Dans la tête des jurés du procès de Guy Turcotte

Une feuille blanche parsemée de rectangles et de flèches aide les jurés à décider du sort de Guy Turcotte.

La tâche de juré est plus complexe qu’il n’y paraît. Le juge André Vincent, qui préside le procès pour meurtre de Guy Turcotte a préparé un «arbre décisionnel» pour les aider: une feuille blanche, parsemée de rangées de rectangles, de lignes et de questions, leur indiquant le chemin à suivre pour arriver à un verdict.

Juste avant qu’ils ne quittent la salle d’audience, lundi, à 14h53, ils en ont chacun reçu deux copies, des mains de la greffière. Deux feuilles identiques, l’une pour rendre le verdict à l’accusation du meurtre prémédité d’Anne-Sophie, l’autre pour Olivier.

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Une copie de l’arbre décisionnel remis aux jurés dans le procès de Guy Turcotte.

Les directives du juge étaient si détaillées que l’on peut pratiquement suivre ce qui se passe dans leur tête, alors qu’ils sont tous les 11 dans une même salle du palais de justice de Saint-Jérôme, avec un accès à toutes les pièces à conviction et aux enregistrements sonores des témoignages, à l’abri des regards et des oreilles indiscrètes.

Les jurés ont d’abord dû se demander si Guy Turcotte était atteint d’un trouble mental. On peut présumer qu’ils ont répondu «oui» à cette question… Même la psychiatre de la Couronne lui a diagnostiqué un trouble d’adaptation avec humeur dépressive.

Mais ce trouble mental était-il suffisamment intense pour rendre Guy Turcotte incapable de juger de la nature de ses actes ? Ou de savoir que cet acte était «mauvais», au sens moral du terme, comme l’a précisé le juge ?

Les jurés en étaient sans doute à cette étape, mardi matin vers 11h, quand ils ont fait parvenir une note au juge, lui demandant de leur remettre une copie de l’article 16 du Code criminel, celui qui définit la défense de troubles mentaux.

Dans ses directives, le juge a bien pris soin de préciser que si le jury croyait que c’était plutôt l’intoxication au méthanol ou la crise suicidaire qui avaient mené aux homicides, il ne pouvait prononcer un verdict de non-responsabilité criminelle.

Si les jurés arrivent à la conclusion que Guy Turcotte répond aux critères de l’article 16, il sera déclaré non criminellement responsable pour cause de trouble mental. Et les délibérations seront terminées.

Sinon, le jury doit passer au rectangle suivant sur la page donnée par le juge Vincent, et se poser une autre question : Guy Turcotte avait-il l’intention de tuer Anne-Sophie ?

Le nombre de coups portés au petit corps peut laisser présumer que oui. Mais ce n’est pas si simple. Car les jurés doivent tenir compte de l’intoxication à cette étape. Ils pourraient estimer que l’intoxication a suffisamment perturbé l’esprit de Guy Turcotte pour qu’il soit incapable de former l’intention claire de tuer, ou en tout cas avoir un doute raisonnable à ce sujet. Guy Turcotte serait alors coupable de quelque chose, mais pas de meurtre. Dans ce cas, c’est un verdict d’homicide involontaire qui doit être prononcé.

S’il n’a toujours pas statué, le jury arrivera ensuite à la question de la préméditation. Cela signifie que le meurtre est planifié, a précisé le juge, mais le plan n’a pas besoin d’être complexe, ni planifié de longue date. «On peut préméditer un acte et l’accomplir tout de suite», a-t-il ajouté. Il s’agirait alors d’un meurtre au premier degré.

L’être humain peut parfois aussi être pris d’une pulsion soudaine, avec l’intention de tuer, mais sans y avoir pensé à l’avance ou avoir élaboré un plan. Saisir un couteau, sous l’impulsion de la rage, et tuer. C’est alors un meurtre au second degré – en d’autres mots, non prémédité.

Le juge Vincent a, à plusieurs reprises, souligné au jury qu’il avait le devoir de tenir compte de l’ensemble de la preuve et non d’en isoler quelques éléments.

Ces 4 femmes et ces 7 hommes ne peuvent, par exemple, décider que Guy Turcotte est coupable sur la seule foi des courriels rageurs qu’il a fait parvenir à Isabelle Gaston ou des paroles qu’il a prononcées à son endroit, tel que la fameuse phrase «Tu veux la guerre, tu vas l’avoir».

De même, la preuve de «bonnes mœurs» amenée par la défense n’exonère pas Guy Turcotte. Plusieurs témoins sont venus dire qu’il était un excellent médecin et un bon papa. Cela peut donner de la crédibilité à son témoignage, sans plus.

«Au Canada, on ne juge pas les gens sur ce qu’ils sont mais sur ce qu’ils font», a dit le juge.

Les quatre verdicts possibles :

  • non responsabilité criminelle
  • homicide involontaire
  • meurtre non prémédité (2e degré)
  • meurtre prémédité (1er degré)

Guy Turcotte ne peut être acquitté puisqu’il a reconnu avoir poignardé ses enfants.

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15 commentaires
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Ce serait bien que la cour maîtrise aussi l’orthographe :illigitime….la fois de façon prémédité. …délibéré…

Mais ceci est bien banal en regard du discrédit que toute cette affaire apporte au système de justice de ce pays, après Sharq et tous les autres dossiers engorgés dans la machine

On ne trouve pas tant d`excuses pour celui qui a tué le chien de son voisin..avant de le condamner ..mais celui qui a martyrisé de 40 coups de couteau un humain avant de le faire mourir, en veut-tu des excuses, mon dieu, c`est pas lui, c`est sa main qui a fait ça…etc..

Il n’ y a absolument rien de compliquer dans cette affaire! Le docteur est un lâche qui a voulu se venger de sa conjointe et il était tellement trouillard qu’ il a n’ a pas eu le courage de se suicider après avoir commis l’ irréparable! Cet individu n’ est pas récupérable à mon avis!

Je considère que Guy Turcotte est coupable de meurtre non prémédité pour faire payer à son ex-conjointe sa séparation

Peut-ont réellement prétendre savoir ce qui ce passe dans leurs têtes,? Original comme mise en contexte mais j’aurais préféré un texte plus assumé. Un peu comme le proces, moin de ziguonage mieux pour touts le monde sauf ceux qui en tirent des avantages pecuniers.

bien sur qu’il est coupable ,,,la veille il a appeler ses proches ( sa mere) il a annuler la gardienne,,il a rentrer ds sa maison les liquides en questions,,il a fait son geste et apres il a bu l’antigel,,etc,etc,etc,y a juste au quebec que l’on fait toujours ds la dentelle ,,,comme la commission Charbonneau,,bien des preuves mais pas de coupable ,,,juste des tites tappes sur les doigts,,,,,

Lorsque les «négociations durent en longueur» c’est mauvais signe. J’ai peur qu’à nouveau on ose pas condamner un médecin. Les petits n’auront pas la justice à laquelle ils ont droit. Au Québec, la justice pue!

Je suis presque certain qu’ils chercher à trouver des excuses et à défendre et protéger un charcutier pour lui trouver des apparences d’une « victime » et lui donner une 2e chance, mais ils ne feront RIEN pour défendre et protéger Isabelle Gaston – la vraie et unique victime en vie et À VIE, et penser à ceux qui seront en danger de mort une fois ce charcutier (malade ou pas) en liberté. On vit dans une société juste et équitable, non?

La justice n’existe pas au Québec. Il y a une justice pour les riches qui achètent ce qu’ils veulent avec leur argent et celle des pauvres, pour qui les juges rendent une sentence exemplaire afin de se payer la tête du peuple. Il est bon pour la guillotine et arrêtons de lui trouver toutes sortes d’excuses. Il va être déclaré involontairement responsable,il prendra pour 10 ans et il sera relâché pour bonne conduite.

Après 6 jours de délibération, si les juré(e)s n’ont pas encore répondu après avoir assisté à plusieurs heures de débats en cour, c’est que le problème est trop complexe pour des humains et que seuls les dieux pourraient le dire décemment. Si jamais ils arrivent à s’entendre et à prendre une seule solution, c’est que la majorité aura eu raison de quelques indécis flottant entre la culpabilité et la non-culpabilité.
JEAN-MARIE LEMAY : BRAVO quand même!

Je pense que Guy Turcotte était décidé, ce soir-là, à tuer ses enfants et à s’enlever la vie après. Sauf que ça n’a pas marché. Beaucoup d’hommes ont agi de cette manière lorsqu’ils ont été laissés par leur conjointe. Ils ne supportent pas de s’être fait flouer. Mais quand ce sont eux qui laissent leur conjointe, ils ne tuent pas leurs enfants. Peut-on perdre la tête suite à un trouble d’adaptation. J’en doute. Il savait ce qu’il faisait.

Moi, je pense qu’il est coupable de meurtre au second degré… Il a décidé de se suicider et dans ce désir il a décidé d’emmener ses enfants avec lui, pour ne pas qu’il le retrouve mort en se réveillant….Ceci n’était pas planifié. Toutefois, Il s’est foutu de la loi en voulant se suicider et a voulu emporter ses enfants avec lui,,,dans la mort… il n’était pas assez fou pour ne pas connaitre les lois… il était médecin…dans sa crise suicidaire il a voulu donc amener ses enfants avec lui… On n’a pas le droit de s’enlever la vie, ni de tuer ses enfants qu’importe ce que l’on vit,,, On doit avoir la maturité de vivre avec notre réalité… Il souffrait beaucoup mais il aurait du ne pas impliquer ses enfants dans sa souffrance,,,Il avait tout dans la vie, une belle allure, une bonne profession, une maison, des beaux enfants… il aurait pu refaire sa vie avec une autre femme, facilement….il n’aurait pas eu de misère à refaire sa vie. Je trouve très regrettable son geste… il faut qu’il se reprenne et reprenne sur lui, et ce maintenant, même en prison…Je regrette mais le sang de ses enfants monte au ciel et crie: « vengeance.. »

t

Il est malheureux que les membres du jury n’aient pas été correctement informés sur le phénomène clinique de la « RAGE NARCISSIQUE » , bien documentée en psychopathologie du narcissique…..
M.Turcotte était vraisemblablement soumis à cette impulsion et conduite IRRÉPRESSIBLE (acting out narcissique).
Il s’agit d’un être certainement abject ….non-criminellement responsable.
Paul.