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Québec/Canada

Le palmarès du pouvoir : les 25 qui dirigent le Québec

Qui a vraiment les coudées franches au sein du Conseil des ministres ? Quels conseillers, chefs de cabinet ou sous-ministres jouissent, dans l’ombre, d’un réel pouvoir ?

Qui dirige vraiment le Québec ? En ces temps d’austérité, alors que le gouvernement revoit de fond en comble les programmes et structures de l’État, cette question revêt une importance toute particulière…

Qui a vraiment les coudées franches au sein du Conseil des ministres ? Quels conseillers, chefs de cabinet ou sous-ministres jouissent, dans l’ombre, d’un réel pouvoir ? Et qui a le bras assez long pour les influencer ?

Qui a de l’influence en politique québécoise? Voici notre palmarès.

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Pour guider nos choix, nous avons adopté des critères simples.

capitolCe symbole indique le pouvoir de l’institution liée à la personnalité. Le premier ministre recueille ainsi le pointage maximal, puisqu’il dirige le gouvernement et cumule les pleins pouvoirs exécutifs et législatifs à Québec. Chef du troisième parti à l’Assemblée nationale, François Legault n’obtient qu’une seule vignette.

horlogeLe facteur temps revêt une importance cruciale en matière d’influence. La juge France Charbonneau, par exemple, recueille cinq horloges parce que sa commission d’enquête s’apprête à rendre public le rapport le plus attendu de la décennie au Québec. L’an prochain, elle ne figurera sans doute pas dans la liste. À moins qu’elle ne soit nommée à la Cour suprême ou au sein du Conseil des ministres, sait-on jamais.

lumiereLe pouvoir émane souvent des idées. Si l’environnementaliste Steven Guilbeault a su diffuser les siennes si largement, c’est grâce à une personnalité et à un charisme hors du commun. Même chose pour les maires jumeaux de Montréal et de Québec, Denis Coderre et Régis Labeaume, des maires hors normes dont l’influence dépasse celle que leur confère leur fonction.

Classement
1 Philippe Couillard 5 3 4
2 Juan Roberto Iglesias 5 2 3
3 Jean-Marc Fournier 2 4 4
4 Martin Coiteux 3 5 4
5 La garde rapprochée du PM 4 4 3
6 Gaétan Barrette 3 4 5
7 Les super sous-ministres 4 4 3
8 Christian Lessard 2 4 4
9 Denis Coderre et Régis Labeaume 3 4 5
10 Pierre Karl Péladeau 3 5 5
11 François Legault 1 3 5
12 Beverley McLachlin 5 1 2
13 La famille Desmarais 2 3 4
14 Michael Sabia, Monique Leroux et Louis Vachon 4 2 3
15 Pierre Arcand 2 4 4
16 Guy A. Lepage 1 3 5
17 Jean Lapierre 1 3 5
18 Le successeur de Thierry Vandal 4 2 0
19 Luc Godbout 3 5 4
20 Daniel Johnson 1 4 3
21 Louis Godin et Diane Francœur 2 2 3
22 Steven Guilbeault 1 4 5
23 André Pratte 1 5 3
24 Claude Chagnon 2 3 3
25 France Charbonneau 3 5 4

1. Le chef : Philippe Couillard

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Photo : Jacques Boissinot/La Presse Canadienne

Le premier ministre du Québec n’est pas un chat de gouttière qui aime la bagarre politique. D’un naturel calme, le neurochirurgien imprime son style cartésien, logique — et parfois distant — à son gouvernement. Ses députés et ministres le décrivent comme un chef à l’écoute, qui aime débattre d’idées, mais qui s’impose dans les dossiers litigieux. Par exemple, la formule de contribution des parents aux services de garde subventionnés ne faisait pas l’unanimité parmi les députés libéraux en novembre dernier ; Philippe Couillard a donc tranché.

Sa détermination à rétablir l’équilibre budgétaire dès 2015-2016, quitte à bousculer des gens ou des organismes, est inébranlable. L’automne dernier, il confiait à L’actualité que son premier passage en politique lui avait permis de comprendre une chose : « Il ne faut pas arrêter au milieu d’une réforme. On la fait complètement et assez rapidement, ou on ne la fait pas du tout. »

Le premier ministre est tout-puissant dans le système parlementaire québécois. Particulièrement lorsqu’il est à la tête d’un gouvernement majoritaire. Il a un pouvoir de nomination sans pareil : 412 employés dans l’appareil étatique sont choisis par lui. Il sélectionne ses ministres, les patrons des sociétés d’État et le secrétaire général du gouvernement. Il peut également déplacer ou remplacer les sous-ministres et sous-ministres adjoints. Sans compter les 1 352 personnes qu’il peut nommer aux conseils d’administration des sociétés d’État, régies, offices et autres organismes gouvernementaux…

2. Le confident : Juan Roberto Iglesias

Photo : MCE Québec/Patrick Lachance
Photo : MCE Québec/Patrick Lachance

Un seul ami reçoit les confidences et les angoisses de Philippe Couillard depuis de nombreuses années : le Dr Juan Roberto Iglesias, qu’il a nommé secrétaire général du gouvernement, le plus haut fonctionnaire de l’État. De son bureau situé dans le même immeuble que celui du premier ministre, en retrait du parlement, il dirige la fonction publique.

Juan Roberto Iglesias est le seul non-élu, avec Jean-Louis Dufresne, directeur de cabinet du premier ministre, à siéger à l’influent Comité des priorités et des projets stratégiques du Conseil exécutif — lequel révise tous les dossiers du gouvernement.

Les deux hommes enseignaient à la Faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke lorsque Philippe Couillard s’est lancé en politique, en 2003. Le Dr Iglesias faisait alors partie de la présélection de candidats au poste de sous-ministre de la Santé. Philippe Couillard a incité le premier ministre, Jean Charest, à le nommer, et Iglesias a occupé le poste de 2003 à 2006.

Les deux amis sont de nouveau réunis pour un mandat qui s’annonce corsé sur le front des finances publiques.

Les réformes administratives importantes mises en marche par le gouvernement Couillard représentent un gros défi pour Juan Roberto Iglesias, qui n’a pas une longue expérience dans la fonction publique. Pour l’épauler, on fait appel à André Dicaire, l’ancien secrétaire général du gouvernement de Jean Charest de 2003 à 2006.

Officiellement, Dicaire, 69 ans, est expert-conseil à l’École nationale d’administration publique (ENAP). En réalité, il a les deux mains dans les réformes de l’État. Depuis le 1er avril dernier, deux contrats de gré à gré totalisant des honoraires de 124 500 dollars lui ont été attribués pour « fournir des conseils stratégiques » à Juan Roberto Iglesias dans les domaines des finances publiques, de la gestion gouvernementale et des infrastructures.

3. Le ministre des ministres : Jean-Marc Fournier

Jean-Marc Fournier, qui a été le principal conseiller de Philippe Couillard pendant la dernière campagne électorale, est le ministre le plus influent du cabinet. Élu depuis 1994, il a de l’expérience, de l’ascendant sur ses collègues et l’oreille attentive du premier ministre.

Il est l’un des trois élus membres permanents du Comité des priorités et des projets stratégiques du Conseil exécutif — avec Philippe Couillard et la vice-première ministre, Lise Thériault.

Fournier est aussi leader parlementaire, ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, de la Francophonie, de l’Accès à l’information et de la Réforme des institutions démocratiques.

En tant que leader du gouvernement à l’Assemblée nationale, Jean-Marc Fournier est responsable de l’ordre de dépôt des projets de loi des ministres. Et il engage les joutes verbales contre ses adversaires de l’opposition sur des questions de procédure. Celle qui, dans l’ombre, l’aide à être aussi efficace se nomme Anik Montminy. Sa directrice de cabinet est une experte de la procédure. La femme dans la quarantaine occupait déjà cette fonction stratégique lorsque le gouvernement libéral de Jean Charest était au pouvoir. Elle est décrite autant par des collègues que par des adversaires comme « redoutable » et « sans pitié ».

4. Le réformateur pressé : Martin Coiteux

Au Conseil des ministres, le président du Conseil du Trésor dicte à ses collègues les cibles budgétaires (lire : compressions) à atteindre. Quitte, parfois, à créer des froids. Une source bien informée signale au moins un accrochage avec le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, qui a intimé à Martin Coiteux de « se mêler de ses affaires ».

Quand il était professeur d’économie à HEC Mont-réal, Martin Coiteux avait qualifié d’« occasion manquée » l’échec de la « réingénierie » de l’État qu’ambitionnait de réaliser le premier ministre Jean Charest à son arrivée au pouvoir, en 2003.

Ces dernières années, il a multiplié les interventions dans les journaux, à la télé et à la radio (notamment à Radio X, à Québec, où il était régulièrement invité avant son élection) contre les « néo-jovialistes » à « lunettes roses » qui s’acharnent à défendre un modèle québécois « désuet ». Il a souvent dénoncé l’écart entre les dépenses publiques du Québec et celles du reste du Canada, et qualifié de « luxes » de nombreux programmes sociaux québécois. Très critique des CPE, il avait vigoureusement contesté, en 2012, une étude des économistes Pierre Fortin, Luc Godbout et Suzie St-Cerny qui démontrait la rentabilité des garderies à sept dollars, parce qu’elles avaient incité 70 000 femmes à intégrer le marché du travail.

Pour épauler Martin Coiteux, le premier ministre lui a envoyé une femme en qui il a confiance, Isabelle Mignault, comme directrice de cabinet. Elle était responsable du contenu de Philipe Couillard pendant sa course au leadership.

5. La garde rapprochée du PM

Ils œuvrent dans l’ombre, mais sont les yeux et les oreilles du premier ministre. À la fois idéateurs, communicateurs, conseillers et stratèges. Mais surtout : incontournables.

Le directeur de cabinet du premier ministre, Jean-Louis Dufresne, 57 ans, est le chef d’orchestre. Calme comme son chef, cet anthropologue de formation est de tous les dossiers. Dans la même journée, il s’occupe de la crise qui éclate et a l’œil sur la stratégie à long terme du gouvernement.

Dufresne est un ami de Philippe Couillard depuis l’adolescence — ils ont joué au hockey mineur avec les Lions d’Outremont. Il a ensuite gravité dans l’orbite libérale, notamment auprès des premiers ministres Robert Bourassa et Daniel Johnson. Il s’est joint à l’équipe Couillard après la course au leadership de 2012-2013.

Il est appuyé par Jean-Pascal Bernier, 35 ans, et Johanne Whittom, 52 ans, les directeurs de cabinet adjoints, responsables du contenu des politiques publiques. Ils préparent les dossiers avant les réunions du Conseil des ministres et les annonces importantes.

Harold Fortin, 34 ans, est plus qu’un attaché de presse : il sait comment parler au premier ministre. Il est toujours avec lui et écrit certains de ses discours. Recruté dès 2012, il connaît assez bien Philippe Couillard pour être en mesure de prédire ses réactions.

Avec Harold Fortin, Charles Robert, directeur des relations avec les médias, a le mandat, chaque matin, de résumer au chef — qui ne lit pas les journaux ni n’écoute les nouvelles — tout ce qui se brasse dans l’actualité. Un oubli, et le premier ministre pourrait être déstabilisé par les journalistes. L’homme de 40 ans est également le pompier des communications : il éteint les feux de la controverse allumés par les ministres et gère les crises. Yves Bolduc le gardait passablement occupé…

6. « Mad Doc » Barrette : Gaétan Barrette

Photo : Jacques Nadeau
Photo : Jacques Nadeau

L’actualité l’a surnommé « Mad Doc Barrette » en 2010, à l’époque où il présidait la puissante Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ). Un clin d’œil à Maurice « Mad Dog » Vachon, lutteur qui aimait le spectacle et ne rechignait pas devant une bonne bagarre. Depuis son arrivée à la tête du ministère de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette ne fait pas mentir le titre du portrait que nous lui avions consacré.

Le Dr Barrette est monté dans le ring en septembre 2014 pour négocier avec ses anciens collègues — sans l’aide des fonctionnaires, un fait rare — l’étalement sur huit ans de la hausse de salaire des médecins. Son projet de loi 10, qui redéfinit les structures du réseau et abolit les Agences régionales de santé, a suscité des critiques sur le pouvoir accru du ministre, mais celui-ci n’a pas reculé.

Le budget de la Santé, de près de 37 milliards de dollars, est le plus important de l’État. Et le ministre compte beaucoup de réformes dans ses cartons : financer les hôpitaux en fonction des actes et non de leur budget historique, ouvrir des supercliniques, revoir le programme de procréation assistée, diminuer les honoraires des pharmaciens, forcer les médecins de famille à voir plus de patients, mettre à l’œuvre 2 000 superinfirmières…

7. Les super sous-ministres

Lorsque le grand patron des achats et de la gestion informatique du gouvernement a été invité à démissionner, en octobre dernier — peu après sa nomination, pour apparence de conflit d’intérêts —, le président du Conseil du Trésor, Martin Coiteux, s’est tourné vers son homme fort pour assurer l’intérim à ce poste stratégique, qui gère un budget annuel de trois milliards de dollars : son sous-ministre, Yves Ouellet.

Fonctionnaire depuis 23 ans, Yves Ouellet est l’un des sous-ministres les plus puissants. Il l’est d’autant plus que le gouvernement entame un redressement des finances de l’État et travaille à diminuer la taille de la fonction publique. Son expérience est aussi vaste que son réseau de contacts.

Dans les dernières années, il a notamment été sous-ministre des Ressources naturelles et secrétaire général associé aux priorités et aux projets stratégiques au Conseil exécutif, le ministère du premier ministre.

À la Santé, le sous-ministre Michel Fontaine est le général qui dirige les batailles engagées par Gaétan Barrette. Une tâche à laquelle il excelle depuis 2011 au ministère le plus casse-gueule du Québec. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il est le sous-ministre le mieux payé, à 229 000 dollars. En 2013, lorsque le ministre péquiste Réjean Hébert a dû faire le ménage dans la gestion du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) à la dérive, Michel Fontaine a été envoyé au front. Il a mis 25 cadres à la porte sans déstabiliser l’établissement. Son influence est décuplée par sa proximité avec Philippe Couillard et Juan Roberto Iglesias, avec qui il a travaillé de 2003 à 2006.

Sous-ministre des Finances depuis 2011, Luc Monty tient les rênes de cet important ministère en ces temps économiques incertains. Alors que son ministre, Carlos Leitão, apprend encore son métier de politicien, Monty est un roc.

8. L’homme de confiance : Christian Lessard

Philippe Couillard l’a appelé sur son cellulaire, quelques jours après les élections du 7 avril 2014, afin de le convaincre d’accep-ter le poste de secrétaire général associé, responsable de diriger les communications de tous les ministères, un secteur névralgique pour maintenir la cohérence dans le message du gouvernement. Christian Lessard a refusé, préférant son emploi d’associé à l’agence de communication et de lobbying TACT Intelligence-conseil.

Le chef l’a appelé une deuxième fois. « Le premier ministre que je suis te demande d’accepter ce poste », a-t-il fini par lui dire sur un ton solennel. Christian Lessard a flanché. Après avoir dirigé sa course au leadership, puis la campagne électorale victorieuse, l’homme de 50 ans a poursuivi l’aventure aux côtés de Philippe Couillard. Son bureau est situé un étage en dessous de celui du premier ministre, dans l’édifice Honoré-Mercier, près du parlement. Il est de toutes les réunions importantes.

9. Le duo de choc : Denis Coderre et Régis Labeaume

Sans eux, le projet de loi 3 sur la réforme des régimes de retraite des employés municipaux n’aurait sans doute pas été possible.

Denis Coderre, à Montréal, et Régis Labeaume, à Québec, ont été parmi les seuls maires du Québec à accepter les compressions de 300 millions de dollars imposées par le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, dans son pacte fiscal avec les villes. Le duo peut se réjouir : il a obtenu le statut particulier réclamé depuis des années. Montréal à titre de métropole, et Québec, de capitale. Ce qui s’accompagnera de pouvoirs accrus et… de plus d’argent.

Le gouvernement se montre souvent réceptif aux problèmes de Québec, où les circonscriptions changent d’allégeance d’une élection à l’autre… Grâce à sa forte personnalité, Denis Coderre est parvenu à attirer l’attention des élus sur Montréal, ce que son prédécesseur Gérald Tremblay n’avait jamais réussi à faire.

10. Le bulldozer : Pierre Karl Péladeau

Photo : Jacques Nadeau
Photo : Jacques Nadeau

Ses admirateurs et ses détracteurs s’entendent au moins sur un aspect : quand il dirigeait l’empire Québecor, Pierre Karl Péladeau avait l’attitude d’un bulldozer, habitué de faire les choses à sa manière, quand il le voulait. Sur ce point, il n’a guère changé depuis son arrivée en politique, au printemps 2014. Son plongeon officiel dans la course au leadership du Parti québécois, le jour même où son parti déposait une motion de censure contre le gouvernement à l’Assemblée nationale, a soulevé la grogne parmi ses collègues du PQ. Mais l’enthousiasme autour de sa candidature, la seule capable de faire bouger les intentions de vote, selon les sondages, fait de lui le leader de facto des indépendantistes. Aucun simple député n’attire l’attention des médias comme celui de Saint-Jérôme. Malgré ses positions antisyndicales passées, il se présente en apôtre de la solidarité et récolte, toujours selon les sondages, des appuis parmi les partisans de Québec solidaire.

Le magnat de la presse, toujours actionnaire de contrôle de Québecor, gère sa course au leadership comme s’il avait un plan d’affaires. Encore en apprentissage, il n’a toutefois pas toujours les bons réflexes politiques. Et ses adversaires ne manqueront pas d’exiger qu’il se départe de ses actions dans le monde des médias.

11. Le déterminé : François Legault

Photo : Guillaume Simoneau
Photo : Guillaume Simoneau

Le chef de la Coalition Avenir Québec arrivait encore une fois en tête du sondage Léger sur la popularité des personnalités politiques en juin dernier — devant Françoise David —, avec 58 % de « bonnes opinions ». Un capital de sympathie sur lequel l’ancien homme d’affaires s’appuie pour influencer le débat, même s’il n’est pas le chef de l’opposition officielle.

Depuis 2011, François Legault a su imposer ses thèmes à l’ordre du jour politique, notamment celui du « grand ménage » à faire dans les finances publiques. La stratégie maritime du gouvernement Couillard n’est pas étrangère à son Projet Saint-Laurent, alors que la charte des valeurs du défunt gouvernement Marois visait en partie à empiéter sur la platebande identitaire nationaliste de la CAQ.

La fragilité des commissions scolaires dans l’opinion publique émane du combat qu’il mène pour les abolir. Ses attaques à propos des hausses de tarifs d’Hydro-Québec portent. L’arrivée de la CAQ de François Legault a ajouté un élément de taille dans l’équation. Tous les partis doivent en tenir compte.

12. L’arbitre suprême : Beverley McLachlin

Elle dirige un tribunal situé à Ottawa, mais qui influe chaque année sur le Québec. Dans un jugement historique et unanime, la Cour suprême vient tout juste de donner raison au Québec, qui a adopté en juin 2014 une loi qui permet l’aide médicale à mourir.En 2015, la Cour suprême, dont Beverley McLachlin est la juge en chef depuis 2000, décidera notamment si le gouvernement du Québec peut conserver les données du registre des armes à feu rassemblées par le fédéral et  si le maire de Saguenay, Jean Tremblay, peut continuer d’imposer la prière avant les réunions du conseil municipal.

Dans le passé, le plus haut tribunal du pays a amputé un volet de la loi sur la langue d’affichage et d’enseignement au Québec et a statué sur les critères de clarté en cas de sécession de la province. Plus récemment, la Cour suprême a donné raison au Québec contre Ottawa dans le dossier de la commission pancanadienne des valeurs mobilières et celui de la réforme du Sénat.

13. Le clan le plus puissant : La famille Desmarais

Photo : Paul Chiasson/La Presse Canadienne
Photo : Paul Chiasson/La Presse Canadienne

À la fin septembre, quelques jours avant le dépôt du projet de loi 10, qui allait chambouler les structures du réseau de la santé du Québec, France Chrétien Desmarais a contribué, par quelques appels téléphoniques au gouvernement, à faire changer les plans du ministère de la Santé.

Une modification de dernière minute au projet de loi a permis à l’Institut de cardiologie de Montréal (ICM), le protégé philanthropique de la famille Desmarais depuis des années, de conserver son propre conseil d’administration, plutôt que d’être assujetti, comme les autres établissements, à un Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS).

L’Institut garde ainsi son pouvoir de décision, que ce soit pour l’achat d’équipement spécialisé, la rénovation d’une salle d’opération ou l’obtention de budgets spéciaux pour l’embauche de chercheurs internationaux. « Sans cette autonomie, nos priorités auraient été diluées parmi celles de tous les établissements du regroupement. Nous prodiguons des soins très spécialisés et nous aurions été moins efficaces », estime le directeur général de l’ICM, le Dr Denis Roy.

La Fondation de l’Institut de cardiologie aurait également eu plus de difficultés à convaincre les donateurs privés de sortir leur chéquier, la portée de leurs dons étant moins directe.

Le plaidoyer de France Chrétien Desmarais — fille de Jean Chrétien, mariée à André Desmarais — a été relayé à Daniel Desharnais, directeur de cabinet du ministre de la Santé, Gaétan Barrette. Le sous-ministre de la Santé, Michel Fontaine, a également été contacté par des membres du C.A. de l’Institut. « Le gouvernement a vite compris l’importance. Ils n’ont pas été difficiles à convaincre », dit Denis Roy.

Il précise n’avoir « pas la preuve que qui que ce soit ait appelé qui que ce soit », mais ajoute : « Il y a des gens de notre conseil d’administration et de notre fondation qui ont parlé. Des gens influents se sont approprié notre cause. Disons que je n’ai ralenti personne ! » lâche-t-il en riant.

Le Dr Roy affirme que France Chrétien Desmarais, qui a présidé la Fondation de l’ICM de 2001 à 2008, et qui siège encore au conseil d’administration, « fait constamment la promotion des intérêts de l’Institut ». Elle a refusé de nous accorder une entrevue, mais nous a fait savoir qu’elle n’avait pas joué de rôle particulier lors de la préparation du projet de loi 10 du gouvernement.

La Fondation de l’Institut de cardiologie est sous la protection du clan Desmarais, qui a placé au conseil d’administration des membres de la famille (Adriana Embiricos Desmarais) et des alliés (John Rae). Le président du C.A., Henri-Paul Rousseau, est l’un des dirigeants de Power Corporation.

En décembre, le ministre Barrette a amendé le projet de loi 10 de façon à assurer l’autonomie à d’autres établissements de santé, notamment l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ) — qui avait sursauté devant le privilège accordé à son homologue montréalais et exigé le même.

L’influence politique de la famille Desmarais est toutefois moins forte qu’à l’époque de Jean Charest, qui faisait régulièrement des séjours au vaste domaine du clan, à Sagard, dans Charlevoix — où Brian Mulroney, Jean Chrétien, Jacques Parizeau et Lucien Bouchard, entre autres, ont aussi passé du temps. Philippe Couillard n’y a jamais mis les pieds et n’a pas de contact particulier avec les Desmarais, assure-t-on dans l’entourage du premier ministre.

Le clan Desmarais a appuyé Raymond Bachand dans la course au leadership du PLQ, remportée par Couillard en 2013. Peut-être s’agissait-il de représailles au bras de fer que Philippe Couillard a livré, en 2005, à Jean Charest et aux Desmarais sur l’emplacement du nouveau CHUM, eux qui souhaitaient le voir implanter à Outremont plutôt qu’au centre-ville.

Les grandes familles industrielles et financières du Québec ont toutes une oreille attentive en haut lieu, peu importe le gouvernement au pouvoir. Les Saputo, Godin, Molson, Péladeau (avant son passage en politique) et autres Beaudoin qui veulent parler d’économie n’ont qu’à décrocher le téléphone, un accès auquel le citoyen ordinaire ne peut que rêver. « Pauline Marois aussi répondait quand un Desmarais ou un Laurent Beaudoin appelait », dit un conseiller politique qui préfère ne pas être nommé.

En décembre 2009, le nouvel ambassadeur américain au Canada, David Jacobson, a envoyé une note diplomatique à Washington dans laquelle il écrit que la famille Desmarais et leur entreprise, Power Corporation, «ont une influence indéniable» sur la politique provinciale et fédérale. Le câble a été rendu public en mai 2011 par Wikileaks.

Le réseau de contacts du clan, au Québec et à l’étranger, l’étendue de ses activités philanthropiques — 375e anniversaire de Montréal, musée des Beaux-Arts, etc. — et sa mainmise sur les journaux de Gesca lui valent une planète à son nom dans la galaxie de l’influence.

14. Le premier trio de la finance : Michael Sabia, Monique Leroux et Louis Vachon

Si le gouvernement Couillard a son « trio » de médecins, le Québec inc. a son trio de financiers. Michael Sabia gère le plus gros portefeuille de placements du Québec, Monique Leroux préside sa plus importante institution financière, et Louis Vachon, sa plus grande banque.

Le PDG de la Caisse de dépôt et placement du Québec, la présidente du Mouvement Desjardins et le PDG de la Banque Nationale pilotent le « premier trio » de la finance au Québec. Dotés d’antennes partout dans la province, ils sont régulièrement consultés par le ministre des Finances à Québec, peu importe sa couleur politique.

Ainsi, Michael Sabia souhaitait depuis des années faire participer la Caisse de dépôt au financement des infrastructures de transport au Québec, comme l’institution le fait à l’étranger. Il a persuadé le gouvernement Couillard, à la recherche de fonds pour ses projets, de rendre la chose possible.

15. La force tranquille : Pierre Arcand

Ses collègues le décrivent comme « la force tranquille ». Lorsque le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles parle au Conseil des ministres, on l’écoute avec attention. Philippe Couillard a confiance en son jugement. À preuve, il a nommé Pierre Arcand vice-président du Conseil du Trésor pour épauler la recrue Martin Coiteux.

Pierre Arcand, élu en 2007 après une carrière dans le monde des affaires, siège également au Comité ministériel de l’économie, de la création d’emplois et du développement durable. Il est responsable du Plan Nord, un axe important de développement des ressources naturelles.

Il dévoilera à l’automne une nouvelle politique énergétique qui guidera le gouvernement et Hydro-Québec — dont il est responsable — jusqu’en 2025. Pierre Arcand devra, avec son collègue David Heurtel à l’Environnement, gérer le délicat dossier de l’oléoduc Énergie Est.

16. Le pape de la télé : Guy A. Lepage

Photo : Graham Hughes/La Presse Canadienne
Photo : Graham Hughes/La Presse Canadienne

Quand Guy A. Lepage a invité l’ex-leader étudiant Gabriel Nadeau-Dubois à Tout le monde en parle, fin novembre, ce dernier a profité de la tribune pour dénoncer le projet d’oléoduc de TransCanada. Quelques heures plus tard, un site Web avait déjà recueilli 100 000 dollars, destinés à la lutte contre les oléoducs. Après une semaine, la somme approchait les 400 000 dollars !

Une énième démonstration de l’influence de cette émission — et de son animateur, Guy A. Lepage —, qui convie chaque semaine depuis 10 ans plus d’un million de fidèles à sa messe dominicale.

Aux dernières élections fédérales, en 2011, des analystes ont attribué une partie de la « vague orange » à l’influence de Tout le monde en parle : les intentions de vote favorables au NPD au Québec étaient montées en flèche à la suite du passage du chef, Jack Layton, sur le plateau…

Pas étonnant, dans ce contexte, que dès le déclenchement des élections au Québec, les équipes des chefs se précipitent pour « réserver » leur place. Dans la dernière campagne, au printemps dernier, Pauline Marois devait, à l’origine, y être la veille du scrutin. La haute direction de Radio-Canada a dû intervenir pour devancer la date à la suite d’une plainte de la CAQ, qui la jugeait trop favorable à la première ministre.

17. Le médiacrate : Jean Lapierre

Photo : 98,5 FM
Photo : 98,5 FM

Dans les hautes sphères des partis politiques, il est l’objet de toutes les attentions. En campagne électorale, son téléphone sonne dès 6 h. Au bout du fil se succèdent les stratèges de toutes allégeances, qui tentent d’influencer ce qu’il dira en ondes à 7 h 05, à la première de ses multiples interventions à la radio de la journée…

« Il est une constante préoccupation, car il est un des rares commentateurs qui peut faire bouger des votes », affirme une source dans l’entourage du chef libéral Philippe Couillard. Même son de cloche du côté du gouvernement Marois : « On essayait toujours de l’avoir de notre bord avant sa chronique. Si on parvenait au moins à le neutraliser, on était content », dit un ancien attaché de presse.

Fort en gueule, champion de la formule assassine, Jean Lapierre fait à lui seul monter l’audimètre — son segment à Puisqu’il faut se lever, l’émission phare de Paul Arcand, est le plus écouté du 98,5 FM. « Il donne le ton à la journée politique », affirme un conseiller de la CAQ.

Présent sur les ondes à Montréal, à Québec et en région, cet ex-ministre libéral fédéral multiplie aussi les apparitions à la télé, en français (Salut Bonjour, émissions de LCN, Larocque Lapierre) et en anglais (CTV), où il « spinne » à sa façon la nouvelle du jour.

Alors que le cycle de vie des nouvelles ne cesse de rétrécir, l’industrie du commentaire ne s’est jamais si bien portée, dit Jean-François Dumas, président d’Influence Communication. « Au hockey, l’analyse du match est devenue plus importante que le match comme tel, dit-il. C’est la même chose en politique : l’analyse prend plus de place que les discours des politiciens. » Ainsi, les chefs de parti n’ont eu droit en moyenne qu’à des citations de 12 secondes dans les téléjournaux lors de la dernière campagne électorale.

En parallèle, le temps d’antenne des chroniqueurs politiques a explosé. D’où l’influence grandissante des commentateurs de la trempe de Jean Lapierre, conférencier recherché, doté d’un réseau de contacts sans pareil à Ottawa et à Québec, qui a déjà donné des « conseils stratégiques » rémunérés à des entreprises… tout en animant un bulletin d’informations à la station TQS.

[[S’il fait rager ses ex-adversaires politiques (surtout « les péquisses », dont il aime se moquer en ondes), Lapierre ne gagne pas toutes ses batailles : il s’était longuement opposé à l’idée de tenir une commission d’enquête sur l’industrie de la construction au Québec.

18. L’Indispensable : Le successeur de Thierry Vandal

Le prochain PDG d’Hydro-Québec n’est pas encore connu, mais il sera en bonne position dans ce palmarès ! Avec ses quelque 22 000 employés, ses 73 milliards de dollars d’actifs et ses projets de barrages, d’éoliennes et de minicentrales qui stimulent l’économie des régions, Hydro-Québec est non seulement la plus importante des sociétés d’État, c’est même un État dans l’État. Que son patron soit coloré comme André Caillé ou discret comme Thierry Vandal — qui partira en mai après 10 ans à la barre d’Hydro —, le PDG du géant énergétique est toujours puissant et influent.

Le prochain président entrera en poste au moment de la préparation de la nouvelle politique énergétique 2016-2021 du gouvernement du Québec, qui sera présentée à l’automne, et dans laquelle l’électrification des transports prendra de la vitesse.

19. Le fiscaliste ambitieux : Luc Godbout

Après les dernières élections — et bien avant l’assermentation des députés —, Luc Godbout est l’une des toutes premières personnes que le comité de transition mis en place par Philippe Couillard a contactées pour avoir « l’heure juste » sur les finances publiques du Québec. Le premier ministre tenait à obtenir l’avis de ce directeur du Département de fiscalité de l’Université de Sherbrooke, de même que celui de Claude Montmarquette, professeur à l’Université de Montréal. Une dizaine de jours (et quelques nuits blanches) plus tard, les deux économistes présentaient un rapport financier sombre, qui invitait le nouveau gouvernement à hausser les tarifs, à geler la masse salariale des fonctionnaires et à sabrer les crédits d’impôt aux entreprises.

Ces suggestions ont visiblement plu au gouvernement, qui a ensuite confié à Luc Godbout la présidence de la Commission sur l’examen de la fiscalité.

Cette nomination couronne l’ascension fulgurante de ce fiscaliste de 48 ans, habile vulgarisateur qui s’est d’abord fait connaître, il y a sept ans, en publiant un livre sur les conséquences du vieillissement de la population. Dans Oser choisir maintenant (Les Presses de l’Université Laval), lui et trois de ses confrères proposaient d’augmenter rapidement les impôts, taxes et tarifs des services publics de 4,5 milliards de dollars, pour constituer un « bas de laine » et ainsi éviter de refiler la facture aux jeunes.

Depuis, ses conseils ont été sollicités — et brandis comme des armes — tant par le Parti québécois que le Parti libéral. Ses plus récentes recommandations, dans le contexte d’austérité, font toutefois de lui une cible privilégiée pour certains économistes de gauche. Ceux de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques lui reprochent (entre autres) de surestimer l’importance de la dette. « L’étiquette de gauche ou de droite m’importe peu, dit Luc Godbout. Lorsque je regarde les écrits auxquels j’ai participé depuis 10 ans, je suis très fier de l’équilibre qui en ressort, du souci de mieux financer nos services publics en vue d’assurer leur pérennité à long terme. Une façon comme une autre de faire avancer le Québec. »

20. Le sage qui rôde : Daniel Johnson

L’ancien premier ministre libéral, âgé de 70 ans, est le conseiller informel de Philippe Couillard. Les deux hommes se parlent régulièrement, et Couillard sollicite son avis sur les grandes orientations du gouvernement.

C’est le débat sur la Charte des valeurs, proposée par le Parti québécois en 2013, qui a poussé Daniel Johnson à reprendre du service politique. Depuis, il a dirigé le quartier général du PLQ lors des dernières élections et a pris la tête du comité de transition vers le pouvoir.

Son influence est d’autant plus forte qu’il connaît bien Jean-Louis Dufresne, directeur de cabinet de Couillard, et Pietro Perrino — nommé secrétaire général associé au ministère du Conseil exécutif en avril dernier —, avec qui il a travaillé lorsqu’il était premier ministre, en 1994.

21. Redoutables syndicalistes : Louis Godin et Diane Francœur

Ils ne représentent que 18 000 membres (contre 600 000 pour la Fédération des travailleurs du Québec, la FTQ), mais ils forment le duo de syndicalistes le plus redoutable du Québec.

Les présidents de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec et de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, Louis Godin et Diane Francœur, ont certes consenti à étaler sur quelques années la dernière tranche de l’importante hausse de rémunération accordée à leurs membres depuis 2008. Mais ils ont obtenu du ministre de la Santé, Gaétan Barrette — ancien chef syndical des médecins spécialistes —, la promesse d’augmentations au moins aussi importantes que celles qui seront accordées aux 550 000 syndiqués des secteurs public et parapublic au terme des prochaines néociations.

Alors que le revenu des infirmières, des enseignants, des travailleurs en garderie et des autres employés de l’État peine à suivre l’inflation, celui des médecins explose. Invoquant le spectre d’un exode vers les autres provinces, les syndicats de médecins ont négocié une hausse de rémunération de 77 % de 2008 à 2014. Cette dernière est passée de 3,6 à 6,2 milliards de dollars. L’an dernier, les omnipraticiens ont touché des revenus moyens nets (une fois les frais de cabinet déduits) de 230 000 dollars, et les spécialistes, de 366 500 dollars.

22. Le vert qu’on écoute : Steven Guilbeault

Photo : M. Larose/Équiterre
Photo : M. Larose/Équiterre

Il s’est fait connaître, il y a près de 15 ans, en escaladant la tour du CN pour le compte de Greenpeace. Mais il y a longtemps que Steven Guilbeault, 44 ans, n’a plus besoin de risquer sa vie pour attirer l’attention des gens de pouvoir. Le directeur principal d’Équiterre avait déjà conseillé le gouvernement Charest au sujet de l’élaboration du « fonds vert », une série de mesures, dont une taxe sur le carbone, qui a rapporté plus de deux milliards de dollars au Trésor public depuis 2006, afin de financer des mesures environnementales.

Le gouvernement Couillard sollicite aussi ses lumières. En juillet dernier, il l’a nommé au comité-conseil en matière de changements climatiques. Ce comité va nourrir la réflexion de Québec autour du plan énergétique 2016-2025, qui sera rendu public l’automne prochain.

Au cabinet du premier ministre, on décrit Guilbeault comme « l’environnementaliste le plus crédible, calme et aimé des Québécois. On doit être attentif à ce qu’il dit. » Le gouvernement n’aime pas pour autant tout ce que dit le « pape vert » du Québec, qui répète sur toutes les tribunes sa vive opposition au projet d’oléoduc Énergie Est, pour exporter le pétrole des sables bitumineux albertains.

23. Le gardien des sceaux : André Pratte

À la mi-mars 2012, alors que le conflit étudiant s’envenimait et que beaucoup — dont l’opposition à Québec — appelaient le gouvernement de Jean Charest à négocier, l’éditorialiste en chef de La Presse, André Pratte, a enjoint aux libéraux de ne pas céder devant un tel mouvement. « Ce serait profondément injuste pour les groupes qui, eux, n’ont pas le temps ou les moyens de descendre chaque jour dans la rue, et dont la “cause” est certainement aussi valable », écrivait-il.

L’effet sur le conseil des ministres et le caucus libéral a été immédiat. « Ç’a mis le feu aux poudres. C’était fou au conseil des ministres. La ligne dure a pris le haut du pavé ensuite », explique un ancien ministre présent à la table.

Les éditorialistes n’ont plus autant de poids qu’auparavant, quand les journaux étaient les principaux vecteurs d’informations. Mais lorsque le PLQ est au pouvoir, André Pratte influence les troupes libérales, autant les députés que les militants. Il joue le rôle que le chroniqueur du Devoir, Michel David, tient lorsque le PQ est au gouvernement : gardien des sceaux. André Pratte reflète les valeurs du parti. Lorsque le PLQ s’en écarte, il le rappelle à l’ordre. S’il juge que la position est conforme à la tradition libérale, il lui donne son imprimatur.

24. Le philanthrope capitaliste : Claude Chagnon

Peu d’organismes de charité peuvent se targuer d’influencer directement des politiques sociales du gouvernement. C’est pourtant le cas de la Fondation Lucie et André Chagnon, l’une des plus importantes au pays, dotée d’un capital de 1,6 milliard de dollars, provenant de la vente de Vidéotron à Québecor, en 2000. Présidé par Claude Chagnon, ex-PDG de Vidéotron, l’organisme a pour mission de « prévenir la pauvreté par la réussite éducative des jeunes ». La Fondation a conclu depuis 2007 des « partenariats » avec le gouvernement. Elle a mis sur pied trois organismes indépendants, au sein desquels elle s’est engagée à verser quelque 475 millions de dollars sur 10 ans. Québec doit en échange y investir 375 millions. D’influents sous-ministres du gouvernement se rendent régulièrement dans les locaux de la Fondation — située dans le même immeuble que celui du premier ministre, avenue McGill College, à Montréal — pour négocier le renouvellement de ces partenariats.

Voyant leurs propres subventions sabrées ou gelées par Québec, 360 organismes communautaires et syndicaux mènent depuis le printemps une campagne contre ces « PPP [partenariats publics privés] sociaux », que la coalition qualifie de « dérive démocratique ». La Fondation se défend de se substituer au gouvernement et soutient qu’elle ne « préconise pas la privatisation des services publics ».

25. L’icône : France Charbonneau

Photo : Jacques Nadeau
Photo : Jacques Nadeau

Assignés à comparaître devant elle, de nombreux témoins ont tout tenté pour éviter de tomber entre les griffes de la juge France Charbonneau.

Et pour cause.

En deux ans d’audiences, la présidente de la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction a souvent agi comme « un sphinx qui dévore les victimes devant elle », dit Bernard Motulsky, professeur de communication sociale et publique à l’Université du Québec à Montréal.

Plus réservée que John Gomery, qui présidait la commission d’enquête sur le scandale des commandites, créée en 2004, elle intervenait peu dans les témoignages. Mais quand elle le faisait, avec son sourire en coin, presque carnassier, ses commentaires résonnaient très fort, dit Motulsky, qui a analysé ses prestations en direct à la télévision. Décontenancés, de nombreux témoins reconnaissaient leurs péchés et se confessaient en public.

À la barre de sa commission, elle a fait trembler politiciens, syndicalistes, ingénieurs et mafieux. Mais elle a surtout eu l’effet d’une catharsis — du grec ancien katharsis, « qui purge ou libère » — pour une population lassée du copinage, de la corruption. Sa présence a déjà fait bouger les choses : les lois en matière de financement politique ont été revues, et des mesures anticorruption ont été mises en place dans plusieurs villes, dont Montréal.

La juge Charbonneau publiera ses conclusions d’ici le printemps. Le gouvernement pourra difficilement se permettre de « tabletter » ce rapport, l’un des plus attendus des dernières décennies.