Drogues dans les prisons: le Service correctionnel veut multiplier les fouilles

OTTAWA – Le Service correctionnel du Canada veut faciliter les fouilles des détenus et des visiteurs dans un effort pour empêcher les drogues d’entrer dans les pénitenciers.

Les règlements proposés vendredi abaisseraient les critères permettant de décréter des fouilles, notamment des fouilles à nu des détenus.

Le porte-parole néo-démocrate en matière de sécurité, Randall Garrison, dénonce cette approche, estimant qu’il s’agit d’une perte de temps et de ressources qui devraient plutôt être consacrés à des programmes de traitement.

Pour freiner le trafic de drogues dans les pénitenciers, il faut d’abord et avant tout offrir des thérapies efficaces aux détenus qui en ont besoin, a-t-il dit lors d’une entrevue avec La Presse Canadienne.

M. Garrison estime que les autorités fédérales s’entêtent à croire que l’interdiction est la façon de résoudre le problème.

Le Service correctionnel du Canada affirme que des centaines de personnes entrent et sortent des pénitenciers chaque jour, créant des occasions de trafic pour les contrebandiers.

Une note de service détaillant les changements proposés souligne que les pénitenciers voient régulièrement passer des prestataires de services comme des éboueurs, des livreurs de nourriture et des postiers. Des détenus en voie d’être libérés quittent la prison pendant quelques heures ou quelques jours en vertu de permis temporaires ou dans le cadre de groupes de travail, pour revenir ensuite derrière les barreaux.

Le Service correctionnel estime que la présence de drogues dans les pénitenciers nuit à sa mission en créant une économie souterraine alignée sur le crime organisé, ce qui a souvent pour effet d’accroître la violence. Les drogues contribuent également à la propagation de maladies infectieuses et mettent en péril la réhabilitation des détenus, affirme le service.

Les autorités ont déjà recours à des chiens détecteurs de drogues, à des technologies de surveillance électronique et à différents types de fouilles.

Les modifications réglementaires permettraient aux autorités pénitentiaires d’imposer de nouvelles restrictions aux visites et de mener des fouilles additionnelles des détenus, des employés et des visiteurs.

Elles donneraient aussi aux autorités le pouvoir de désigner certaines zones d’une prison comme «zones sécurisées».

Les prisonniers pourraient être soumis à des fouilles à nu routinières — une inspection visuelle du corps nu du détenu et l’inspection de ses vêtements — en quittant une zone sécurisée du pénitencier.

Les nouveaux règlements permettraient également aux autorités pénitentiaires d’imposer plus facilement une barrière physique entre un détenu et un visiteur ou de refuser une visite sur la base d’un doute concernant un éventuel trafic de drogue durant la visite.

Les consultations sur les changements proposés ont eu lieu à l’été 2012.

«Les détenus n’étaient généralement pas favorables aux fouilles additionnelles qui pourraient maintenant avoir lieu en entrant ou en sortant d’une zone sécurisée», affirme l’avis publié vendredi. «Ils ont demandé quelles zones spécifiques seraient désignées comme zones sécurisées.»

Des prisonniers ont également exprimé des inquiétudes sur la possibilité que des visites soient gâchées ou refusées. Selon M. Garrison, la perspective de subir une fouille pourrait dissuader certains visiteurs de se rendre dans un pénitencier.

«Cela nuit au maintien des liens familiaux qui sont si importants pour la réintégration réussie dans la communauté», a-t-il affirmé.

Des proches de détenus ont également exprimé des inquiétudes durant les consultations, mais les employés, les syndicats, les sous-traitants et les volontaires ont été généralement favorables aux changements proposés.

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Si les détenus ne peuvent plus faire entrer de drogue, est-ce que cela veut dire que les gardiens et autres employés de la prison vont se mettre à faire plus d’argent en la faisant entrer à leur place?

J’ai été dans une prison avec fouille à nu presque à chaque fois que tu traverses une porte (RDP, http://lacloture.ca/2014/02/visite-de-la-prison-de-riviere-des-prairies/). Il y avait quand même de la drogue. Elle était juste plus cher ce qui occasionnait toutes sortes de problèmes de dettes, de menaces, conflits etc.

Cela fait maintenant 15 ans que je fréquente presque à semaine l’un ou l’autre des six pénitenciers de Laval et de Sainte-Anne-des-Plaines en tant que volontaires participants à des activités de groupes avec les détenus. Jamais je n’y ai rencontré d’autres volontaires que se disaient en faveur de mesures additionnelles pour contrôler les drogues à l’intérieur des murs. Je n’ai pas rencontré non plus de volontaires qui aient été consultés dans cet exercice. Des mesures de contrôle des visiteurs et des bénévoles, il y en a de plus en plus et la drogue est toujours présente.
La répression a atteint ses limites. Il serait peut-être temps d’élargir le champ d’investigation et d’y inclure des programmes pour réduire la demande de matières interdites : des programmes efficaces pour vaincre la dépendance aux drogues.
À l’établissement de détention de Montréal (surnommée Bordeaux), cela fait presque 20 ans que les « visites contacts » ont été abolies; les visiteurs parlent à leurs proches à travers un Plexiglass troué. Mais chaque année apporte son lot de saisies records de drogues, d’armes artisanales et de téléphones cellulaires sans que les autorités ne remettent en question les mesures de contrôle et l’impossibilité de toucher les mains de la personne que l’on visite.