Des capteurs électroniques transforment des mammifères marins en océanographes

HALIFAX – Le marquage des requins du Groenland apparaît comme une manoeuvre périlleuse pour les scientifiques qui doivent affronter les gros carnivores. Mais selon l’océanographe Nigel Hussey, la partie la plus difficile est de se plonger les mains dans eaux glacées de l’Arctique pendant l’installation.

M. Hussey marque des animaux marins de l’Arctique jusque dans les eaux des Tropiques dans le cadre de ses recherches avec l’Ocean Tracking Network, situé à l’Université Dalhousie de Halifax, en Nouvelle-Écosse. Ce réseau de plus de 400 chercheurs disséminés dans 20 pays leur permet d’étudier les mouvements et les comportements d’animaux marins de partout autour de la planète.

Nigel Hussey et ses collègues ont publié cette semaine un article dans le dernier numéro de la revue académique «Science» sur leurs avancées dans le domaine de la télémétrie des animaux marins. Ils observent ainsi à distance le comportement de spécimens sur lesquels les scientifiques ont installé un dispositif de marquage électronique.

M. Hussey, un chercheur associé de l’Université de Windsor, en Ontario, affirme que l’amélioration des technologies de repérage permet aux scientifiques d’aller au-delà de l’observation des lieux. «Il est possible d’utiliser les animaux pour surveiller leur propre environnement», a-t-il résumé.

Auparavant, ils devaient se rendre sur place en bateau pour immerger des instruments de mesure dans l’océan. Maintenant, les scientifiques peuvent poser des capteurs sur les animaux et télécharger les données qu’ils récoltent à partir de la terre ferme.

Parmi les avantages de cette méthode, l’océanographe cite le fait que les animaux marins ont accès à des endroits où les humains ne peuvent se rendre. De plus, les bêtes sont tout le temps «au travail» dans les océans et peuvent ainsi amasser plus de données que les humains, a-t-il ajouté.

L’an prochain, Nigel Hussey prévoit installer des capteurs sur des narvals et plusieurs centaines de flétans du Groenland pour observer les interactions entre les deux espèces.

Prochainement, le scientifique espère pouvoir compter sur des dispositifs assez petits pour être utilisés sur des poissons ne pesant que quelques grammes, ou sur des méduses et des homards.