Corée du Nord: prison à vie pour un pasteur canadien pour crimes contre l’État

PYONGYANG, Corée du Nord – Un pasteur canadien a été condamné à la prison à vie avec travaux forcés en Corée du Nord après avoir été reconnu coupable de «crimes contre l’État».

Hyeon Soo Lim est le pasteur d’une église presbytérienne de la région de Toronto. Sa peine a été prononcée au terme d’une audience de 90 minutes. M. Lim est détenu depuis le mois de février.

Le pasteur est entré et est ressorti de la salle d’audience menottes aux poings, escorté par deux policiers en uniforme. Les menottes ont été retirées pendant sa comparution. Il a gardé la tête baissée pendant toute l’audience et a répondu aux questions sur un ton contrit.

Les crimes qui lui sont reprochés incluent d’avoir porté atteinte à la dignité du leadership suprême; d’avoir tenté d’utiliser la religion pour détruire le système nord-coréen; d’avoir disséminé de la propagande négative au sujet du Nord aux Coréens qui habitent à l’étranger; d’avoir aidé la Corée du Sud et les États-Unis à enlever des Nord-Coréens; et d’avoir collaboré à la défection de Nord-Coréens.

Les procureurs du gouvernement réclamaient la peine de mort.

L’avocat de M. Lim avait demandé au tribunal de tenir compte du fait que le pasteur est lui aussi un Coréen et qu’il avait librement avoué ce qu’on lui reprochait. M. Lim a demandé la clémence de la justice et promis d’avoir un comportement irréprochable si on lui accordait une deuxième chance.

M. Lim avait participé en juillet à une conférence de presse organisée par les autorités nord-coréennes à Pyongyang. Il avait alors admis avoir comploté pour renverser le régime. D’autres étrangers détenus en Corée du Nord puis relâchés ont raconté avoir été contraints de faire des aveux similaires.

Les proches et les collègues du pasteur Lim expliquent qu’il s’est rendu en Corée du Nord le 31 janvier dans le cadre d’une mission humanitaire habituelle, puisqu’il parraine dans ce pays une résidence pour personnes âgées, une pouponnière et un orphelinat. Ils disent que M. Lim, qui est âgé d’une soixantaine d’années, a visité la Corée du Nord plus de 100 fois depuis 1997 et que ses voyages avaient un objectif humanitaire et non politique.

La Corée du Nord a des règles très strictes concernant les activités missionnaires ou religieuses qui pourraient, selon elle, menacer le pouvoir. Le simple fait d’abandonner une Bible dans un endroit public peut entraîner un châtiment sévère.

Les gouvernements canadien et américain mettent en garde contre tout déplacement en Corée du Nord.

Le premier ministre canadien Justin Trudeau a exprimé son inquiétude «immense» face à la sentence et a rappelé que les représentants consulaires canadiens n’ont pu rencontrer M. Lim pendant sa détention.

«Nous sommes extrêmement préoccupés. Les problèmes de gouvernance et du système juridique en Corée du Nord sont bien connus, a-t-il dit. Nous sommes très préoccupés de voir quelqu’un être condamné à la prison à vie en Corée du Nord et nous espérons certainement de pouvoir communiquer avec cet individu et défendre ses droits.»

Une porte-parole du ministère canadien des Affaires étrangères, Diana Khaddaj, a déclaré que le Canada est «estomaqué par la sévérité incroyable de la sentence imposée à M. Lim par un tribunal nord-coréen, surtout à la lumière de son âge et de sa santé fragile».

«En dépit de demandes répétées, des responsables canadiens ont été incapables de le rencontrer pour s’assurer de sa santé et de son bien-être. Ce procès constituait notre première occasion de le voir. Cela représente une violation grave de la Convention de Vienne sur les relations consulaires et du droit des États à obtenir un accès consulaire à leurs citoyens», a-t-elle ajouté.

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