Aide médicale à mourir: la loi 52 va s’appliquer comme prévu, dit Barrette

QUÉBEC – Les patients en fin de vie qui réclament l’aide d’un médecin pour abréger leurs souffrances doivent obtenir ce service, a réaffirmé mercredi le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, dans un rappel à l’ordre aux médecins récalcitrants et aux dirigeants des établissements du réseau de la santé.

Les hôpitaux disposant d’une aile de soins palliatifs et les maisons vouées à accueillir des patients en fin de vie auront donc le devoir, a-t-il soutenu sans ambiguïté, de se conformer à la loi 52 et d’offrir l’aide médicale à mourir à ceux qui la demandent.

Ceci dit, sur une base individuelle, un médecin pourra invoquer une objection de conscience et refuser d’écourter la vie d’un malade. Mais l’institution, elle, devra répondre à la demande du mourant, a insisté le ministre Barrette, en point de presse, en marge de la rencontre hebdomadaire du cabinet Couillard.

«C’est le patient qui aura préséance» et non le médecin ou l’institution, en vertu de la loi 52, une loi qui sera donc appliquée comme prévu à compter du 10 décembre, a-t-il ajouté, en voulant se faire rassurant pour les malades.

Il a aussi rappelé que selon divers sondages menés ces dernières années, la vaste majorité des médecins étaient d’accord avec les orientations de la loi 52, ce qui laisse croire que son application ne posera pas de problème.

«Toute la démarche est centrée sur le patient. C’est à nous à s’adapter au patient», a rappelé le ministre, en se montrant confiant de vaincre les résistances.

D’ailleurs, cette loi ne s’adressera qu’à certains grands malades incurables, adultes, déjà à l’agonie et sains d’esprit. Elle encadre de façon stricte le processus par lequel ils pourront, dans des circonstances bien précises, demander qu’un médecin intervienne pour mettre fin à leurs jours.

Le ministre Barrette n’a pas apprécié le fait que les médecins du département de soins palliatifs du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), malgré toutes ces balises légales, ont indiqué leur intention de ne pas offrir ce service aux mourants.

Il leur a rappelé qu’ils n’étaient pas «propriétaires» de l’établissement et que le CHUM devrait se conformer à la loi comme les autres.

«C’est inapproprié et inopportun» comme attitude, selon lui.

Il s’est montré tout aussi déçu de voir les 29 maisons de soins palliatifs du Québec exprimer leur décision de ne pas offrir l’aide à mourir. «Ca dépasse l’entendement», a-t-il dit, en leur demandant de réexaminer leur position.

«Le rôle de l’institution, c’est d’offrir ça (l’aide médicale à mourir). Et ça sera offert», a-t-il assuré.

La députée péquiste qui avait mené la longue consultation sur le sujet, et qui avait par la suite élaboré le projet de loi, Véronique Hivon, s’est montrée elle aussi déçue de constater la résistance d’une partie du réseau de la santé. Mais elle croit que l’attitude de bien des gens est en train de changer.

«J’ai confiance que les maisons vont évoluer», a-t-elle indiqué, lors d’une brève entrevue.

Si une maison de soins palliatifs ou un hôpital refuse d’appliquer la loi, «il va devoir y avoir un processus de référencement. Le médecin lui-même n’est pas tenu (d’offrir le service), mais la personne a le droit de le recevoir», a-t-elle rappelé, faisant écho aux commentaires du ministre.

«On a pris énormément de soin en élaborant la loi pour qu’il n’y ait personne en état de fin de vie, en état de vulnérabilité, qui puisse tomber entre deux chaises, voire qui ne recevrait pas le soin», a indiqué la députée.

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