Deux ombudsmans lancent une enquête sur les problèmes des anciens combattants

OTTAWA – Deux ombudsmans militaires lancent une enquête commune sur la façon dont les soldats malades et blessés sont traités au cours de leur transition vers la vie civile.

L’ombudsman des vétérans, Guy Parent, et celui des Forces canadiennes, Gary Walbourne, ont annoncé mardi qu’ils conjugueraient leurs efforts pour examiner un système ayant fait l’objet de milliers de plaintes, officielles ou officieuses.

Selon M. Walbourne, plus de la moitié des 1500 plaintes reçues par son bureau l’an dernier concernent des questions survenues à la fin de carrières militaires, y compris lors de la transition vers la vie civile. Les deux hommes se pencheront plus spécifiquement sur les dédoublements entre la Défense nationale et les Anciens combattants.

Plusieurs soldats, blessés en Afghanistan et trop malades pour continuer à servir sous les drapeaux, ont constaté, à leur démobilisation, que les fonctionnaires des Anciens combattants exigeaient qu’ils «officialisent» leur état par l’entremise d’un processus séparé nécessitant parfois plusieurs mois avant d’être complété.

«Il y a un processus complexe qui s’étire pendant des mois, a expliqué M. Walbourne. Il y a des visites chez le médecin, des formulaires à remplir, il y a le formulaire CF-98 concernant la blessure et la façon dont elle s’est produite.»

«Une fois que tout cela est accompli, ils entament un nouveau processus le lendemain lorsque la personne est démobilisée. Il y a un document de 18 pages pour être inscrit dans le système des anciens combattants», a-t-il détaillé.

Dans certains cas, des militaires se sont fait refuser des prestations pour des blessures qui les ont forcés à mettre fin à leur carrière, et M. Walbourne mentionne qu’il s’agit de l’une des iniquités qui seront abordées durant l’enquête. «Pourquoi y a-t-il deux processus? Pourquoi le processus de départ ne peut-il pas aussi être le processus d’adhésion automatique?»

En raison de ce dédoublement, des vétérans blessés finissent par avoir deux gestionnaires de dossier lors de leur transition, soit un de chaque ministère. Le comité des Communes sur les anciens combattants a entendu des plaintes concernant la qualité du service de ces gestionnaires lors d’une récente étude de la législation encadrant les prestations versées aux ex-soldats.

«La transition est une période de grands ajustements dans la vie des membres des Forces canadiennes et des vétérans, a mentionné M. Parent. Nous devons nous assurer que leur transition soit aussi facile que possible, avec des informations claires et des communications transparentes.»

L’an dernier, des défenseurs des droits des vétérans et des anciens combattants ont publiquement dénoncé le nombre de soldats voulant continuer à servir dans l’armée, mais démobilisés pour des raisons médicales, souvent pour des cas de stress post-traumatique. Interrogé aux Communes, le ministre de la Défense, Rob Nicholson, a assuré que tout était fait pour préparer les soldats au retour à la vie civile, y compris des services d’orientation et des possibilités de formation.

Mais M. Parent a déclaré l’an dernier au comité parlementaire que plusieurs militaires trouvaient difficile d’obtenir des subventions de formation s’ils choisissaient une carrière n’étant pas liée aux compétences acquises dans l’armée. Dans un rapport publié en juin, le comité affirme que le gouvernement doit en faire davantage pour soutenir non seulement les soldats, mais aussi leur famille à travers le processus de réintégration de la vie civile.

Une porte-parole du ministre des Anciens combattants Julian Fantino a indiqué, mardi, que le gouvernement conservateur appuyait l’enquête. Plus tôt cette année, le ministre a par ailleurs demandé à ses fonctionnaires de mener une révision indépendante du plan de transformation quinquennal d’Anciens Combattants Canada visant à moderniser l’offre de services aux vétérans.

Selon M. Walbourne, l’enquête des deux ombudsmans durera de 15 à 18 mois, et des rapports intérimaires seront publiés.

Chaque année, de 5000 à 6000 soldats à temps plein quittent la vie militaire.