Affaire Khuong: quatre anciens premiers ministres appuient le Barreau

MONTRÉAL – Quatre anciens premiers ministres du Québec se portent à la défense du conseil d’administration du Barreau dans ce qu’ils appellent la «crise déplorable» qui l’oppose à la bâtonnière Lu Chan Khuong, suspendue depuis le 1er juillet.

Lucien Bouchard, Bernard Landry, Daniel Johnson et Pierre Marc Johnson, tous membres du Barreau, ont écrit une lettre ouverte publiée dans des quotidiens québécois mercredi matin.

Ils réagissent à la controverse soulevée par la suspension de la bâtonnière par le conseil d’administration du Barreau du Québec et des procédures judiciaires intentées par cette dernière pour être réintégrée dans ses fonctions.

Les anciens chefs du gouvernement disent intervenir dans ce débat parce qu’ils tiennent à protéger la crédibilité du Barreau, la dignité de tous ses membres mais aussi la confiance du public à l’égard de l’institution.

Selon les quatre hommes, le conseil d’administration n’avait pas le choix d’agir.

S’il n’avait rien fait et fermé les yeux sur la situation, il aurait été exposé au «très sérieux blâme» d’avoir abdiqué de ses responsabilités envers le public, écrivent-ils.

Ils laissent de plus entendre que la bâtonnière aurait dû d’elle-même quitter temporairement ses fonctions, histoire de soustraire l’institution à une «controverse préjudiciable».

Cette crise fait suite à la révélation par le quotidien La Presse de l’existence d’un dossier de traitement non-judiciaire d’une infraction possiblement commise par la bâtonnière Khuong, soit un présumé vol à l’étalage pour des jeans dans un magasin. En acceptant que son dossier soit déjudiciarisé — un mécanisme en principe confidentiel — elle a évité des accusations criminelles ainsi que la tenue d’un procès. Mais en procédant de cette manière, elle n’a toutefois pas eu l’occasion de démontrer son innocence, qu’elle clame depuis.

L’incident a fait l’objet d’une fuite dans les médias, ce qui a amené le conseil d’administration à exiger la démission de la bâtonnière et, devant son refus, à procéder le 1er juillet à sa suspension pour une période indéfinie.

L’ordre professionnel soutenait alors avoir agi en toute bonne foi afin de protéger l’institution du Barreau et préserver la confiance du public.

Lu Chan Khuong a intenté des procédures judiciaires pour réclamer des dommages et demander d’être réintégrée dans ses fonctions. La Cour supérieure a refusé sa demande de réintégration provisoire et va entendre l’affaire au mérite.

Mardi soir, Mme Khuong a écrit sur son compte Twitter qu’elle offrait sa démission «dans l’intérêt supérieur des membres et de la démocratie» à condition que soient tenues des élections générales. Elle avait déjà fait cette offre auparavant.

Selon les quatre anciens premiers ministres, les responsabilités d’un dirigeant du Barreau imposent un comportement exemplaire.

Dans la foulée de cet argument, ils soulignent dans leur lettre que la personne qui exerce la fonction de bâtonnier «doit répondre auprès des citoyens du respect des normes éthiques auquel est astreint chacun de ses membres». Vu ses importantes fonctions —recommander des juges, comparaître devant des commissions parlementaires et être l’interlocuteur du ministre de la Justice — le bâtonnier «doit avoir un comportement éthique exemplaire», écrivent-ils.

Cette préoccupation justifie les gestes des membres du conseil d’administration, notamment la suspension et la mise sur pied d’un comité d’enquête, indépendant du conseil, pour aller au fonds des choses et faire ressortir la vérité.

Ils disent maintenant espérer que les procédures judiciaires en cours fassent la lumière sur cette affaire, à savoir si les allégations qui ont été rendues publiques à propos de Mme Khuong sont fondées ou non.

Selon eux, la suspension temporaire ne déroge pas au droit à la présomption d’innocence de Mme Khuong.

En mai, Mme Khuong était devenue la première femme élue au poste de bâtonnier, avec près de 66 pour cent des votes.

Elle a depuis maintenu que cette affaire est une campagne de salissage à son égard et que les membres du c.a. se sont prêtés à «une basse stratégie électorale».

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