale en 2004 et l’a mise à jour en 2016. La nouvelle loi permettrait aux propriétaires actuels d’entreprises de marijuana médicale de demander un permis pour vendre au grand public pendant la première année.

Mais c’est le Dakota du Sud, un État solidement conservateur qui compte certaines des lois antidrogues les plus dures du pays, qui illustre le mieux les changements d’attitude face à la marijuana.

Cet État peu peuplé pourrait devenir le premier à adopter la marijuana médicale et la marijuana pour les adultes en même temps. Toutefois, la légalisation élargie des ventes de marijuana représenterait tout un bond pour un État dont les législateurs ont lutté pendant un an pour légaliser le chanvre industriel, un plant de cannabis sans propriétés enivrantes.

Pendant ce temps, la confusion règne au Mississippi, où quelque 100 000 électeurs ont signé une pétition pour soumettre l’Initiative 65 à la volonté de la population. Cette mesure permettrait l’utilisation de la marijuana médicale pour certains problèmes de santé, avec l’accord d’un médecin. Mais une autre mesure mise de l’avant par les législateurs est perçue par les pétitionnaires comme une attaque directe contre leur proposition.

Steve Hawkins, du Marijuana Policy Project, cible déjà 2021, quand des États comme New York et le Nouveau-Mexique pourraient se rapprocher de la légalisation.

«Il y a clairement une vague, a-t-il dit. On se dirige vers une masse critique d’États qui (…) mettront fin à l’interdiction fédérale sur le cannabis.»

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