Charlie Hebdo: le Québec ne doit pas se sentir à l’abri, estime un expert

QUÉBEC – Les artisans de la presse québécoise ne sont pas à l’abri d’une attaque terroriste comme celle qui a endeuillé Charlie Hebdo, pense le professeur Antoine Char, de l’Université du Québec à Montréal.

L’attentat perpétré contre l’hebdomadaire satirique parisien révèle à quel point la liberté d’expression demeure fragile dans les sociétés occidentales et le Québec n’échappe pas à cette réalité, a analysé le professeur de l’École des médias en entrevue, mercredi, avec La Presse Canadienne.

«Il faut craindre pour la liberté d’expression tous les jours, peu importe qu’il y ait des événements comme ceux survenus à Paris. Je vais tomber un peu dans le cliché, mais la liberté d’expression est comme la démocratie: elle est fragile, il faut la défendre tous les jours et par tous les moyens», a-t-il déclaré.

En dépit du drame qui vient de se dérouler à Paris et malgré les gestes d’intimidation qui peuvent avoir lieu, les médias ne doivent surtout pas adopter une position de repli, insiste le professeur.

«Il faut éviter la censure, il faut éviter l’autocensure, c’est un combat de tous les instants et la liberté d’expression n’est pas seulement menacée par des attentats, elle est menacée par toutes sortes d’autres éléments. Il est évident qu’il faut dénoncer chaque fois qu’il y a une menace, qu’elle soit physique ou autre», a-t-il dit.

Il n’existe pas au Québec une publication équivalente à Charlie Hebdo faisant dans la provocation pure et la polémique. De l’avis du professeur Char, la presse du Québec est plutôt consensuelle — à l’image de la société québécoise elle-même. Néanmoins, elle n’est pas immunisée pour autant contre les visées meurtrières des ennemis de la libre pensée.

«Non, parce qu’on n’est à l’abri de rien maintenant, surtout à l’ère des médias sociaux, à l’ère du journalisme citoyen, à l’ère de tous les dogmes, on n’est à l’abri de rien. Si vous écrivez un texte qui ne plaît pas à quelqu’un, il va réagir à l’instant même grâce aux nouvelles technologies (…) Ça se fait à la nanoseconde avec tous les ratés et les dérapages verbaux ou autres qui peuvent survenir», a-t-il dit.

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Est-ce que les gens connaissent réellement les publications, les articles et les caricatures diffusés par Charlie Hebdo ? Quel est le pourcentage de la population québécoise connaissant réellement ce journal satirique ? Est-ce que les gens ne se sont pas laissés entraîner par l’effet « Je suis Charlie », notamment sur les réseaux sociaux, sans comprendre ce que cela voulait dire ? Quelle est la frontière entre liberté d’expression, non-respect et intolérance ? L’intolérance peut-elle être une liberté d’opinion, une liberté d’expression ou un pur et simple délit, donc condamnable par la loi? Pouvons-nous rire et invoquer l’humour pour entériner tout type de sujet (viol, violences, inégalités, crimes, racisme, intolérance, malaise envers l’Autre, etc.) ? Qui est « touchable » et qui est « intouchable » dans la presse ? Rien ne justifie le drame, la tuerie, nous respectons le deuil national, la tristesse des familles, mais un peu plus d’esprit critique, de contenus et de questionnements pour tenter de cerner, de comprendre sans doute l’incompréhensible… ?

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