Bambin et sa famille noyés: colère et frustration chez les Syriens au Canada

OTTAWA – «Beaucoup de colère, beaucoup de frustration», résume Faisal Alazem, porte-parole du Conseil syro-canadien, pour décrire le sentiment qui règne au sein de sa communauté à la lumière de ce nouveau drame humain qui s’est joué sur les côtes de la Méditerranée.

La photo de ce bambin syrien échoué sur une plage de la Turquie, sans vie, était déjà choquante.

Le niveau de frustration et de tristesse au sein de la communauté syro-canadienne a grimpé d’un cran lorsque des informations voulant que le Canada avait refusé la demande de statut de réfugié du petit Alan Kurdi et de sa famille ont commencé à circuler, mercredi soir.

Les détails sur les démarches d’immigration qui auraient été entamées demeuraient flous, jeudi, car il subsiste des différences entre le récit de la tante et d’un oncle du garçonnet, celui du député sortant néo-démocrate qui a voulu intercéder en faveur de la famille Kurdi et celui d’Ottawa.

Selon Citoyenneté et Immigration Canada, la demande qui a été refusée est celle de Mohammad Kurdi, l’oncle du bambin ayant péri noyé, car elle était «incomplète» et «ne respectait pas les exigences réglementaires en matière de preuve de la reconnaissance du statut de réfugié».

«Nos dossiers indiquent que nous n’avons reçu aucune demande pour M. Abdullah Kurdi et sa famille», a précisé le ministère dans un communiqué transmis jeudi après-midi.

Mais tout cela n’enlève rien au fait que le gouvernement Harper fait la sourde oreille depuis des années face aux demandes des Syriens installés au Canada, et qu’il dresse des barrières pour freiner l’arrivée de ceux qui fuient la guerre civile, dénonce M. Alazem.

«Leur seule issue, c’est le parrainage privé, mais il y a énormément d’obstacles», souligne-t-il.

Face à cette crise internationale qui vient soudainement de prendre une dimension canadienne, alors même que la campagne électorale bat son plein, le ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, Chris Alexander, a décidé de suspendre ses activités partisanes pour se pencher sur le cas de cette famille syrienne qui est morte noyée.

«Ce qui s’est passé semble avoir touché les gens. J’espère que ça va créer la pression nécessaire pour revisiter ce dossier», souffle Faisal Alazem, qui mise sur la «corrélation» entre les décisions politiques et l’opinion publique.

«Parfois, les politiciens ignorent, mais il y a un moment où on ne peut plus ignorer», ajoute le porte-parole du Conseil syro-canadien.

Selon le député sortant néo-démocrate Fin Donnelly, les petits garçons Ghalib et Alan Kurdi, respectivement âgés de 5 et 3 ans, ainsi que leur mère Rehan, ont péri dans le naufrage survenu au large de la Turquie, alors que le père des enfants, Abdullah, a survécu.

Un appel imminent à l’action est lancé par Béatrice Vaugrante, directrice générale de la section d’Amnistie internationale au Canada francophone.

«On ne décolère pas, le Canada pourrait en faire beaucoup plus. C’est indécent», lâche-t-elle à l’autre bout du fil.

«Aujourd’hui, il y a une urgence, une urgence humanitaire, et il faut que le Canada y réponde. Si le premier ministre (Harper) n’y répond pas dans les prochains jours ou semaines, c’est une honte», plaide Mme Vaugrante.

De son côté, le Conseil canadien pour les réfugiés (CCR) a réaffirmé jeudi que le Canada devait ouvrir ses portes aux réfugiés syriens.

«Nous demandons, de toute urgence, que les Syriens qui ont de la famille au Canada soient autorisés à venir ici immédiatement afin que le traitement de leur dossier puisse être complété au Canada où ils sont en sécurité», a déclaré par voie de communiqué Loly Rico, présidente du CCR.

Mais pour le chef conservateur Stephen Harper, l’approche des dernières années est la bonne, et le Canada a l’un des systèmes d’immigration et de rétablissement des réfugiés les plus généreux du monde.

Le premier ministre sortant s’est engagé, environ une semaine après le déclenchement de la campagne électorale, à accueillir 10 000 réfugiés additionnels venant d’Irak et de Syrie au cours des quatre prochaines années.

Selon la déclaration transmise jeudi par le ministre Alexander, le Canada «a déjà établi près 2300 (réfugiés) syriens».

Insatisfaits tant du bilan conservateur que de la promesse électorale formulée par Stephen Harper, les libéraux et les néo-démocrates estiment qu’un sérieux coup d’accélérateur s’impose.

Le Parti libéral du Canada (PLC) voudrait en voir arriver 25 000, tandis que le Nouveau Parti démocratique (NPD) se contenterait, dans un premier temps, des 10 000 demandés par les Nations unies.

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