Le sénateur Patrick Brazeau plaide coupable à des accusations réduites

GATINEAU, Qc – Le sénateur Patrick Brazeau a plaidé coupable, mardi, à des accusations réduites de voies de fait simple et de possession simple de cocaïne, après qu’une accusation d’agression sexuelle eut été retirée, la Couronne n’ayant pas suffisamment de preuves.

L’ancien membre du caucus conservateur de Stephen Harper a enregistré ce nouveau plaidoyer au palais de justice de Gatineau.

Son avocat et le procureur de la Couronne dans le dossier ont tous les deux demandé au juge Valmont Beaulieu d’accorder à M. Brazeau une absolution inconditionnelle, ce qui permettrait à l’accusé d’espérer réintégrer son poste au Sénat.

L’avocat de M. Brazeau, Gérard Larocque, a d’ailleurs déclaré au juge que si son client recevait une absolution inconditionnelle, «ses chances seraient excellentes» de retourner au Sénat. Le juge se prononcera sur sa peine le 28 octobre.

Le premier ministre Stephen Harper — qui a lui-même nommé M. Brazeau au Sénat en 2008 — n’a pas fait preuve du même enthousiasme lorsqu’il a été questionné sur le sujet par des journalistes mardi. «M. Brazeau a été suspendu sans solde depuis presque deux ans et je suis confiant que le Sénat va poser les gestes appropriés lorsqu’il sera de retour», s’est limité à déclarer le chef conservateur.

En quittant le palais de justice, mardi, M. Brazeau s’est fait interroger par les journalistes sur un éventuel retour au Sénat. Il a répondu tout de go: «c’est ça le plan».

M. Brazeau s’est dit soulagé par l’abandon de l’accusation d’agression sexuelle. «Ça fait deux ans et demi qu’on m’a accusé d’agression sexuelle. C’est la pire accusation que quelqu’un peut avoir», a-t-il dit.

«Et aujourd’hui, c’est la preuve qu’on a que je n’ai pas agressé personne sexuellement. La Couronne l’a admis ça», a-t-il poursuivi.

Le procureur Sylvain Petitclerc a expliqué mardi que la Couronne ne détenait pas assez de preuves pour poursuivre les procédures relativement à l’accusation d’agression sexuelle.

«On a reconnu devant le juge que la preuve hors de tout doute raisonnable ne semblait pas acquise», s’est-il limité à dire à la sortie de l’audience.

Me Petitclerc a suggéré qu’une des raisons pour laquelle le sénateur suspendu a accepté de plaider coupable aux autres accusations est qu’une bande vidéo d’une confession qu’il a faite aux enquêteurs devait être présentée sous peu au tribunal.

«On était rendu au moment où il y avait la vidéo de l’interrogatoire de M. Brazeau qui devait être diffusée. Et par la suite, M. Brazeau devait témoigner et subir un contre-interrogatoire», a-t-il expliqué aux journalistes.

«Maintenant, il a décidé de plaider coupable. En faisant ça, la vidéo ne sera pas diffusée et M. Brazeau ne sera pas contre-interrogé non plus», a spécifié le procureur de la Couronne.

Le juge Beaulieu a soutenu en cour que la victime alléguée dans cette cause — dont l’identité est protégée — a fourni un «faible» témoignage en cour.

Me Petitclerc a expliqué que la résidante de Gatineau avait été avertie que M. Brazeau allait plaider coupable à une accusation de voies de fait simple et que les deux parties demanderaient au juge une absolution inconditionnelle.

«Elle a refusé de faire une »déclaration de la victime »», a spécifié le procureur.

En demandant une absolution inconditionnelle pour son client, Me Larocque a fait valoir que M. Brazeau avait dû traîner un lourd fardeau au cours des deux dernières années. Chaque fois que son nom était mentionné dans les médias, l’accusation d’agression sexuelle déposée contre lui était soulignée, a-t-il rappelé.

Il a ajouté qu’en plus de souhaiter réintégrer le Sénat, M. Brazeau s’est inscrit à des cours à l’université.

Patrick Brazeau avait été exclu du caucus conservateur après avoir été accusé d’agression sexuelle et de voies de fait en 2013. Il avait ensuite été suspendu sans solde du Sénat en marge du scandale des dépenses de la Chambre haute.

Malgré le revirement de mardi, les démêlés de M. Brazeau avec la justice ne sont pas finis. Même si d’autres accusations découlant d’une autre arrestation survenue en 2014 ont également été abandonnées, l’ancien chef du Congrès des peuples autochtones doit aussi subir un procès pour s’être retrouvé au volant d’un véhicule alors qu’il était supposément en état d’ébriété.

Il sera également en cour en mars pour se défendre d’accusations criminelles de fraude et de bris de confiance en lien avec ses réclamations de frais soumises au Sénat.

Avant le début de ses problèmes avec la loi, le sénateur s’était fait connaître pour s’être battu contre Justin Trudeau dans le cadre d’un combat de boxe en 2012 qui visait à recueillir des fonds pour un organisme caritatif.