Deuxième enquête éthique pour le sénateur conservateur/indépendant Don Meredith

OTTAWA – Le comportement du sénateur conservateur Don Meredith, aujourd’hui indépendant, fera l’objet d’une deuxième enquête du Bureau du conseiller sénatorial en éthique, à la suite cette fois d’une «évaluation» du traitement qu’il réserve à ses proches collaborateurs.

M. Meredith, nommé au Sénat par Stephen Harper en 2010, faisait déjà l’objet d’une enquête du Bureau du conseiller en éthique à la suite de la publication d’un article du Toronto Star, le mois dernier, qui alléguait que le sénateur aurait eu des contacts sexuels avec une adolescente de 16 ans. Le sénateur Meredith a alors quitté le caucus conservateur pour siéger comme indépendant, en attendant la suite des procédures au Sénat, mais plusieurs de ses collègues — aussi bien libéraux que conservateurs — ont réclamé depuis sa démission.

Jeudi matin, le président du Sénat, Leo Housakos, qui préside aussi le comité directeur du Comité permanent de la régie interne, des budgets et de l’administration de la chambre haute, a annoncé dans un bref communiqué que le comité avait reçu mardi le «rapport d’évaluation du milieu de travail du bureau du sénateur» qu’avait demandé en février dernier son prédécesseur, Pierre-Claude Nolin.

Au vu de ce «rapport d’évaluation», le comité directeur a conclu qu’il était «impératif de référer le dossier au Conseiller sénatorial en éthique», Lyse Ricard, a indiqué le sénateur Housakos. M. Meredith a été informé de cette décision et il recevra copie du rapport du comité sénatorial.

Le rapport d’évaluation n’a pas été rendu public mais certaines sources indiquaient à La Presse Canadienne mercredi soir que six anciens membres du personnel du bureau du sénateur torontois avaient raconté à des enquêteurs externes qu’ils ont subi du harcèlement en milieu de travail. Ils ont soutenu que le sénateur Meredith usait envers eux d’intimidation, qu’il était très impoli et que son attitude générale n’était pas du tout professionnelle. Certains ont parlé de harcèlement psychologique, d’autres de demandes irrationnelles formulées par le sénateur à son personnel.

Aucune des allégations contenues dans le rapport d’évaluation n’a été prouvée, et selon nos sources, aucune des personnes rencontrées ou citées par les enquêteurs indépendants n’a voulu porter plainte formellement contre le sénateur. Si le Bureau du conseiller en éthique devait blâmer M. Meredith, le Sénat pourrait lui imposer des sanctions allant d’excuses publiques jusqu’à la suspension sans solde de la chambre haute.

Deux ans avant sa nomination au Sénat, M. Meredith avait tenté en vain d’obtenir l’investiture conservatrice pour une élection complémentaire dans la circonscription de Toronto-Centre.

Par ailleurs, il n’a pas du tout été épinglé par le Vérificateur général dans son rapport de juin dernier sur les dépenses de certains sénateurs.

Le sénateur Nolin intrigué

Le sénateur Nolin (décédé en avril) et d’autres collègues avaient été intrigués par le fort roulement du personnel au bureau de M. Meredith. Le Comité de régie interne a alors demandé à des enquêteurs externes de rencontrer les anciens collaborateurs du sénateur, mais aussi M. Meredith lui-même et des responsables des ressources humaines au Sénat.

Six employés qui avaient quitté le bureau du sénateur au cours des quatre dernières années ont témoigné, sous le couvert de l’anonymat. Et selon une source au fait du rapport, deux autres employés qui avaient quitté le bureau de M. Meredith pendant la même période ont refusé de rencontrer les enquêteurs, mais leurs récits ont été relatés par les autres témoins.

M. Meredith a été rencontré par les enquêteurs en mai dernier et selon nos sources, il a nié les allégations. Il n’a pas donné suite aux nombreux appels logés depuis mercredi soir pour commenter cette enquête.

Dans l’autre affaire qui fait l’objet d’une enquête du Bureau du conseiller sénatorial en éthique, la femme qui a témoigné au Toronto Star a indiqué qu’à leur première rencontre, lors d’un événement organisé dans une église d’Ottawa pour le Mois de l’histoire des Noirs, le sénateur Meredith a cru qu’elle était âgée de 18 ans, mais elle l’aurait informé de son âge véritable au cours des semaines suivantes.

Le Star écrit que la femme, aujourd’hui âgée de 18 ans, a entretenu des clavardages à caractère sexuel avec le sénateur Meredith et que de fil en aiguille, cette relation a progressé, avant qu’elle soit âgée de 18 ans, jusqu’aux baisers et aux contacts physiques. La jeune femme soutient qu’à 18 ans, elle a eu deux fois des relations sexuelles avec le quinquagénaire, avant qu’il ne mette fin à leur liaison, plus tôt cette année.

En 2012, M. Meredith avait embarrassé certains membres du caucus conservateur en participant à un événement culturel perse, à l’hôtel de ville d’Ottawa, organisé en partie par l’ambassade d’Iran, alors que le gouvernement canadien avait adopté la ligne dure face à Téhéran. Le cabinet avait tenu à préciser que le sénateur Meredith ne représentait pas le gouvernement canadien à cet événement.

L’an dernier, M. Meredith a dû rembourser au Sénat les frais d’un voyage à Washington, avec sa femme, pour le «déjeuner national de prières», qui accueille chaque année 3000 politiciens et diplomates, dont le président américain.

Il a aussi été dans l’eau chaude pour avoir accolé à son nom le titre de «docteur» dans des communiqués de presse, alors que ce doctorat lui a été décerné par une institution qui n’a pas ce pouvoir.