Égypte: le journaliste canadien Mohamed Fahmy a pu quitter la prison

Le journaliste canadien Mohamed Fahmy a quitté la prison du Caire où il était emprisonné depuis plus de 400 jours, après la décision d’un juge égyptien de permettre sa libération sous caution.

Son frère, Adel Fahmy, ainsi que le réseau anglophone d’Al-Jazeera ont confirmé la libération de Mohamed Fahmy.

Un juge égyptien avait ordonné, jeudi, la libération sous caution du journaliste canadien Mohamed Fahmy et de son collègue égyptien Baher Mohammed en attendant leur nouveau procès en lien avec des accusations de terrorisme.

Le sort du journaliste Baher Mohammed n’était pas connu, tard jeudi soir, personne n’ayant pu savoir s’il avait aussi pu quitter la prison.

Il y a un an, les journalistes anglophones du réseau Al Jazeera avaient été reconnus coupables par un tribunal inférieur, lors d’un procès qui avait été tourné en dérision par la communauté internationale. Ils ont passé plus d’un an dans une prison du Caire.

Jeudi lors de l’annonce, la fiancée de M. Fahmy, Marwa Omara, a fondu en larmes et crié «Vive la justice» dans la salle du tribunal. «Merci à l’Égypte, merci d’avoir pris la bonne décision. Je suis très heureuse. C’est un nouveau jour pour Mohamed et moi», a-t-elle dit aux journalistes, avant d’annoncer qu’ils avaient maintenant l’intention de se marier.

La nouvelle survient moins de deux semaines après la libération de leur collègue australien Peter Greste, en vertu d’une nouvelle loi qui permet au président égyptien de déporter des étrangers accusés ou reconnus coupables de crimes.

M. Fahmy, âgé de 40 ans, a récemment renoncé à sa citoyenneté égyptienne dans l’espoir d’être lui aussi déporté. On lui a toutefois imposé une caution de 41 000 $ CAN, une mesure dont il est le seul à faire l’objet.

L’autre journaliste d’Al Jazeera, Baher Mohammed, ne détient pas de citoyenneté étrangère et ne devrait donc pas être déporté. La prochaine audience de leur nouveau procès est prévue le 23 février.

Jeudi, le juge Hassan Farid a ordonné aux accusés de ne pas quitter leur «patrie» et de se rapporter à leur commissariat de police local tous les matins. L’avocat égyptien de M. Fahmy, Khaled Abou Bakr, a dit ne pas savoir si cela vise à empêcher son client de quitter l’Égypte.

La mère du journaliste canadien, Wafaa Bassiouni, a indiqué qu’elle s’empresserait de déposer la caution demandée avant la fin de la journée de jeudi, mais on ne sait toujours pas si son fils pourra sortir du pays.

«Nous espérons en apprendre plus au cours des prochaines heures, a-t-elle dit à l’Associated Press. C’est une lueur d’espoir (…). Mais nous espérons un acquittement, et non seulement une libération. Il n’a rien fait pour mériter ces 14 mois en prison.»

Selon le compte Twitter de M. Fahmy, il ne devrait pas être libéré immédiatement puisque ses avocats doivent encore remplir plusieurs documents. Il devrait être relâché au plus tôt samedi.

M. Fahmy a affirmé devant la cour que des dirigeants canadiens lui avaient indiqué que sa déportation était imminente. «Nous avons fait nos valises. Ma fiancée a démissionné. Nous avons réservé nos billets», a-t-il expliqué.

La ministre d’État aux Affaires étrangères et consulaires du Canada, Lynne Yelich, a applaudi la nouvelle et réclamé la «libération immédiate et complète» de M. Fahmy. Elle a aussi demandé au président Abdel-Fatah el-Sissi d’intervenir pour résoudre cette affaire.

«Le premier ministre Harper a personnellement soulevé le cas de Mohamed Fahmy auprès du président El-Sissi. Des représentants canadiens ont soulevé le cas de Mohamed Fahmy auprès de représentants égyptiens à 19 reprises au cours des deux dernières semaines», a-t-elle ajouté.

En visite à Victoriaville, jeudi, Stephen Harper a affirmé que le gouvernement fédéral continuerait de faire pression pour la libération de Mohamed Fahmy et s’est dit persuadé de voir une résolution de la situation.

M. Harper est resté évasif quant à savoir s’il avait parlé directement au président égyptien.

«Notre gouvernement est en contact depuis un bon moment déjà avec les autorités égyptiennes à tous les échelons, incluant le mien», a dit le premier ministre.

Le réseau Al Jazeera a déclaré qu’il s’agissait d’un «petit pas dans la bonne direction» qui permettra aux journalistes de passer du temps avec leurs proches. Le journaliste Peter Greste a reconnu sur Twitter qu’il s’agissait d’un «progrès important», ajoutant toutefois que le dossier était loin d’être réglé.

Les journalistes avaient été arrêtés en décembre 2013 lors d’une perquisition dans la chambre d’hôtel à partir de laquelle ils couvraient les manifestations qui ont éclaté après la chute du président islamiste Mohammed Morsi. Ils ont été accusés de collaborer avec les Frères musulmans, désormais considérés comme une organisation terroriste en Égypte.

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