Éducation autochtone: Paul Martin condamne l’inaction du gouvernement Harper

MONTRÉAL – L’ancien premier ministre libéral Paul Martin a condamné l’inaction du gouvernement conservateur et son sous-financement des écoles autochtones, qui privent ces enfants de chances réelles de réussite.

«C’est moralement mal», a-t-il lancé lors d’un discours présenté à la réunion générale annuelle de l’Assemblée des Premières Nations (APN) qui se concluait jeudi à Montréal. «C’est honteux.»

Selon lui, les écoles autochtones sont défavorisées. Et l’argent nécessaire pour qu’elles se rapprochent des autres au pays est bien moindre que ce que coûteront toutes les vies de ces jeunes gâchées par le décrochage scolaire, le chômage et le suicide, a-t-il fait valoir.

Il est inadmissible que deux enfants de six ans vivant à quelques kilomètres de distance, l’un vivant sur une réserve mais l’autre non, n’aient pas les mêmes occasions et que l’élève autochtone reçoive beaucoup moins, a illustré l’ancien chef du gouvernement fédéral.

Il se dit convaincu que les Canadiens soutiendront les Premières Nations dans leurs initiatives scolaires.

Son discours a été accueilli par une ovation par la majorité des personnes présentes, ce que les chefs du Parti libéral du Canada et du Nouveau Parti démocratique (NPD) n’ont pas obtenu mardi. L’ancien premier ministre avait négocié avec les Premières Nations ce qui est devenu en 2005 l’Accord de Kelowna, qui comportait de nombreuses mesures pour réduire les inégalités entre les peuples autochtones et les non-autochtones, notamment en éducation. Le plan libéral de 5 milliards $ (dont 1,8 milliard $ devait être alloué à l’éducation) n’a pas été mis en oeuvre par le gouvernement conservateur qui a pris le pouvoir l’année suivante.

«Et des années plus tard, il y a toujours un écart massif dans l’éducation», a-t-il soutenu.

Paul Martin a incité les Autochtones à ne pas attendre après Ottawa et à formuler leurs propres plans d’éducation, avec leur expertise personnelle.

Il n’y a pas de ministère de l’Éducation au fédéral et «croyez-moi, il n’y a pas d’experts en éducation», a-t-il dit.

Très impliqué auprès des Premières Nations depuis la fin de sa carrière politique, il a aussi rappelé le résultat d’une initiative de sa fondation — l’Initiative d’éducation autochtone Martin — qui a mené un projet-pilote dans deux écoles primaires autochtones en Ontario. Avec le financement nécessaire et de l’expertise, les taux de littératie chez les jeunes a bondi de 13 pour cent à 70 pour cent en seulement quatre ans, a-t-il fait valoir.

Selon lui, il est possible de financer de tels projets dans toutes les écoles autochtones au pays: «La question qu’il faut se poser est: quel sera le coût de ne rien faire?».

L’an dernier, le gouvernement conservateur a proposé un projet de loi sur l’éducation des Autochtones assorti d’un budget de 1,9 milliard $. Les Premières Nations obtenaient la responsabilité de gérer leurs écoles, ce que plusieurs d’entre elles demandaient. Le projet de loi, qui a depuis été suspendu, prévoyait des exigences plus strictes pour les enseignants, des mesures pour promouvoir la présence à l’école et le taux de diplomation et reconnaissait aussi l’obligation légale pour les écoles de rendre des comptes.

Le projet de loi des conservateurs a profondément divisé la communauté autochtone — beaucoup jugeaient qu’Ottawa conservait trop de contrôle.

Ce plan était trop paternaliste, a commenté après son discours M. Martin. «Les fonds qu’il a mis sur la table, c’est moins que Kelowna il y a 10 ans. Et ça s’est fait sans consultation», a dit M. Martin.

Le ministre des Affaires autochtones, Bernard Valcourt, qui n’a pas assisté à l’assemblée annuelle de l’APN, a transmis un courriel pour dire que Paul Martin «y allait un peu fort».

Il a rappelé que c’est M. Martin qui avait imposé un plafond de deux pour cent en 1996 aux transferts fédéraux faits aux Premières Nations pour l’éducation.

M. Valcourt est d’avis que le récent projet de loi de son gouvernement aurait permis une éducation de qualité car il prévoyait un financement garanti par la loi ainsi qu’une augmentation annuelle de 4,5 pour cent du budget.

M. Martin avait expliqué plus tôt en journée que le plafond de deux pour cent, qui est dénoncé par les Autochtones, ne devait être qu’une mesure temporaire.

Le chef national de l’APN, Perry Bellegarde, a prononcé le discours de clôture jeudi après-midi de cette réunion dont l’objectif principal était de discuter comment réduire l’écart entre les conditions de vie des Autochtones et des Non-Autochtones.

Il a réitéré son appel lancé au début de l’assemblée générale et enjoint tous les Autochtones d’aller voter aux prochaines élections fédérales prévues pour octobre 2015. Il croit que le vote autochtone peut influencer le résultat du scrutin dans 51 circonscriptions.

De son côté, il a promis de tout faire pour influencer les plateformes des partis fédéraux.