Québec bonifie le programme de supplément au loyer à l’approche du 1er juillet

MONTRÉAL — S’il peine à reconnaître l’existence d’une crise du logement, le gouvernement Legault admet tout de même qu’il y a un problème puisqu’il annonce une bonification de dernière minute de l’aide aux locataires dans le besoin.

À trois semaines du 1er juillet, la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, bonifie l’enveloppe du Programme de supplément au loyer (PSL) de 60 millions $ et assouplit les critères d’admissibilité afin d’offrir ce supplément à 2500 ménages de plus.

Ainsi, 1500 ménages pourront obtenir un PSL d’urgence, qui permet à un ménage de ne payer que 25 % de son revenu en loyer, mais dans un logement qui peut être jusqu’à 50 % plus cher que le prix du loyer médian du marché de la municipalité où il habite. Parmi ces PSL d’urgence, 400 sont réservés à des personnes en situation d’itinérance et 100 à des femmes victimes de violence conjugale.

Les 1000 autres PSL disponibles visent à soutenir les ménages qui pourront se dénicher des logements dont le loyer est de 10 % plus élevé que le prix du loyer médian du marché de leur municipalité.

2 M $ pour les municipalités

De plus, une somme de 2 millions $ est accordée aux municipalités pour que celles-ci puissent venir en aide aux ménages en détresse sur leur territoire. Le communiqué publié par le bureau de Mme Laforest donne l’exemple de l’hébergement temporaire et de l’entreposage de biens. Aussi, Québec élimine le critère du taux d’inoccupation pour que les municipalités puissent avoir droit à ces fonds. De toute façon, les dernières données de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) montrent des taux d’inoccupation bien en deçà du seuil d’équilibre dans presque toutes les villes québécoises, qui sont de ce fait aux prises avec une pénurie de logements locatifs.

L’Union des municipalités du Québec (UMQ) n’a pas tardé à réagir, disant accueillir positivement ce plan d’action de la ministre Laforest, pour soutenir les ménages à la recherche d’un logement. L’UMQ souligne d’ailleurs que «toutes les régions sont aux prises avec des besoins importants en matière de logement». 

Les ménages qui n’arrivent pas à se loger peuvent demander l’aide de la Société d’habitation du Québec (SHQ), dont les horaires ont été prolongés les fins de semaine du 26-27 juin et du 3-4 juillet. Le personnel de la SHQ peut être rejoint sans fais au 1-(800)-463-4315. 

Les Offices municipaux d’habitation sont également mobilisés pour offrir des services d’urgence aux locataires dans le besoin le 1er juillet. Depuis le 31 mai, ceux-ci sont habilités à signer des baux afin de constituer une provision de logements disponibles pour des ménages dans le besoin.

«Soulagement» au FRAPRU

Le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) se dit soulagé de voir cette aide arriver alors que la situation est extrêmement difficile pour les ménages à faible revenu. Le FRAPRU déplore cependant que le plan de la ministre «arrive tardivement et espère que les mesures annoncées pourront être mises en oeuvre rapidement et se rendre aux locataires ayant actuellement de la difficulté à se reloger».

L’organisme souligne que seulement 14 % des 1800 suppléments au loyer d’urgence de l’an dernier ont été utilisés, plusieurs locataires n’étant même pas au courant de leur existence. «On demande au gouvernement de publiciser largement cette aide disponible et nous invitons les locataires de tout le Québec qui craignent de ne pas pouvoir trouver un logement de se manifester pour se prévaloir des mesures d’aide disponibles.»

Par ailleurs, le FRAPRU estime que cette aide de dernière minute démontre que le problème de pénurie de logements abordables s’aggrave et presse les gouvernements d’intensifier leurs efforts en vue d’apporter des solutions pérennes au problème. 

Plusieurs annonces de construction de logements sociaux et abordables ont été faites par tous les ordres de gouvernement depuis quelques mois, mais ceux-ci tardent à voir le jour, pendant que le marché privé s’emballe et que les ménages peinent à suivre les pressions des loyers à la hausse. La situation s’est aggravée au fil des ans, notamment parce que de nombreux logements ont été sortis du marché par la conversion en condominiums et la location touristique à court terme de type AirBnb.

Le phénomène des «rénovictions» est également en forte hausse, procédé par lequel des propriétaires évincent leurs locataires pour procéder à des travaux – parfois cosmétiques – pour ensuite louer le même logement beaucoup plus cher.

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