Conflit d’intérêts: PKP croit que ses adversaires font des critiques ridicules

QUÉBEC – Le député péquiste Pierre Karl Péladeau a qualifié de «ridicules» les allégations de conflits d’intérêts formulées par ses adversaires à la suite de ses interventions dans des dossiers reliés à son conglomérat Québecor.

M. Péladeau a soutenu qu’il défendait l’intérêt général quand il est intervenu à deux reprises, après son élection, à propos d’une transaction impliquant Québecor puis concernant l’abolition de crédits d’impôts dont son entreprise profitait.

«Bientôt je ne pourrai plus parler d’éducation parce qu’on va m’accuser d’avoir des enfants, a-t-il dit. Je vais toujours être en conflit d’intérêts. C’est ridicule, ce que disent les députés de la CAQ et ceux du Parti libéral.»

M. Péladeau a expliqué qu’il ne tirait aucun bénéfice lorsqu’il est intervenu auprès d’un ministre concernant une transaction impliquant son entreprise, qui souhaitait faire une acquisition pour déménager ses activités à Mirabel, ce qui a néanmoins incité le commissaire à l’éthique à ouvrir une enquête.

Selon le député de Saint-Jérôme, le même raisonnement s’applique également concernant deux interventions publiques de sa part, dont une auprès d’un ministre, pour critiquer une décision des libéraux d’abolir des crédits d’impôts pour les productions en télévision et cinéma.

«Moi j’ai agi dans l’intérêt général, je pense que c’est ça qui est important, a-t-il dit. Alors quand j’interviens sur Mirabel, j’interviens dans l’intérêt général. Quand j’interviens sur les crédits d’impôts, il y en a 50 qui ont été coupés, alors j’interviens dans l’intérêt général.»

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a déclaré que M. Péladeau ne semble pas comprendre qu’il peut se placer en conflits d’intérêts avec ses interventions.

«M. Péladeau ne semble pas comprendre qu’il ne peut pas intervenir en politique quand ses intérêts ou les intérêts de ses entreprises sont en jeu, je pense que c’est l’évidence, a-t-il dit. Le commissaire à l’éthique va devoir s’acheter un nouveau classeur pour mettre tous les dossiers concernant M. Péladeau parce que ça s’accumule.»

Le leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, s’est étonné de voir que M. Péladeau accumule les situations d’apparence de conflit d’intérêts.

«Le commissaire fait son travail dans ce dossier, ce n’est pas à moi d’être le juge. Mais à la première occasion, le PQ a dit que c’était une erreur, à la deuxième on dit encore que c’est une erreur. Il va falloir combien d’erreurs avant qu’on voie qu’il y a un problème.»

M. Péladeau, qui réfléchit à la possibilité d’être candidat à la direction du PQ, a estimé qu’il ne pouvait pas se placer en conflit d’intérêts dans ses interventions, même quand celles-ci touchent à des sujets qui concernent Québecor, dont il est actionnaire de contrôle.

«Quand vous agissez dans l’intérêt général il n’y en a pas de conflit d’intérêts, a-t-il dit. Parce que je fais mon travail de député et je travaille pour l’opposition.»

Le quotidien Le Devoir a rapporté mercredi que M. Péladeau, porte-parole péquiste en matière d’économie, a dénoncé à deux occasions la décision des libéraux d’abaisser de 20 pour cent un crédit d’impôt dont Québecor, entre autres, profite.

Le député de Saint-Jérôme est intervenu en juin auprès du ministre délégué aux PME, Jean-Denis Girard, lors d’une commission parlementaire, ainsi que la semaine dernière, en formulant à nouveau des critiques à ce sujet sur sa page Facebook.

En juillet dernier, Québecor avait également réclamé le maintien de ces crédits d’impôt, dont ses filiales TVA et Québecor Média profitent.

«Je n’ai aucun bénéfice personnel», a dit à ce sujet M. Péladeau, mercredi, bien qu’il soit actionnaire de contrôle de Québecor.

Cette deuxième déclaration publique est survenue près de deux semaines après une décision du commissaire à l’éthique, Jacques Saint-Laurent, d’enquêter sur un premier cas d’apparence de conflit d’intérêts à propos d’une autre intervention de M. Péladeau, auprès d’un autre ministre, concernant la vente de Vision globale, une transaction dans laquelle Québecor était impliquée, l’été dernier.

M. Péladeau a soutenu mardi que son intervention, au sujet des réductions de crédits d’impôts pour la production en télévision et cinéma, ne faisait que traduire un consensus.

«Je pense que ça fait consensus dans l’industrie, que ce soit en télévision ou en cinéma, dans le multimédia, alors je fais mon travail de porte-parole en économie», a-t-il dit.

Juste avant de se rendre à une réunion des députés péquistes, à l’Assemblée nationale, M. Péladeau s’en est remis au commissaire à l’éthique pour déterminer s’il s’est placé une nouvelle fois dans une situation d’apparence de conflit d’intérêts.

«Il faut demander au commissaire à l’éthique qui est le maître de cette question-là», a-t-il dit.

Mercredi, le commissaire, Jacques Saint-Laurent, a expliqué qu’il analyse les faits portés à son attention. Il n’a cependant pas été possible de savoir si cela donnera lieu à une nouvelle enquête.

«Je ne peux pas à l’avance commenter les situations relatives à quelque député que ce soit pour dire qu’il y aura une enquête ou quelle est mon opinion sur la situation, a-t-il dit. Si je pense qu’il y a lieu de faire une enquête, je vais éventuellement initier un processus d’enquête.»

En fin de journée, à la suite d’une rencontre avec ses homologues leaders parlementaires, M. Fournier a affirmé qu’aucune entente n’est intervenue entre les parties pour décider de la forme à donner à un débat concernant les questions soulevées par le cas de M. Péladeau.

«Il y a des pistes qui ont été envisagées, il y a des vérifications à faire», a-t-il dit.