Québec ajoutera 1 % aux salaires de ses employés si l’inflation dépasse 5 % sur 3 ans

Québec est prêt à bonifier de 1 % son offre salariale à ses quelque 550 000 employés, mais seulement si l’inflation dépasse les 5 % sur trois ans qu’il offrait déjà. 

La présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel, a déposé ses offres mercredi alors que des centaines de syndiqués manifestaient à Québec et Montréal pour réclamer un rehaussement de la proposition gouvernementale. 

«Dans le contexte où nous vivons la pandémie mondiale et un déficit budgétaire important, l’offre qui est présentée aujourd’hui est équitable et généreuse», a déclaré la ministre LeBel en conférence de presse à Québec. En fait, selon elle, le 5 % d’aujourd’hui est plus généreux que le même 5 % offert au départ en 2019, puisque l’inflation à l’époque était de 6,2 % alors qu’elle se situe maintenant à 4,87 %.

«On a maintenu l’offre de 5 % qui a pris de la valeur si on la compare à l’IPC (Indice des prix à la consommation).»

Plusieurs autres mesures s’ajoutent toutefois à l’offre salariale. L’augmentation de 5 % représente un ajout de 3,3 milliards $, mais Québec ajoute un montant forfaitaire non récurrent de 400 millions $ pour services rendus en période difficile.

«Considérant l’effort accru qui fut demandé aux différents secteurs dans le cadre de la dernière année, ce forfaitaire est, pour nous, un geste de reconnaissance envers nos salariés», a dit la présidente du Conseil du trésor.

Un coup de pouce aux emplois féminins

Sonia LeBel a également fait valoir que des bonifications additionnelles sont prévues là où le recrutement et la rétention de personnel sont particulièrement difficiles en raison non seulement des salaires, mais aussi des conditions de travail.

«Les corps d’emploi que nous avons priorisés dans le cadre des présentes négociations sont majoritairement des corps d’emploi féminins.»

Elle a ainsi précisé que «les infirmières, les préposés en CHSLD, le personnel enseignant du primaire et du secondaire, les intervenants en centre jeunesse, particulièrement ceux oeuvrant à la DPJ (Direction de la protection de la jeunesse) et les employés ayant un salaire inférieur à 50 000 $ sur une base annuelle auront des considérations particulières». 

Du côté de l’éducation, par exemple, Québec prévoit des augmentations de salaire «substantielles» pour les enseignants du primaire et du secondaire qui sont en début de carrière. Du côté de la DPJ, Mme LeBel se dit consciente que les intervenants y sont «débordés» et propose entre autres un ajout de ressources, de nouvelles primes et une bonification de primes existantes.

La présidente du Conseil du trésor a reconnu qu’il était devenu nécessaire d’investir dans l’amélioration des conditions de travail, particulièrement dans le domaine de la santé pour éviter l’exode vers le secteur privé de différents professionnels, au premier chef les infirmières.

L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) a qualifié l’offre de «méprisante» envers les milliers d’intervenants qui travaillent dans les centres jeunesse et à la DPJ.

«Si c’est comme cela que le gouvernement traite un dossier prioritaire, imaginez le reste. (…) Si Mme LeBel pense réussir à freiner l’exode qui a lieu présentement à la DPJ avec de telles offres, elle est complètement déconnectée de la réalité. Nous n’y trouvons rien pour reconnaître le travail hautement spécialisé que doivent effectuer ceux et celles qui protègent ce que l’on a de plus précieux, nos enfants», a déclaré par communiqué, mercredi soir, la présidente de l’APTS, Andrée Poirier, après avoir pris connaissance de l’offre du gouvernement.

La CSN a été la première à réagir, alors que la CSQ s’est abstenue de tout commentaire, indiquant que l’offre serait présentée à ses instances. Dans un communiqué, la CSN dit voir dans cette offre «un désolant exercice de relations publiques de la CAQ sur le dos des travailleuses et des travailleurs».

La CSN se dit «extrêmement déçue» par cette proposition, estimant qu’il s’agit d’un calque de celle rejetée en mai 2020 par les centrales. Elle s’indigne du fait que l’on ne cherche qu’à maintenir le pouvoir d’achat de ses membres et qu’on leur offre en plus des montants forfaitaires non récurrents qu’elle qualifie de «mesures éphémères» qui ne pourront attirer et retenir le personnel. 

La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) et ses syndicats affiliés dans le secteur public ont dit croire que la proposition déposée mercredi était «nettement insuffisante» pour signer un nouveau contrat de travail.

«Si l’on reconnaît que le gouvernement a fait des petits pas, il en reste beaucoup à faire pour conclure cette négociation. Après un an et demi de négociation, c’est un peu décevant», a déclaré par communiqué le président de la FTQ, Daniel Boyer.

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