Des chercheurs veulent des dispositions pour assurer l’indépendance de Québecor

QUÉBEC – Les dispositions en place sont insuffisantes pour répondre aux inquiétudes soulevées par la situation du chef péquiste Pierre Karl Péladeau relativement à l’indépendance journalistique du conglomérat Québecor qu’il contrôle, a déclaré jeudi un chercheur.

Le président du Centre d’études sur les médias (CEM), Florian Sauvageau, a affirmé dans une entrevue que le conseil d’administration de l’entreprise devrait poser des gestes concrets.

«S’il y avait des mesures prises par le conseil d’administration, ce serait préférable à la situation actuelle», a-t-il dit.

M. Sauvageau a fait ces commentaires à l’occasion de la publication, jeudi, d’un document du CEM intitulé «Réflexions et mise en contexte de la situation créée par l’élection de Pierre Karl Péladeau».

Aucune analyse du contenu des médias de Québecor n’a été faite par les chercheurs pour déterminer si l’arrivée de M. Péladeau en politique, en mars 2014, avait eu un impact sur la couverture, a indiqué M. Sauvageau.

«Ce n’était pas notre objectif d’entrer dans le coeur du débat, a-t-il dit. L’idée, c’était de dégager des principes de tout ça.»

Les chercheurs du CEM ont axé leurs travaux sur les mesures qui permettraient d’éviter la perception que les médias de Québecor sont au service des intérêts partisans de son actionnaire de contrôle.

Selon le document, un mécanisme interne assurant l’indépendance journalistique pourrait être mis en place par le conseil d’administration de Québecor.

Les chercheurs donnent l’exemple de l’agence Bloomberg, qui a mis en place un responsable de la couverture quand le propriétaire de l’entreprise, Michael Bloomberg, est devenu maire de New York.

Le New York Times, le Globe and Mail et le Toronto Star ont chacun un poste d’éditeur public qui, s’il était créé chez Québecor, pourrait évaluer chaque année l’application d’un «contrat d’indépendance journalistique» qui serait conclu entre le propriétaire et les responsables de ses rédactions.

Jeudi, M. Sauvageau a estimé que les conventions collectives des employés des salles de nouvelles de Québecor sont insuffisantes pour répondre aux inquiétudes soulevées par la situation de M. Péladeau.

«Ça règle les choses sur papier mais la pratique quotidienne, dans les salles de rédaction, elle n’est pas nécessairement liée aux conventions collectives», a-t-il dit.

Le CEM avait amorcé ses travaux l’an dernier, dans la foulée des débats suscités à l’Assemblée nationale par la situation de M. Péladeau, actionnaire de contrôle d’un conglomérat dont les filiales sont actives dans les secteurs des médias et des télécommunications.

En septembre dernier, devant les inquiétudes exprimées notamment par ses adversaires politiques et la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, M. Péladeau a annoncé qu’il plaçait son bloc d’actions dans un mandat sans droit de regard.

Laissant la question des risques de conflits d’intérêts aux députés de l’Assemblée nationale qui ont amorcé une révision de leur code d’éthique en abordant notamment le cas de M. Péladeau, le CEM s’est concentré sur les garanties d’indépendance de la couverture journalistique.

«Il semble qu’il y ait de l’inquiétude chez les journalistes et même dans la population», a dit M. Sauvageau.

Selon le chercheur, la solution de mesures internes à Québecor, qui possède le réseau de télévision TVA ainsi que Le Journal de Québec et Le Journal de Montréal, serait plus facile à réaliser que des modifications législatives, un processus qui pourrait s’avérer trop complexe.

«Des écueils à une intervention législative, il y en a beaucoup, a-t-il dit. Ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas essayer, mais en essayant on sait d’avance qu’il y aura des problèmes pour en trouver une qui satisfasse les gens.»

Le document rappelle les tentatives passées pour trouver des mécanismes de vigie à la concentration des médias ainsi que le projet de statut professionnel des journalistes, deux initiatives gouvernementales qui se sont retrouvées dans l’impasse, au cours des dernières années.

Le CEM s’était retrouvé entraîné dans la joute politique, l’an dernier, quand les libéraux avaient sollicité ses services pour exécuter un mandat de recherche rejeté par le Parti québécois.

Le groupe de recherche de l’Université Laval avait ensuite décidé de définir lui-même son champ d’analyse, a rappelé M. Sauvageau.

L’analyse du CEM indique que les quotidiens de Québecor occupent 32 pour cent des parts de marchés principaux au Québec, soit 5 pour cent de moins que Gesca.

Dans la diffusion d’information télé, les bulletins de TVA et de sa chaîne de nouvelles continues LCN arrivent largement en tête, avec 77 pour cent des parts de marchés, contre 23 pour cent à Radio-Canada et RDI.

Les chercheurs n’ont pas été capables d’obtenir des données qui auraient permis d’évaluer les parts de marché sur supports numériques comme les sites Internet.

Le PQ et Québecor n’étaient pas disponibles, dans l’immédiat, pour commenter les analyses du CEM.

Le cabinet du leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, a fait savoir qu’il laissera le chef péquiste s’exprimer avant de le faire lui-même.

Le député François Bonnardel, de la Coalition avenir Québec, a affirmé que les observations du CEM soulèvent «de nombreuses questions concernant l’indépendance des journalistes et employés de l’entreprise médiatique que possède le chef de l’opposition officielle».

«La situation du chef de l’opposition officielle est inédite, mais rien dans nos lois actuelles n’empêcherait que cela ne se reproduise, a-t-il déclaré dans un communiqué. Il est de notre devoir de remédier à cette situation.»

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