Après une année miraculeuse, Rachel Notley devra trimer dur en 2016

EDMONTON – Pour Rachel Notley, nouvelle première ministre de l’Alberta, 2015 aura été plutôt renversante.

Au début de l’année, le Nouveau Parti démocratique (NPD) albertain ne comptait que quatre députés à l’Assemblée législative, dans une province dirigée sans répit par les conservateurs depuis 44 ans. Cinq mois plus tard, le NPD faisait élire 54 députés (sur 87), reléguant au troisième rang les progressistes-conservateurs de l’ex-ministre fédéral Jim Prentice. Dès lors, la vie de Mme Notley venait de basculer.

«Le plus difficile, ça a été juste après les élections, se rappelait-elle récemment au cours d’un entretien de fin d’année avec La Presse Canadienne. Aujourd’hui, j’ai adopté une sorte de routine.»

Mais le plus dur reste quand même à venir: en 2016, la première ministre devra mettre en oeuvre les ambitieuses promesses de son parti. Des promesses qualifiées de visionnaires par les uns, mais de fantaisistes par les autres.

Mme Notley répond que la résistance aux changements, elle connaît. «Écoutez: je suis une néo-démocrate qui a grandi en Alberta! C’est tout dire… Je ne suis pas là pour le concours de popularité mais pour défendre et promouvoir certaines visions du monde et certaines valeurs. Parfois, vous réussissez à convaincre, et c’est fantastique. Parfois, il faut trimer dur pour obtenir les changements escomptés.»

Les néo-démocrates ont été portés au pouvoir en Alberta le 5 mai avec notamment pour mandat de lutter contre les changements climatiques, de revoir la fiscalité, de soutenir les familles à faible revenu et de réinvestir dans la santé, les services sociaux et les hôpitaux de la province.

Le gouvernement néo-démocrate a déjà adopté une loi qui élimine le fameux impôt à taux unique en Alberta, pour le remplacer par un impôt à taux progressif. L’impôt des entreprises a aussi été majoré. Par ailleurs, le salaire minimum, actuellement de 11,20 $ l’heure, sera augmenté pour atteindre le seuil psychologique de 15 $ d’ici 2018 — il est actuellement de 10,55 $ au Québec et de 11 $ en Ontario.

Côté changements climatiques, la nouvelle stratégie provinciale revoit les fondements mêmes de l’économie albertaine, basée sur les combustibles fossiles. La stratégie des néo-démocrates prévoit une taxe sur les émissions carboniques, qui devrait rapporter des milliards de dollars, le plafonnement des émissions du secteur des sables bitumineux et la disparition des centrales électriques au charbon. On attend en janvier les recommandations d’un comité consultatif sur la révision des redevances dans l’industrie pétrolière.

Par ailleurs, un programme d’infrastructures prévoit de doubler la construction dans la province, au moment où le secteur pétrolier est au plus bas à cause de la chute des prix du baril. Le gouvernement souhaite ainsi stimuler l’économie, et est prêt pour ce faire à ajouter près de 50 milliards $ à la dette de la province d’ici 2020.

L’opposition soutient que ces réformes commencent à ressembler à de l’irresponsabilité. Mme Notley répond que ses initiatives seront tout sauf des coups d’épée dans l’eau. «Trop de gens ont travaillé d’arrache-pied pour nous amener là où nous sommes. Il faut être à la hauteur (…) et redonner foi aux électeurs dans leur système démocratique.»

Mais l’économie a donné du fil à retordre à ce nouveau gouvernement. Un baril de pétrole qui dégringole en dessous des 40 $ US, ça signifie aussi de nombreuses mises à pied dans le secteur. Le budget 2016-2017 du gouvernement prévoira des emprunts de millions de dollars seulement pour «payer l’épicerie». Et juste avant la fin de cette année, Standard and Poor’s a abaissé la cote de crédit de l’Alberta.

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