Québec bouge pour protéger le quartier chinois de Montréal

MONTRÉAL — Québec accorde le statut de patrimoine au quartier chinois de Montréal afin de protéger ses bâtiments historiques d’un réaménagement.

La ministre de la Culture, Nathalie Roy, en a fait l’annonce lundi aux côtés de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, et d’autres responsables municipaux et provinciaux.

Mme Roy dit que la désignation oblige les propriétaires à préserver le caractère historique de leurs bâtiments dans le quartier chinois et à obtenir l’approbation du ministère de la Culture avant de pouvoir apporter des modifications importantes.

La province accorde également un statut de protection spéciale à deux des bâtiments les plus «emblématiques» du quartier chinois, dont un ancien bâtiment scolaire de 1826 qui abrite désormais un fabricant de nouilles.

La désignation «protège notre patrimoine et permettra à la communauté de donner vie à ces sites emblématiques et importants de notre histoire commune», a déclaré la ministre Roy lors de la conférence de presse.

Les dirigeants communautaires demandent depuis des années à la ville et à la province de protéger le cœur du quartier chinois, qui, selon eux, a été lentement transformé par la gentrification et le développement. Des hôtels et des appartements de luxe ont été construits autour de la porte rouge et or ornant l’entrée sud du quartier.

Selon Mme Roy, le statut de patrimoine exige des propriétaires qu’ils préservent le caractère historique de leurs bâtiments dans le quartier chinois et qu’ils obtiennent l’approbation du ministère de la Culture pour tout changement important.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, s’exprimant aux côtés de Mme Roy, a annoncé que le quartier chinois deviendrait «le tout premier site historique identifié à Montréal», ce qui, selon elle, enverrait un signal aux promoteurs pour qu’ils respectent le patrimoine du quartier.

Mme Plante dit que la ville modifiera son plan d’urbanisme pour s’assurer que le développement futur du quartier du centre-ville respectera des critères précis concernant la hauteur, la densité et l’architecture des bâtiments.

Elle a annoncé qu’un règlement provisoire sera mis en place pour empêcher l’approbation de projets majeurs jusqu’à ce que le plan soit finalisé plus tard cette année, un processus qui implique également des consultations publiques.

Mme Plante a ajouté que les règles visent à trouver un équilibre entre la protection de «l’esprit» du quartier chinois sans freiner les transactions immobilières ou tous les projets futurs.

«Nous devons trouver un équilibre entre la façon dont la ville est construite et évolue, et conserver cette âme qui est si importante», a-t-elle affirmé lors de la conférence de presse. Elle a ajouté que les nouvelles règles sur les limites de hauteur et la densité préserveront le caractère «à l’échelle humaine» et piétonnière du quartier chinois.

Un «grand moment» pour le quartier

Le quartier chinois de Montréal, comme beaucoup d’autres en Amérique du Nord, s’est rétréci au cours des dernières décennies. Les immeubles plus anciens, autrefois moins chers et situés près du centre-ville, ont été engloutis par les promoteurs immobiliers. Selon la province, il s’agit du dernier quartier chinois «historique important» du Québec.

Une grande partie a déjà été démolie dans les années 1960 et 1970 pour faire place à de grands projets, dont un vaste complexe de bureaux gouvernementaux.

Jonathan Cha, membre du Groupe de travail sur le quartier chinois de Montréal, a déclaré que l’annonce de lundi était un «grand moment» pour un quartier qui a subi des périodes «d’oppression, de discrimination, d’expropriation et de démolition».

Mais s’il a salué cette annonce, il a précisé qu’elle avait ses limites. Le statut de patrimoine, a-t-il noté, protège les bâtiments eux-mêmes, mais pas la communauté qui les entoure et les habite.

«Le quartier chinois est aussi un environnement vivant. Nous devons donc nous assurer que les gens puissent encore y vivre, a-t-il déclaré lors de la conférence de presse. Nous avons besoin de logements communautaires, nous avons besoin de lieux de travail, de lieux de culte, de lieux de collaboration, de lieux de rencontres.»

Selon lui, les dirigeants de la communauté doivent trouver comment non seulement protéger les bâtiments qu’elle possède, mais aussi revitaliser les espaces sous-utilisés et s’assurer que les services dont les gens ont besoin sont maintenus.

Mme Plante a précisé que la protection du patrimoine est un «grand pas», mais pas le seul – surtout dans un quartier qui, selon elle, devient de plus en plus inabordable pour ses résidents traditionnels.

La mairesse de Montréal a fait remarquer que la ville a publié l’année dernière un plan pour le quartier chinois qui énonce les priorités, notamment la protection du patrimoine, la revitalisation des commerces et de la circulation piétonne et l’augmentation du nombre de logements abordables. Ce plan a été élaboré après deux ans de consultations avec quelque 600 parties prenantes, dont des résidents locaux, des propriétaires de magasins et des défenseurs des droits.

L’Association chinoise de Montréal a déclaré dans un communiqué de presse qu’elle accueillait favorablement la désignation patrimoniale et qu’elle espérait particulièrement qu’elle conduirait à «un meilleur accès de la communauté aux logements, aux services sociaux et de santé, au développement culturel et aux espaces verts».