Environnement: un «rebranding» s’impose pour le Canada, dit Couillard

OTTAWA – Le Canada doit procéder à un «rebranding» de son image environnementale sur la scène internationale, a plaidé Philippe Couillard à l’approche de la Conférence de Paris sur le climat.

Le premier ministre québécois estime que trop de réalisations du Canada en matière de lutte aux changements climatiques sont passées sous silence, ou à tout le moins pas suffisamment soulignées.

L’événement international qui s’ouvrira à la fin novembre dans la capitale française sera le moment idéal pour redonner au Canada ses lettres de noblesse et faire oublier les années où il a été perçu comme un cancre environnemental, a-t-il soutenu.

«Cela devrait être notre message à Paris (…), le fait que le Canada est à la fois un important producteur de pétrole, mais également un leader en matière d’énergies renouvelables», a affirmé M. Couillard dans une allocution livrée à Ottawa, vendredi matin.

À ce chapitre, «le Québec est quatrième au monde et le Canada est troisième au monde, mais qui sait cela dans le monde? Pourquoi cela n’est-il pas universellement reconnu et envié? Alors clairement, un exercice de rebranding s’impose», a-t-il insisté.

L’exercice commence à la maison et s’opère par un changement de perception, croit le premier ministre du Québec: «Commençons à nous percevoir comme des compétiteurs de la Norvège plutôt que de l’Arabie saoudite».

Mais au-delà de l’image, il y a les enjeux. Et sur celui des changements climatiques, les États qui se réuniront à Paris ont une obligation de réussite, a fait valoir M. Couillard, disant sentir que le nouveau gouvernement libéral semble vouloir s’engager dans la bonne direction.

Il sera question de la conférence sur le climat lors de la première rencontre entre le nouveau premier ministre Justin Trudeau et ses homologues provinciaux et territoriaux, lundi, à Ottawa.

La ministre fédérale de l’Environnement et des Changements climatiques, Catherine McKenna, a réaffirmé vendredi matin que les cibles de réduction de gaz à effet de serre fixées par le précédent gouvernement seraient probablement revues de manière à ce qu’elles soient plus ambitieuses.

«Nous avons déjà indiqué clairement que les engagements existants du Canada» représentent uniquement «un plancher» pour nos ambitions «et non un plafond», a-t-elle expliqué lors d’un discours livré à l’invitation de Canada2020, un centre d’études et de recherches progressiste.

«Les cibles que nous allons établir, et les mesures que nous allons prendre pour atteindre ces cibles, (seront) déterminantes», a signalé la ministre McKenna.

Le premier ministre Couillard invite Ottawa à s’inspirer de la déclaration de Québec, à laquelle ont adhéré l’ensemble des premiers ministres des provinces et territoires — sauf ceux de l’Alberta et de l’Île-du-Prince-Édouard, qui n’avaient pu prendre part au Sommet de Québec en raison du déclenchement d’élections dans leur province respective.

«Il faut résister à la tentation de tout revoir à partir de zéro, et construire à partir de ce qui existe», a-t-il déclaré.

La première ministre ontarienne Kathleen Wynne, qui était l’autre invitée du panel sur l’environnement auquel participait son homologue québécois, considère que le fédéral doit être à l’écoute de ses partenaires plutôt que de leur imposer un modèle afin d’atteindre les cibles.

«Nous n’attendons pas du gouvernement fédéral l’imposition unilatérale d’un modèle standardisé. Ce que nous espérons, c’est un soutien pour les initiatives que nous prenons, province par province, territoire par territoire», a-t-elle fait valoir en point de presse à l’issue du panel.

Car les provinces et les territoires ont un rôle primordial à jouer dans la lutte aux changements climatiques, a souligné Mme Wynne, se réjouissant du travail effectué en partenariat avec le Québec à ce chapitre.

«Nous avons fait beaucoup de progrès en travaillant ensemble. Je suis ravie d’avoir travaillé avec le Québec pour l’instauration de notre système de plafonnement et d’échange de droits d’émissions de gaz à effet de serre», a-t-elle lancé.

Mais l’arrivée d’un nouveau gouvernement qui semble vouloir travailler dans le même sens que les provinces ne signifie pas que celles-ci peuvent «se la couler douce et laisser le fédéral faire tout le travail difficile, au contraire», a prévenu Mme Wynne.

De toute façon, «la majorité des leviers se trouvent au niveau provincial» pour agir sur le plan environnemental, a complété Philippe Couillard.