La GRC aurait pu intercepter Zehaf-Bibeau avant son entrée au parlement

OTTAWA – La Gendarmerie royale du Canada (GRC) assure que des erreurs «systémiques» et non «humaines» ont permis à Michael Zehaf-Bibeau de déjouer la sécurité même si certains de ses agents auraient pu intercepter le tireur avant qu’il ne fasse irruption dans le parlement, le 22 octobre dernier.

La Police provinciale de l’Ontario (OPP) a identifié, dans trois rapports déposés mercredi, plusieurs lacunes sécuritaires ayant permis au tireur de pénétrer dans l’édifice où se trouvaient des dizaines d’élus, de sénateurs, ainsi que le premier ministre Stephen Harper.

La première occasion manquée est survenue à quelques mètres à peine de l’endroit où le tireur avait garé la voiture qu’il allait abandonner ensuite pour réquisitionner le véhicule de fonction d’un ministre sous la menace d’une arme.

«Notre policier qui était dans le premier véhicule était en train de lire un rapport», a expliqué le commissaire adjoint Gilles Michaud, mercredi, disant juger «tout à fait normal dans ce cas-ci» que l’agent chargé d’assurer la sécurité ait été accaparé par la lecture d’un rapport.

Ce véhicule obstruait la vue d’un autre policier, qui n’a donc pas vu, lui non plus, Zehaf-Bibeau — et à ce moment, ces deux agents ignoraient qu’un soldat venait d’être abattu au Monument commémoratif de guerre et qu’un homme armé se dirigeait vers la colline du Parlement.

L’alerte a été lancée par une agente qui se trouvait un peu plus haut, à quelques mètres de l’édifice du Centre, que le tireur allait prendre d’assaut dans les secondes suivantes.

Mais encore là, il y a eu des ratés, a reconnu la GRC.

«Malheureusement, le message qu’elle a transmis sur la radio pour dire qu’il (le tireur) était dans le véhicule noir (du ministre) était embrouillé», a d’abord offert M. Michaud avant de dire que l’agente avait peut-être mal appuyé sur le bouton de son appareil.

«Alors l’agent qui se trouvait en haut de l’allée n’avait aucune idée que le véhicule qui se dirigeait vers lui était celui dans lequel se trouvait Zehaf-Bibeau», a-t-il laissé tomber.

Bref, «des membres de la force de sécurité de la GRC étaient en position de barrer la route à l’homme armé avant qu’il n’entre dans le parlement, mais ils ne l’ont pas fait», peut-on lire dans l’un des rapports rendus publics mercredi, qui sont partiellement caviardés.

Et n’eût été de la «manière improvisée» dont l’assaillant a mené son attaque, les conséquences auraient pu être «bien pire», conclut l’OPP, qui avait été chargée de mener une enquête indépendante sur les événements d’octobre dernier.

«L’état actuel du dispositif de sécurité laisse présager des résultats catastrophiques si la colline du Parlement faisait aujourd’hui l’objet d’une attaque organisée comme celle qu’a vue la France en janvier 2015 (l’attentat de Charlie Hebdo)», prévient-on dans l’un des documents.

Même si son plan n’était pas particulièrement raffiné, Michael Zehaf-Bibeau aura malgré tout réussi à pénétrer dans l’édifice du Centre.

Une fois à l’intérieur, il a été atteint de 31 des 56 projectiles qui ont fusé de toutes parts, selon l’un des rapports de l’OPP.

Tout s’est joué en moins de deux minutes à partir du moment où le tireur a franchi les portes situées sous la Tour de la paix.

Selon les informations fournies lors de la séance d’information technique, il a été atteint par un tir sept secondes après son entrée dans l’édifice.

Il a ensuite été touché par plusieurs balles en parcourant le hall d’honneur, et il était significativement blessé lorsqu’il est arrivé au bout du corridor.

C’est là, aux portes de la bibliothèque du Parlement, qu’il a été définitivement neutralisé.

Les rapports ne précisent pas si le coup de grâce est venu de l’ancien sergent d’armes — et nouvel ambassadeur du Canada en Irlande — Kevin Vickers, qui avait rapidement été identifié comme le héros de la fusillade et largement salué pour son héroïsme.

L’autopsie pratiquée sur la dépouille du tireur a permis de déterminer que huit balles étaient logées dans son corps, que deux de ces blessures auraient «chacune causé rapidement sa mort» et que plusieurs autres «auraient pu être fatales à moins de soins médicaux rapides».

Il est par ailleurs difficile de savoir comment l’homme âgé de 32 ans a pu poursuivre son chemin au milieu de la déferlante de projectiles, puisqu’il ne portait pas de veste pare-balles.

L’un des rapports de l’OPP raconte aussi comment Zehaf-Bibeau a froidement exécuté le caporal Cirillo avant de quitter en criant quelque chose qui ressemblait au mot «Irak».

«À 9 h 50, Michael Zehaf-Bibeau a levé et pointé sa carabine en direction du caporal et a tiré un coup de feu qui a atteint celui-ci au dos. Le caporal Cirillo est tombé sur les mains et les genoux et s’est mis à ramper vers le côté est de la Tombe», est-il écrit dans le document.

Le tireur «a de nouveau fait feu sur lui, l’atteignant cette fois dans le bas du dos. Le caporal Cirillo s’est dirigé vers le côté est de la Tombe du soldat inconnu. Il était étendu sur le ventre. Zehaf-Bibeau l’a rejoint et a tiré un troisième et dernier coup de feu dans le dos du caporal.»

On y relate également qu’une fois arrivé au parlement, il a épargné un agent de sécurité qui se trouvait à l’entrée et sur qui il avait pointé son arme à feu directement sur la poitrine.

«Le tireur l’a regardé directement dans les yeux, puis il s’est tourné et a commencé à monter les escaliers», est-il écrit dans un document.

Impact des compressions

L’OPP s’est également penchée sur la question des ressources dont dispose la GRC et suggéré que les compressions imposées à la police fédérale en 2012 ont eu des conséquences.

«Le dispositif de sécurité de la GRC sur la colline du Parlement présente de nombreuses difficultés en raison des ressources limitées qui y sont affectées», soutient-on.

La police provinciale a formulé 66 recommandations — toutes censurées pour des raisons de sécurité — à l’endroit de sa cousine fédérale, qui se dit consciente de la nécessité d’apporter des correctifs.

Le commissaire adjoint Michaud ne s’est pas prononcé directement sur l’aspect des coupes budgétaires.

Mais selon lui, il n’en demeure pas moins qu’il ne serait pas possible — et souhaitable — de contrôler tous les chemins qui mènent au parlement.

«Il y a 13 points d’accès pédestres sur la colline, donc c’est impossible pour nous de les contrôler tous, et je ne crois pas que c’est ce que les Canadiens veulent aussi, de se faire vérifier à chaque fois qu’ils veulent entrer sur la colline parlementaire», a-t-il fait valoir.

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