Autochtones agressées: une enquête publique et indépendante est réclamée

VAL D’OR, – À la suite de la diffusion d’un reportage troublant de Radio-Canada sur les sévices subis par des femmes autochtones à Val d’Or, les intervenants du milieu et les autorités locales réclament des enquêtes publiques et indépendantes sur ces événements et, plus largement, sur les femmes autochtones disparues ou assassinées.

Édith Cloutier, directrice générale du Centre d’amitié autochtone de Val d’Or, a souligné en conférence de presse vendredi que le gouvernement du Québec avait la responsabilité d’assurer la sécurité de tous ses citoyens. Elle a ainsi réclamé de façon «urgente» une enquête gouvernementale sur le cas spécifique de Val d’Or, ainsi qu’une commission d’enquête indépendante sur les femmes disparues ou assassinées.

Elle a rappelé que plusieurs autres femmes avaient été victimes de ces abus, qualifiant la situation de «tragédie nationale».

Mme Cloutier avait aussi demandé à ce que les huit policiers visés par des enquêtes soient suspendus temporairement — une demande qui a été accordée quelques minutes plus tard par la ministre de la Sécurité publique Lise Thériault.

«Ne pas agir, c’est se rendre complice», a plaidé Mme Cloutier.

Le chef de la Première Nation Abitibiwinni David Kistabish a lui aussi pressé le premier ministre désigné Justin Trudeau de mettre en oeuvre «dès maintenant» sa promesse d’instaurer une commission d’enquête publique sur les femmes autochtones disparues ou assassinées.

«Je suis perturbé. Comme père de famille, je suis dégoûté. Comme Algonquin, je suis blessé. Comme chef, je suis choqué», a-t-il tranché.

M. Kistabish a souligné que le Québec avait également ses responsabilités dans ce dossier, insistant qu’il fallait «faire le point, de nation à nation».

«Comme leader de ma communauté, je ne resterai pas les bras croisés, et je ne vais pas rester invisible (… ) M. Trudeau, M. Couillard, je vous demande de passer aux actes», a-t-il déclaré.

«Nous demandons justice. Justice pour les femmes qui ont été abusées, maltraitées. Justice pour les enfants qui sont abandonnés, ignorés par les autorités gouvernementales», a-t-il conclu.

Les propos de Mme Cloutier et du chef autochtone ont été précédés par le témoignage émotif de la famille de Sindy Ruperthouse, qui est disparue depuis maintenant 17 mois.

«On nous a arraché notre fille. Nous ne sommes plus les mêmes. Il manque une partie de notre famille», a affirmé péniblement son père, Johnny Wylde.

La famille de Sindy Ruperthouse avait alerté les autorités de la disparition de la femme de 44 ans et on lui aurait répondu qu’elle avait trop tardé pour le faire. Les policiers avaient dit à l’époque qu’ils attendraient la fonte des neiges, au printemps 2015, avant d’entamer les recherches, mais rien n’a été fait depuis, a déploré M. Wylde.

«Nous nous sentons démunis face à la situation», a-t-il soutenu.