L’ancien ministre péquiste Jean Garon est décédé mardi à l’âge de 76 ans

QUÉBEC – Jean Garon, emblématique ministre de l’Agriculture et indépendantiste de la première heure, est mort, a indiqué mercredi l’aile parlementaire péquiste.

Âgé de 76 ans, M. Garon, connu pour ses opinions tranchées, est décédé mardi dans un hôpital de Lévis, a déclaré une porte-parole péquiste, Antonine Yaccarini. Un membre de sa famille, Alexis Deschênes, a précisé que l’homme politique a succombé à une crise cardiaque.

À l’Assemblée nationale, un de ses anciens collègues, le député François Gendron, a décrit M. Garon comme un «personnage» à la détermination farouche.

«Des M. Garon, ça ne pleuvait pas au Québec, autant déterminé, authentique, un bagarreur, un passionné de la politique», a-t-il dit.

Membre fondateur du Parti québécois, en 1968, M. Garon avait auparavant exercé des fonctions sur les exécutifs de regroupements indépendantistes, dont le Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN), avec Pierre Bourgault.

Après un premier échec comme candidat péquiste aux élections de 1973, dans Charlevoix, M. Garon a été élu trois ans plus tard à Lévis, une ville dont il sera maire par la suite. Dans le gouvernement de René Lévesque, M. Garon a été ministre de l’Agriculture pendant neuf ans, jusqu’à la défaite du PQ en décembre 1985.

En septembre de cette même année, il avait été battu à la course la direction péquiste, remportée par Pierre Marc Johnson après le départ de M. Lévesque.

Au retour du PQ au pouvoir, en 1994, M. Garon a été nommé à l’Éducation par Jacques Parizeau, un poste dont il a été écarté lorsque Lucien Bouchard est devenu premier ministre.

M. Garon, avocat et économiste de formation, ne s’est pas représenté aux élections de 1998, mais il a été élu maire de Lévis la même année, jusqu’à sa défaite de 2005.

M. Gendron, lui-même ancien ministre de l’Agriculture dans le dernier gouvernement, a souligné la contribution de M. Garon à ce ministère, où il a notamment fait adopter une loi sur la protection des terres agricoles et amélioré l’autosuffisance alimentaire.

«Il a mis l’agriculture du Québec sur la ‘mappe’, il l’a sortie du marasme dans laquelle elle était», a-t-il dit.

Le ministre libéral de l’Agriculture, Pierre Paradis, a affirmé que la protection du territoire agricole a préservé les secteurs les plus productifs, comme dans la vallée du Saint-Laurent et dans le centre du Québec.

«Aujourd’hui, si on peut parler du droit de produire, si on peut parler des activités agricoles qui vont pouvoir se perpétuer à travers le temps, c’est parce qu’on a consacré la vocation agricole de nos terres à perpétuité», a-t-il dit.

Avant d’être élu pour la première fois, M. Garon a enseigné aux facultés de droit et des sciences de l’administration de l’Université Laval, à partir de 1970. Durant les deux années précédentes, il avait également enseigné l’économie au cégep de Limoilou.

Ex-ministre péquiste dans le gouvernement Lévesque, Denis De Belleval était très triste, mercredi, du décès de M. Garon, avec qui il a milité pour l’indépendance à partir du tournant des années 1960, alors que tous les deux étaient membres du RIN.

«Jean Garon, c’est quand même presque un frère pour moi, a-t-il dit. On a fait l’Université Laval ensemble, on a participé ensemble à la fondation du Parti québécois, on a été ministres en même temps, on a été très proches l’un de l’autre pendant au moins un certain temps.»

M. De Belleval s’est souvenu que M. Garon était capable de travailler jour et nuit, ce qui le menait parfois à lui téléphoner à toute heure.

«Jean avait l’habitude de nous appeler à des heures inouïes, en plein milieu de la nuit parfois pour nous consulter ou nous donner son opinion, a-t-il dit. Jean marchait même la nuit.»

Malgré des divergences d’opinions qui pouvaient survenir, M. Garon réussissait toujours à susciter la réflexion, s’est également rappelé M. De Belleval.

«C’est quelqu’un qui était aussi très attachant. Même quand on n’était pas d’accord avec lui, on le trouvait drôle, a-t-il dit. Il nous faisait réfléchir même quand parfois on trouvait qu’il en beurrait épais. C’est une personnalité qui était plus grande que nature.»

Candidat péquiste défait dans Trois-Rivières à la dernière élection, Alexis Deschênes a décrit M. Garon, qui est un oncle de sa conjointe, comme un mentor au jugement assuré qu’il consultait fréquemment.

«C’est quelqu’un qui avait une grande capacité de réflexion mais toujours tournée vers l’action, a-t-il dit. C’était quelqu’un d’éminemment pragmatique mais en même temps intellectuel.»

M. Garon l’a encouragé à quitter son poste de journaliste politique à l’Assemblée nationale pour aller faire son droit avant de tenter de se faire élire.

«Il m’avait dit que pour être député il n’y a pas de meilleure formation que le droit, a-t-il dit. Alors je m’étais lancé.»

M. Deschênes a raconté que M. Garon est un modèle pour lui en raison de sa façon de faire de la politique.

«Il interrogeait beaucoup les gens, a-t-il dit. C’était ça son approche de la politique, d’être très près du peuple et de consulter beaucoup, beaucoup jusqu’à temps de se faire une opinion.»

Au cours de la dernière campagne, M. Garon lui a prodigué des conseils, notamment sur la façon d’aller chercher le pouls de la population sur le terrain.

«Il m’a dit: ‘posez beaucoup de questions, posez leur la question: comment vous voyez les choses? Gardez ça ouvert jour après jour et vous allez voir, à la fin de la campagne, vous allez avoir une image très précise de ce dont ont besoin les citoyens de Trois-Rivières.»