Chantier Davie: Daoust en a assez de «supplier» Ottawa pour des contrats

QUÉBEC – Le Québec en a assez de «supplier» Ottawa d’octroyer un contrat au Chantier Davie Canada de Lévis, a pesté le ministre de l’Économie, Jacques Daoust, jeudi.

En point de presse, le ministre libéral a haussé le ton contre le gouvernement fédéral qui tarde à annoncer ses intentions concernant le renouvellement de ses bateaux de ravitaillement.

«Je ne suis pas content, a lancé M. Daoust, d’ordinaire plutôt jovial. J’ai parlé personnellement à six ministres fédéraux et j’ai écrit à une septième et je n’ai pas encore de résultat. Je ne suis pas content.»

Le chantier maritime lévisien s’apprête à mettre à pied 200 travailleurs, faute de boulot, en raison des tergiversations du gouvernement de Stephen Harper dans ce dossier.

«Les chantiers dans les Maritimes sont remplis, les chantiers de la Colombie-Britannique sont remplis avec les contrats militaires et on est obligé de supplier pour essayer d’obtenir un contrat au Québec», a lancé le ministre.

Selon lui, la situation est d’autant plus troublante que le chantier Davie a été reconnu comme le meilleur chantier maritime en Amérique par la société de classification Lloyd’s.

Radio Canada rapportait l’hiver dernier que les militaires sont divisés sur la façon de remplacer deux navires mis au rancart l’an dernier, le NCSM Protecteur et le NCSM Preserver, les deux seuls vaisseaux de ravitaillement de la Marine royale canadienne.

Chantier Davie Canada a fait une proposition au gouvernement fédéral il y a quelques mois pour pallier aux besoins urgents de la Marine royale avec la conversion d’un porte-conteneurs en un pétrolier-ravitailleur.

Ottawa n’a pas donné sa réponse.

Le ministre Daoust a paru hérissé lorsqu’un reporter lui a demandé s’il croyait que le gouvernement conservateur retenait des annonces d’investissement pour la campagne électorale de l’automne.

«Quand ça commence à faire des mises à pied pour une campagne électorale, pour des fins électorales, je n’aime pas ça. Si c’est le cas», a-t-il fait valoir.

Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Sam Hamad, a cru bon demander au gouvernement conservateur de s’abstenir de faire de la politique partisane aux dépens des travailleurs de la Davie.

«Il ne faut pas faire la joute politique sur (le dos de) 200 travailleurs», a-t-il dit avant de s’en prendre au ministre fédéral et député de Lévis—Bellechasse, Steven Blaney.

«Je ne comprends pas ce que Steven Blaney fait, c’est le temps de bouger, il faut que le gouvernement fédéral grouille, que Steven Blaney grouille, il y a 200 personnes qui viennent de perdre leur emploi pendant que d’autres chantiers au Canada prennent des commandes», a-t-il soulevé.

Pour illustrer son exaspération face à la lenteur d’Ottawa, M. Hamad y est allé d’une métaphore de nature capillaire.

«Je ne peux pas aller tirer les cheveux de Steven, il n’a pas de cheveux, a-t-il dit. Mais on peut lui dire au moins: occupez-vous des travailleurs.»

En Chambre, le chef intérimaire du Parti québécois, Stéphane Bédard, a profité de l’occasion pour accuser Ottawa d’ignorer les demandes du Québec.

«C’est ça, le problème, il faut faire des batailles pour ramasser des miettes du gouvernement fédéral, de nos impôts. Et l’incapacité du premier ministre d’agir a fait en sorte qu’Ottawa retient cet investissement», a-t-il argué.

Le premier ministre Philippe Couillard a concédé qu’il était bien difficile de justifier l’attitude du gouvernement fédéral envers le chantier Davie, alors que «les activités des chantiers maritimes de la Colombie-Britannique et des Maritimes sont pleines, pleines de commandes de bateaux de la marine canadienne».

«Il m’apparaît normal que le Québec obtienne non pas un statut distinct et particulier pour l’attribution des contrats, mais sa juste part des activités de la Défense nationale. Et on va continuer à faire des représentations sur cette question», a-t-il promis.

Interpellé sur cet enjeu à la Chambre des communes à Ottawa, le député de Lévis-Bellechasse est demeuré silencieux, laissant un adjoint parlementaire répondre à sa place.

Il a par la suite publié une déclaration dans laquelle il fait part de sa sympathie pour les travailleurs du chantier renvoyés à la maison.

«Mes premières pensées vont aux travailleurs et aux familles touchées par ces mises à pied», écrit M. Blaney, ministre de la Sécurité publique.

Dans sa missive, il rappelle que le chantier Davie fonctionne depuis 2012 «grâce à un important appui financier d’Exportation et développement Canada (EDC)».

Pour le reste, M. Blaney en appelle à la patience.

«La proposition de Davie est à l’étude et je suis confiant qu’elle sera évaluée dans le meilleur intérêt de la Marine royale canadienne et des contribuables», souligne-t-il.

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