La Presse mettra fin à sa version papier du lundi au vendredi dès 2016

MONTRÉAL – À l’exception du samedi, les adeptes de la version papier de La Presse devront se tourner vers leurs tablettes électroniques à compter du 1er janvier s’ils veulent continuer à lire le quotidien montréalais.

Deux ans et demi après le lancement de La Presse+, développée au coût d’environ 40 millions $, la direction du journal a effectué mercredi un pas de géant dans sa migration vers le numérique.

Le président et éditeur de La Presse, Guy Crevier, a confirmé cette nouvelle, qui était attendue, au cours d’une rencontre avec les employés du quotidien.

«En 30 mois, La Presse+ est plus performante que la version papier, qui fête son 131e anniversaire, a-t-il expliqué au cours d’une entrevue téléphonique. Lors du lancement de La Presse+, nous avions 161 000 abonnés payants. Ce matin, il y a eu 188 000 ouvertures (de l’application)­.»

M. Crevier a ajouté que plus de 460 000 personnes consultent la version numérique du quotidien de façon hebdomadaire.

Ce déploiement de l’édition pour tablettes par le quotidien de la rue Saint-Jacques s’inscrivait dans un contexte généralisé d’un recul des revenus publicitaires à travers les médias traditionnels.

Selon le président et éditeur du quotidien, le secteur nord-américain des journaux a vu ses recettes dégringoler de 63 pour cent, ou 29 milliards $.

En juin, La Presse+ générait près de 60 pour cent des revenus du quotidien, selon son président et éditeur, une proportion qui devrait atteindre 75 pour cent en décembre.

«Les nouvelles sont encourageante, a expliqué le président du syndicat de la rédaction, Charles Côté. On nous a dit que La Presse+ était une entreprise viable.»

Pour le professeur titulaire en marketing au HEC Montréal Jacques Nantel, l’abandon du papier démontre que les annonceurs sont maintenant prêts à migrer vers la plateforme numérique de La Presse.

«Contrairement à ce que l’on pense, ce n’est pas une question du comportement des consommateurs, estime-t-il. Si c’était une décision de consommateur, elle aurait été prise depuis longtemps, puisque l’application est gratuite.»

Par ailleurs, l’abandon du journal papier du lundi au vendredi ne devrait pas se traduire par un déplacement des lecteurs vers d’autres publications, croit M. Crevier.

«Il nous reste 81 000 abonnés du côté papier, a-t-il dit. Entre 30 000 et 35 000 devraient migrer vers l’application et le reste vers nos autres plateformes numériques.»

Le président et éditeur de La Presse a également souhaité être en mesure de conserver l’édition papier du samedi, ajoutant que cette décision pourrait ultimement revenir aux lecteurs.

«Au-delà de nos abonnés, il y a 35 000 personnes qui vont chercher cette édition dans les dépanneurs et kiosques le samedi, ce qui est très bon, a dit M. Crevier. Nous avons aussi une forte concentration d’annonceurs le samedi.»

En attente de la réorganisation

Cette migration numérique entraînera toutefois une importante réorganisation au sein de l’organisation et risque vraisemblablement de se traduire par des licenciements.

«Il y a quelques années, le syndicat qui représentait les camionneurs comptait plus de 200 membres et aujourd’hui ils sont 35, explique M. Côté. Ils viennent d’apprendre que c’est terminé le 31 décembre.»

Du côté de la rédaction, qui compte quelque 300 employés, tout le personnel en place sera nécessaire pour continuer à produire La Presse+ même si la version papier disparaît, de l’avis de M. Côté.

Des rencontres sont prévues le 24 septembre afin de faire le point avec les cinq syndicats à La Presse, ce que déplore M. Côté, puisque cela provoquera de l’incertitude pour une semaine dans certains secteurs du quotidien.

L’imprimeur Transcontinental (TSX:TCL.A), qui avait reçu 31 millions $ de La Presse en 2014 afin de lui fournir une plus grande flexibilité, constatera également une baisse du volume d’impression à son usine montréalaise de Pointe-aux-Trembles, où travaillent environ 80 personnes.

«Nous avons rencontré nos employés pour leur expliquer (…) que nous allons évaluer la situation au cours des prochaines semaines pour minimiser cet impact», a indiqué le chef des communications de Transcontinental, Sylvain Morissette.

Il a rappelé que le volume d’impression à l’usine de Pointe-aux-Trembles demeurait important, notamment grâce aux hebdomadaires ainsi qu’au journal Métro. À plus grande échelle, l’entreprise a également décroché de nouveaux contrats, dont l’impression du quotidien anglophone The Gazette, auprès d’autres éditeurs.

La disparition de la version papier de La Presse avait entre autres été évoquée en mai 2014 par la direction de Power Corporation (TSX:POW), la société mère de l’éditeur, à l’occasion de son assemblée annuelle.

Gesca, filiale de Power Corporation, a depuis décidé de se départir de ses six quotidiens régionaux en les vendant, le 18 mars dernier, à Groupe Capitales Médias, une société dirigée par l’ancien ministre libéral Martin Cauchon, pour un montant non dévoilé.

L’annonce de La Presse survient par ailleurs au lendemain du lancement de l’application pour tablette du Toronto Star, calquée sur la plateforme du quotidien montréalais.

La Presse et le Toronto Star ont par ailleurs annoncé la fin des activités de leur coentreprise Olive Media en janvier, après neuf ans. Les équipes des ventes numériques retourneront chez Square Victoria Digital Properties et Toronto Star Newspapers.

Quelque 70 employés seront touchés par ces changements à Toronto et 12 à Montréal. Star Metro Media accueillera certains travailleurs à Toronto alors que La Presse fera de même dans la métropole.

Gesca détient un investissement dans La Presse Canadienne dans le cadre d’une entente conjointe avec les sociétés mères du Toronto Star et du quotidien Globe and Mail.