Charbonneau: de l’écoute électronique sur des «dossiers toxiques» à la SOLIM

MONTRÉAL – Dans un extrait d’écoute électronique entendu lundi devant la Commission Charbonneau, l’actuel pdg du Fonds de solidarité de la FTQ, Yvon Bolduc, s’informe auprès de Guy Gionet, ancien président de la SOLIM, le bras immobilier du Fonds, quant à l’évolution de «dossiers toxiques» dont il veut visiblement se départir.

Dans cette conversation qui date du 25 mars 2009, les deux hommes semblent chercher différents moyens pour «casser la filière», éloigner le Fonds et son bras immobilier de certains dossiers litigieux.

Le témoin Guy Thériault, ancien directeur des investissements à la SOLIM, a d’ailleurs confirmé à la commission que «vers la fin de l’été 2009, on avait eu une consigne de sortir Denis Vincent des dossiers avec le Fonds».

Denis Vincent est un courtier, selon M. Thériault. Devant la commission, il a également été identifié comme un pilote d’hélicoptère qui était proche de certains Hells Angels.

Quand il a été question de «racheter» les participations de Denis Vincent, dont celle dans le projet de Place Telus à Québec, M. Thériault a exprimé son désaccord parce que le Fonds voulait en contrepartie lui vendre à prix moindre le quart d’un terrain ailleurs.

N’ayant pas eu gain de cause en protestant auprès de Monique Cardinal, la présidente par intérim qui avait succédé à Guy Gionet, M. Thériault a directement contacté le pdg du Fonds, Yvon Bolduc. Ce dernier était fâché d’apprendre que le Fonds était prêt à vendre une portion de terrain à prix dérisoire à M. Vincent sans qu’il en ait été informé.

M. Thériault, qui a quitté le Fonds l’année suivante, en 2010, croit qu’il a laissé mauvaise impression parce qu’il est passé outre sa présidente pour s’adresser directement à M. Bolduc. Il a tenté d’obtenir un poste de vice-président sous la nouvelle administration, en vain.

Selon lui, si le Fonds voulait prendre ses distances de Denis Vincent, c’était parce qu’«il avait peut-être transporté des motards avec son hélicoptère».

Quant au départ de Guy Gionet de la SOLIM, c’est «à cause de l’investissement dans le projet 1035 avec M. (Ronnie) Beaulieu», relié aux Hells Angels, a relaté M. Thériault. Le projet 1035 avait trait à des terrains et à un club de danseuses en Montérégie, un projet de M. Beaulieu.

Interrogé sur ces révélations en marge d’une apparition au comité parlementaire des finances à Ottawa, lundi après-midi, M. Bolduc a maintenu que M. Vincent n’était à l’époque absolument pas perçu comme quelqu’un associé au crime organisé. Il se défend d’avoir voulu cacher son implication dans les investissements.

«Est-ce qu’on a essayé de camoufler? Absolument pas. On a essayé de nettoyer une situation qui selon les médias, selon ce qu’on avait appris, (impliquait) une personne qu’il était préférable de ne pas avoir dans le portefeuille», a-t-il soutenu.

Les Bertolo

Il a également été question à la Commission Charbonneau d’un projet de terrains à décontaminer à Ville Saint-Pierre, à Montréal, auxquels était associé Joseph Bertolo. M. Thériault a décrit M. Bertolo comme un homme qui n’avait pas l’allure d’un homme d’affaires ordinaire, avec «l’accent italien, les cheveux lissés». Il a hésité pour résumer ce qu’il concluait sur cet homme à partir de son apparence.

M. Thériault a également rencontré son frère, Giovanni Bertolo, pour une demande d’investissement du fonds pour d’autres terrains à Boucherville, près du magasin Ikea. Il était accompagné d’une personne à la stature imposante. «Je ne l’aurais pas écoeuré, mettons», a dit le témoin. Une semaine après que M. Thériault eut refusé son projet, M. Bertolo a été retrouvé mort, assassiné, en août 2005.

Des courriels humoristiques entre employés du Fonds font même référence à cette aura mafieuse qui planait au-dessus des Bertolo. Sur un courriel est ajoutée la mention «celui qui veut mourir» à côté du nom du signataire, un employé du Fonds, et une autre fois: «t’inquiète: on fournit les démarreurs à distance».

La juge France Charbonneau s’est étonnée du fait que M. Thériault, du Fonds, n’ait pas reculé, vu les réticences exprimées dans ces courriels et la façon dont il a décrit l’apparence des Bertolo. Mais à ses yeux, il s’agissait là de simples blagues dues à l’origine italienne des Bertolo et à leur allure.

«Donc, c’est en toute connaissance de cause et c’est volontairement que le Fonds faisait affaires avec ce genre d’individus… qui peuvent à prime abord paraître peu fréquentables?» a demandé la présidente de la commission.

«Bien, c’était un partenaire comme tant d’autres», a répondu le témoin, en ajoutant qu’il ne fallait pas écarter le projet d’un homme à cause des erreurs commises par son frère.

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