Radio-Canada/CBC: Hubert Lacroix doit justifier ses choix en assemblée générale

MONTRÉAL – Sur fond d’abolition de postes et de tensions avec ses employés, le président-directeur général de Radio-Canada/CBC, Hubert Lacroix, a justifié ses choix en laissant entendre notamment qu’Ottawa n’allait pas donner un sou de plus au diffuseur public.

Lors de l’assemblée générale de la société d’État, qui a eu lieu mercredi à Montréal, M. Lacroix a dû affronter plusieurs personnes qui remettaient en question ses actions et les nombreuses vagues de coupes.

Il a aussi répondu à ceux qui l’accusent de marcher main dans la main avec le gouvernement conservateur, qui a sabré le budget du diffuseur. Il a notamment été allégué par le Nouveau Parti démocratique (NPD) que 9 des 12 membres du conseil d’administration du diffuseur public ont fait des dons au Parti conservateur. M. Lacroix a ainsi évoqué «les théories de conspiration, les insinuations de pression politique et les attaques personnelles» qui ont eu lieu.

«On est libre de pression politique», a martelé Hubert Lacroix. «CBC/Radio-Canada est totalement autonome par rapport au gouvernement. Point à la ligne.»

Dans la salle, il y avait un certain malaise, comme l’a fait remarquer la productrice Fabienne Larouche, invitée comme panéliste.

Plusieurs personnes ont interpellé le président-directeur général pour qu’il explique les compressions, et pour qu’il se batte sur la place publique pour l’entreprise.

«Quand allez-vous déchirer votre chemise pour avoir les moyens de faire vivre notre démocratie et notre culture?», lui a lancé Pascal Gélinas, présent dans le studio.

M. Lacroix a fait valoir que l’environnement médiatique est en pleine mutation, se dirige de plus en plus vers le numérique et qu’il faut effectuer la transition vers cette plateforme.

Il a réitéré que les coûts opérationnels demeurent plus élevés que les revenus, qui eux, sont en baisse, et que des choix ont dû être faits. Comme tous les diffuseurs publics dans le monde, comme la BBC, on a des revenus en baisse, a expliqué M. Lacroix. «Et nous devons prendre des mesures pour devenir financièrement viable.»

«La dernière augmentation des crédits parlementaires fédéraux remonte à 1973», a-t-il rappelé, puisque le diffuseur reçoit une bonne partie de son financement des coffres du gouvernement fédéral.

«Confronté à ça, pensez-vous, dans le moment, que le gouvernement, pensez-vous franchement qu’on va avoir un dollar de plus avec un gouvernement, quel qu’il soit, et avec celui avec lequel on a traité?», a lancé M. Lacroix.

Il a aussi expliqué ce qu’il a fait pour obtenir plus de revenus, dont ses batailles pour le maintien du Fonds d’amélioration de la programmation locale et pour que les câblodistributeurs paient des redevances à Radio-Canada/CBC pour l’usage de son contenu.

«C’est évident qu’avec plus de dollars, on pourrait faire plus de choses», a-t-il ajouté.

Il a qualifié les compressions budgétaires et les abolitions de postes de «très difficiles».

Lors de l’assemblée, le président-directeur général a dû composer aussi avec le vibrant plaidoyer livré par l’animateur-vedette Charles Tisseyre, de l’émission télé «Découverte».

Invité comme panéliste, M. Tisseyre a profité de la première question posée pour déballer son sac.

Son émission a débuté trois semaines en retard en raison des compressions. Et sur quatre reportages par émission, un est une reprise, a-t-il relaté.

«On est allé trop loin», a-t-il soutenu.

Il admet que le virage numérique est nécessaire, mais qu’il ne doit pas être fait en période de désinvestissement.

«Et ceux qui seraient le fer de lance, le moteur de ce changement, les jeunes, on les fout à la porte», a-t-il lancé avec émotion, suivi peu après par une manne d’applaudissements et une ovation. Il faut que le gouvernement comprenne l’importance vitale de Radio-Canada et qu’il nous soutienne, a ajouté l’animateur.

M. Lacroix s’est vu remettre une lettre de démission — prête à signer — par une personne présente à l’assemblée générale. Il l’a prise calmement, en répétant qu’il avait l’intention de demeurer en place jusqu’à la fin de son mandat.

Il a ajouté que même si plusieurs ont demandé qu’il quitte son poste, ils n’ont pas proposé de solutions pour que le diffuseur puisse trouver du financement ailleurs, sans couper dans les emplois. Il faut faire des choix déchirants pour nous donner la possibilité d’avoir un avenir, a-t-il plaidé.

À la fin du mois d’octobre, la société d’État a annoncé l’abolition de 400 postes au cours des cinq prochains mois, ce qui constitue la première étape d’une stratégie de réduction globale des effectifs de plus de 1500 postes, d’ici 2020.

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M.Lacroix est un homme de courage, un bon gestionnaire et un homme intègre. Je trouve méprisable le geste posé par cette personne lui ayant remis cette pseudo lettre de démission, un geste gratuit, provocateur et infantile. L’ensemble de la radio télé diffusion est en pleine restructuration à travers le monde et je m’interroge sur l’intelligence des propos tenus par certains membres de la communauté radio-canadienne. Par ailleurs, l’émotion ressenti par Monsieur Tisseyre était certes authentique mais n’eut été des revendications et gains syndicaux passés, peut-être aurait-on pu garder certains jeunes au détriment de certains « vieillards » subversifs toujours accrochés à une petite partisanerie politique populiste invoquant la langue et la culture autant qu’on peut l’entendre, en omettant toutefois de pondérer l’information selon ce qu’elle est vraiment. Je crois nécessaire, mandatoire et utile de procéder à cette restructuration malgré les conséquences graves pour certains individus. Les pertes d’emploi ne sont jamais agréables et faciles à vivre, mais nous nous en sommes tous sortis un jour ou l’autre. Je souhaite que M. Lacroix ait la force nécessaire pour résister à l’assaut en règle d’une petite partie de la communauté québécoise et qu’ils se souvienne que la majorité,même silencieuse, appui cette démarche presqu’inconditionnellement… aux journalistes, animateurs et à tout le personnel concerné, conservez votre sérénité devant l’inéluctable et à M. Lacroix, poursuivez dans la voie du gros bon sens, tout en maintenant votre dignité et votre détermination.

Bonne chance à tous et à toutes.

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