Gilles Duceppe à la tête du Bloc québécois, Mario Beaulieu en sera le président

MONTRÉAL – Sans tarder, le jour même de l’annonce, Gilles Duceppe reprend le chapeau de chef du Bloc québécois en prévenant «qu’un nouveau cycle politique commence».

Le retour de M. Duceppe comme chef du parti, moins d’un an après l’élection de Mario Beaulieu à ce poste, a été confirmé mercredi matin, à Montréal, lors d’une conférence de presse où les deux hommes étaient présents. M. Beaulieu sera désormais le président du Bloc.

Dans son allocution, Mario Beaulieu a expliqué que malgré ses efforts et ceux de ses collaborateurs, le parti aurait manqué de temps sous son leadership pour obtenir du succès aux élections générales de l’automne prochain.

«Il (Gilles Duceppe) part avec plus d’expérience et plus de notoriété que moi», a-t-il brièvement justifié par la suite.

Il a assuré que c’est lui qui avait demandé à M. Duceppe de reprendre du service. La réponse positive a été entérinée mardi soir par le bureau national du parti. La circonscription dans laquelle le nouveau chef va se présenter n’a pas encore été déterminée.

«J’ai vu son courage, son sens de l’abnégation, ça m’a chamboulé, a dit M. Duceppe au sujet de son prédécesseur qui lui passe le flambeau. C’est ça être indépendantiste: c’est faire passer la cause avant soi.»

Il a révélé avoir finalement accepté l’offre de M. Beaulieu samedi dernier, après avoir discuté avec Pierre Karl Péladeau, le chef du Parti québécois (PQ).

«Il m’a assuré de son soutien indéfectible au Bloc et celui de son parti», a résumé l’homme de 67 ans.

«Un nouveau cycle politique commence», a répété M. Duceppe en point de presse, en référence aux changements à la direction du Bloc et du PQ et ce qu’il perçoit comme un regain d’intérêt de la population pour la souveraineté.

En 2011, le Bloc — à ce moment dirigé par Gilles Duceppe — avait subi une dégelée électorale, perdant 43 de ses 47 sièges aux Communes, y compris celui du chef qui avait immédiatement démissionné. M. Duceppe était le chef du Bloc depuis 1997.

Interrogé sur ce qu’il allait donc faire de différent en octobre prochain pour éviter pareille défaite, M. Duceppe a dit avoir «senti cette responsabilité quand Mario lui a demandé». Il a ajouté que les Québécois ont pu voir depuis 2011 que les dossiers du Québec n’étaient pas défendus à Ottawa par les députés néo-démocrates élus dans la province, et qu’ils sont déçus.

Le NPD réfute ces accusations. «Nous, on veut ouvrir toutes grandes les portes ici à la Chambre des communes pour que le Québec rentre en force, a dit mercredi le chef néo-démocrate Thomas Mulcair. (…) On a un fort appui du public. Ça se ressent. Ça se mesure.»

«Ils (les Québécois) ne veulent pas jouer les figurants dans le film ‘Retour vers le futur 4’», a ironisé M. Mulcair.

Gilles Duceppe a aussi dû se défendre d’être revenu pour «l’élection de la dernière chance» ou de représenter une sorte de passe «Hail Mary» pour le Bloc, en référence à cette passe quasi-impossible tentée en dernier recours au football vers la fin d’un match. Toujours mordant, il a rétorqué aux journalistes qu’aucune équipe ne commence un match avec une passe «Hail Mary».

Il a ensuite invité les bloquistes qui ont quitté la formation à y revenir.

Questionné à savoir s’il allait tenter de ramener au bercail les deux députés qui ont quitté le Bloc en réaction à l’élection de Mario Beaulieu, le chef Duceppe a dit que «la porte était ouverte pour tout le monde».

Le député Jean-François Fortin, qui a depuis fondé le parti Forces et Démocratie, n’a pas fermé cette porte.

«Je ne m’avancerai sur aucune hypothèse concernant une collaboration, sous une forme ou une autre, avec le Bloc Québécois», a-t-il indiqué dans un communiqué, puisqu’il n’avait pas eu la chance de parler avec Gilles Duceppe depuis l’annonce.

Mais c’est un «non» de la part d’André Bellavance, l’ex-député bloquiste qui a décidé de siéger comme indépendant après l’arrivée de M. Beaulieu. Il avait déjà annoncé qu’il ne se représenterait pas et le retour de Gilles Duceppe ne change rien à sa décision, a-t-il fait savoir mercredi.

Le retour de M. Duceppe en fait toutefois réfléchir d’autres.

Claude Bachand, député bloquiste pendant 18 ans, promet de téléphoner dès jeudi à Gilles Duceppe pour lui manifester son intérêt de se porter candidat.

«C’est sûr que ça fait réfléchir», a-t-il dit au parlement fédéral où il était de passage mercredi. «Ma décision était prise de ne pas me représenter avec M. Beaulieu», a-t-il expliqué, ajoutant que sa position est maintenant «peut-être» car il doit d’abord vérifier l’intérêt du chef.

La formation bloquiste a été décimée en 2011 et ne compte actuellement que deux députés aux Communes, Louis Plamondon et Claude Patry, et ce dernier ne se représentera pas.

À Ottawa, le lieutenant de Stephen Harper au Québec, le ministre Denis Lebel, n’a que faire du retour de Gilles Duceppe. Peu importe le chef, a-t-il dit, le Bloc n’a pas de pertinence à Ottawa.

De son côté, le chef libéral Justin Trudeau juge que les Québécois ont rejeté le Bloc en 2011.

«Ce que les Québécois veulent, c’est d’être réengagés dans un projet canadien dans lequel ils vont se reconnaître», avance-t-il.