Blague sur la défaite en hockey de la Russie et l’Ukraine: Trudeau s’excuse

OTTAWA – Justin Trudeau s’est finalement excusé pour une blague lancée à l’émission Tout le monde en parle qui établissait un lien entre la défaite de la Russie en hockey aux Jeux olympiques et sa possible implication dans le conflit en Ukraine.

Si ses adversaires se sont empressés de lui reprocher une gaffe supplémentaire de ce qu’ils jugent être une longue série de bavures, le principal intéressé croit que le public lui pardonnera ses faux-pas. Selon M. Trudeau, les Canadiens comprennent qu’il fait des erreurs comme tout le monde, ce qui en fait quelqu’un de «vrai».

«Si de temps en temps, je dis des choses que je dois ensuite retirer ou tout simplement expliquer, (…) ça (fait) de moi quelqu’un d’ordinaire, quelqu’un qui est prêt de répondre à des questions du meilleur de ses capacités», a soutenu le chef du Parti libéral du Canada (PLC).

«Et j’ai confiance que les Canadiens vont répondre positivement à quelqu’un qui est vrai, qui répond aux questions plutôt qu’un politicien qui a toujours la langue de bois et qui ne prend aucun risque (…).»

M. Trudeau s’est d’abord excusé mardi à la communauté ukrainienne sur son compte Twitter, en écrivant qu’il avait parlé à Paul Grod, président du Congrès des Ukrainiens-Canadiens. «Je lui ai dit que j’étais désolé d’avoir abordé à la légère la réelle menace que la Russie pose sur l’Ukraine», a-t-il mentionné.

Dans un autre gazouillis, le député de Papineau a affirmé que les libéraux prennent la situation en Ukraine «très sérieusement», et invité les internautes à cliquer sur un lien renvoyant aux résolutions prises sur le sujet par les militants de son parti la fin de semaine dernière.

Il a également présenté ses excuses en personne à l’ambassadeur ukrainien Vadym Prystaiko — qui les a acceptées sur-le-champ — et a signé un livre de condoléances.

M. Trudeau s’est retrouvé sous les projecteurs au lendemain de la diffusion de l’émission de variétés pour une plaisanterie qu’il a faite alors qu’un intervenant sur le plateau lui demandait ce qu’il pensait de la réaction d’Ottawa devant le conflit meurtrier en Ukraine.

En fin de réponse, M. Trudeau a noté à la blague que la défaite de l’équipe de hockey masculine russe contre la Finlande pourrait avoir pour effet d’attiser la colère de la Russie et l’inciter à intervenir dans le conflit.

«C’est très inquiétant — surtout puisque la Russie a perdu au hockey, ils vont être de mauvaise humeur. On craint l’implication russe en Ukraine», a lancé M. Trudeau.

«Juste à cause du hockey?», a demandé l’animateur Guy A. Lepage.

Sourire un peu embarrassé aux lèvres, l’homme politique a alors tenté de se reprendre. «Non. C’est d’essayer d’amener une optique un peu légère dans une situation qui est extrêmement sérieuse, extrêmement troublante», s’est-il expliqué.

L’émission diffusée dimanche à Radio-Canada était pré-enregistrée jeudi, soit le lendemain de la défaite russe au hockey, mais surtout avant que soit destitué le président Viktor Ianoukovitch.

«On ne sait jamais à TLMEP qu’est-ce qu’ils vont garder, qu’est qu’ils ne vont pas garder et comment ça va paraître. Mais c’est clair qu’il y a des gens qui ont trouvé que j’ai minimisé la vraie crainte que beaucoup d’Ukrainiens ont par rapport à l’interférence de la Russie», a signalé M. Trudeau.

Malgré ses excuses, ses adversaires politiques, conservateurs en tête, ont continué de lui reprocher «son manque de jugement».

«Je suis heureux qu’il s’est excusé pour ses propos épouvantables en ce qui concerne la crise dangereuse en Ukraine. Mais c’est une autre preuve de son mauvais jugement», a tranché le ministre Jason Kenney.

Le chef néo-démocrate Thomas Mulcair a quant à lui rappelé les gaffes de son rival libéral sur les attentats de Boston et sur la Chine, qu’il avait dit admirer. «Il faut dire que la liste s’allonge», a-t-il noté.

Comme il était absent des Communes lundi, M. Trudeau n’avait pas encore défendu son point de vue devant les caméras. C’est le député libéral de Westmount Marc Garneau qui avait plutôt été envoyé au front pour répondre aux questions des journalistes. Il avait alors soutenu que les propos de son chef avaient été pris hors de leur contexte et qu’il n’avait pas à s’en excuser.