Que doit-on surveiller pendant la dernière semaine de campagne ?

Les campagnes présidentielles avancent à pleine vapeur. Voici quelques éléments à surveiller pendant la dernière semaine.

Jours avant le scrutin : 8

La trame de fond

Bienvenue à la dernière semaine complète de l’élection. L’anxiété est à son comble dans les deux camps, à l’approche d’un scrutin sans précédent.

La pandémie de coronavirus continue de faire rage, faisant craindre pour la santé de ceux qui voteront en personne. Les lois en vigueur dans différents États sont tellement confuses qu’elles pourraient empêcher, volontairement ou non, certains électeurs de voter. La Russie et l’Iran essaient de nouveau de se mêler de la campagne.

Sur papier, le candidat présidentiel démocrate Joe Biden détient toujours une avance confortable face au président sortant Donald Trump dans les sondages nationaux. Mais dans des États chaudement disputés comme la Floride, l’Arizona et la Caroline du Nord, la course est très serrée. Des démocrates craignent aussi que la performance plus modérée de M. Trump lors du débat de jeudi dernier ne soit suffisante pour rallier certains indécis.

Pendant ce temps, M. Trump arpente le pays pour rejoindre le plus d’électeurs possible — et tant pis pour la pandémie et les consignes de santé publique — pendant que M. Biden reste près de la maison, déléguant à des représentants comme l’ancien président Barack Obama la tâche de mobiliser les militants démocrates.

Les grandes questions

M. Biden est-il en train de refaçonner la coalition démocrate ?

Si M. Trump perd, ce sera parce qu’une coalition hétéroclite d’électeurs se sera élevée contre lui.

M. Biden pourrait devenir le premier candidat présidentiel démocrate en 25 ans à rallier une majorité d’aînés, de banlieusards, d’indépendants et d’électeurs blancs ayant une éducation universitaire. Ces quatre groupes avaient voté pour M. Trump en 2016 et pour Mitt Romney en 2012.

Cette coalition est peut-être plus attribuable à M. Trump qu’à M. Biden, mais un réalignement de cette ampleur pourrait nuire au Parti républicain bien au-delà de 2020. Les démocrates profitent déjà de la faveur des femmes, des gens de couleur et des jeunes. Leur puissance politique serait décuplée s’ils pouvaient y ajouter d’autres pans de l’électorat.

À quel point le débat a-t-il aidé M. Trump ?

Les commentaires ont été mitigés après le débat de jeudi, mais les attentes envers M. Trump étaient tellement basses qu’il n’a pas été difficile pour le président de les surpasser simplement en obéissant aux règles et en traitant les autres participants avec respect. De nouveaux sondages attendus cette semaine permettront d’y voir un peu plus clair.

Il sera notamment intéressant de voir si les commentaires de M. Biden concernant un sevrage de l’industrie des hydrocarbures lui nuiront dans un État comme la Pennsylvanie. M. Biden a tenté de corriger le tir tout de suite après le débat, en expliquant qu’il veut délaisser les subventions fédérales aux entreprises des hydrocarbures — pas abandonner l’industrie elle-même.

On se se demande vraiment si un seul débat, même avec le commentaire de M. Biden, pourra modifier la trajectoire de l’élection à seulement quelques jours du vote, mais si M. Trump l’emporte, alors on se souviendra du débat comme d’un moment crucial.

Le taux de participation fracassera-t-il des records ?

Plus de 58 millions de personnes ont déjà voté en 2020, selon le U.S. Election Project. C’est plus de 40 % du total de votes déposés il y a quatre ans et le pays pourrait établir un nouveau record de participation.

Même si cela est peu probable, quelque 150 millions de personnes pourraient éventuellement voter cette année, ce qui représenterait le plus haut taux de participation en plus de cent ans.

Les inquiétudes liées à la pandémie pourraient toutefois brouiller les cartes. Les démocrates détiennent pour le moment un avantage du simple au double, puisque 13,1 millions de démocrates et 7,4 millions de républicains ont déjà voté dans les États qui comptabilisent de tels chiffres.

Les républicains détenaient une courte avance de 150 000 votes parmi ceux qui ont voté en personne, mais les démocrates ont envoyé 5,8 millions de votes par correspondance de plus.

Les élections où le taux de participation est le plus élevé sont habituellement de bon augure pour les démocrates. Mais on ne tient plus rien pour acquis à l’époque Trump. La popularité du président auprès des électeurs blancs peu scolarisés est le grand inconnu dans cette course.

Le président peut-il encore espérer l’emporter ?

M. Trump tire de l’arrière avec seulement huit jours à faire, mais oui, sa victoire demeure possible. On doit aussi noter qu’aucun président sortant n’a échoué à remporter un deuxième mandat depuis 1992.

M. Trump l’emportera si la « Sun Belt » — notamment la Floride et l’Arizona — lui reste fidèle, s’il gagne en Caroline du Nord et s’il décroche un seul des trois gros États démocrates qui se sont ralliés à lui en 2016: la Pennsylvanie, le Michigan ou le Wisconsin. M. Trump accentuera aussi ses dépenses publicitaires cette semaine au Minnesota et au New Hampshire.

C’est moins compliqué pour M. Biden. S’il ne fait que remporter la Floride, par exemple, M. Trump est essentiellement fini. Les chances du candidat démocrate seront aussi moussées par des victoires en Caroline du Nord, en Arizona ou en Géorgie, où il fera campagne mardi. M. Biden peut également espérer l’emporter dans l’Ohio et l’Iowa, où les démocrates ont été écrasés il y a quatre ans.

Mais même en perdant dans tous ces États, M. Biden peut battre M. Trump en récupérant le Michigan, la Pennsylvanie et le Wisconsin.

Le chemin vers la victoire de M. Biden ressemble à une autoroute. Pour M. Trump, on parle plutôt d’un étroit sentier de montagne, mais c’est mieux que rien.

Le mot de la fin

On sait déjà que la plupart des électeurs ne font pas confiance à M. Trump pour gérer la pandémie de coronavirus, mais le peu de crédibilité dont le président disposait toujours à ce sujet a été matraquée cette semaine quand une éclosion a balayé le bureau du vice-président Mike Pence.

Il n’y a jamais de bon moment pour que ça arrive, mais à une semaine du vote, alors que le président affirme que la pandémie tire à sa fin… Ce n’est tout simplement pas une description objective de la situation.

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