Cols bleus: le SCFP veut faire annuler les suspensions annoncées par le maire

MONTRÉAL – Jugeant que le maire Denis Coderre a agi illégalement, le syndicat des cols bleus de la Ville de Montréal va contester devant le tribunal toutes les suspensions imposées à plus de 2000 de ses membres afin de les faire annuler.

C’est ce qu’a annoncé le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), dont font partie les cols bleus, en point de presse lundi matin, juste après avoir déposé sa requête auprès de la Commission des relations du travail (CRT).

Le maire Coderre avait récemment annoncé la suspension de tous les travailleurs de la Ville qui avaient participé à une assemblée générale spéciale au Palais des congrès le 8 décembre dernier, pendant leurs heures de travail.

Quelque 2400 employés ont écopé d’une suspension d’une semaine sans solde, mais pour les membres de l’exécutif du syndicat des cols bleus de Montréal et sa présidente, Chantal Racette, il s’agit d’une suspension de deux mois sans solde. Ces suspensions doivent avoir lieu en plusieurs périodes, au cours des six prochains mois.

Mais l’imposition des premières suspensions ne s’est pas fait attendre. Jeudi dernier, plus de 330 cols bleus avaient informé le syndicat qu’ils faisaient l’objet d’une suspension, est-il écrit dans la requête.

Par exemple, le 17 décembre dernier, 78 pour cent des effectifs réguliers de la Ville aux travaux publics étaient absents dans l’arrondissement du Plateau Mont-Royal, selon le syndicat. Cette proportion était de 63 pour cent dans le département des parcs pour l’arrondissement Ville-Marie. Dans certains secteurs, ces employés n’ont pas été remplacés, prétend le syndicat.

Le maire a réagi de façon «excessive, abusive et démesurée», dit le SCFP, qui assimile même les sanctions à un «lock-out partiel».

«Il a contrevenu à la loi parce qu’il a privé la population de la prestation de services auxquels elle a droit», a martelé en point de presse Lucie Levasseur, présidente du SCFP-Québec.

«Il prend en otage la population», a-t-elle ajouté.

Dans sa requête, le SCFP demande ainsi à la CRT d’ordonner à la Ville de prendre les mesures nécessaires afin que les services à la population soient rendus.

La CRT a réagi rapidement et a déjà convoqué les parties pour une audience publique mercredi.

De son côté, la Ville juge que l’arrêt de travail des cols bleus pour se rendre à l’assemblée était illégal puisque leur convention collective est en vigueur jusqu’en 2017.

Lundi, le maire Coderre a laconiquement confirmé cette position lors d’un point presse organisé sur un autre sujet. Il ne juge pas la réaction de la Ville démesurée. Il dit avoir consulté la jurisprudence, où il était même question de congédiement.

«C’est important que le syndicat des cols bleus comprenne qu’on ne fait pas des gains avec des grèves illégales», a-t-il déclaré.

«Chaque fois qu’il y aura des gestes illégaux, il y aura des conséquences sous mon administration», a-t-il ajouté.

Quant à la requête déposée par le syndicat à la CRT, il s’est fait bref: «on va laisser le processus aller».

Marc Ranger, le directeur-adjoint du SCFP au Québec responsable du secteur municipal, n’en revient pas de la tournure des événements. «Tout cela pour une assemblée de deux heures», a-t-il dit.

Ce qui «n’a eu aucune conséquence sur la population» montréalaise, a fait valoir de son côté Mme Levasseur.

«Il (Denis Coderre) fait tout un plat pour une assemblée de deux heures mais réagit en forçant des milliers de cols bleus à ne pas donner les services à la population pour des semaines entières. Il se fait encore une fois justice lui-même», a ajouté M. Ranger.

Il n’y a pas eu de collecte d’ordures à certains endroits ni de surveillance des parcs, a donné en exemple M. Ranger.

Mais ce ne serait pas le cas, selon le maire.

«Il n’est pas question d’enlever des services aux citoyens, on est capable de tout faire en même temps», a-t-il dit, sauf si certains ralentissent le tout volontairement.

Ironiquement, le syndicat s’adresse au même organisme dont il a défié une ordonnance qui imposait aux employés de fournir les services de façon régulière le 8 décembre dernier, le jour où plus de 2000 d’entre eux se sont rendus à l’assemblée spéciale.

Le but de cette assemblée était de compléter le travail d’approbation de la liste de revendications du syndicat des cols bleus, dans le cadre des négociations prévues à la Loi 15 sur les régimes de retraite, en plus de fournir de l’information aux membres sur les enjeux du pacte fiscal, est-il précisé dans des publicités du syndicat publiées lundi dans les journaux montréalais.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.