Énergie Est: retombées économiques plus compliquées à évaluer, dit Couillard

QUÉBEC – L’absence de port compliquera l’évaluation des retombées économiques du projet d’oléoduc Énergie Est de TransCanada, a déclaré jeudi le premier ministre Philippe Couillard.

M. Couillard a affirmé que le Québec ne peut pas être une simple voie de passage pour l’entreprise, qui a annoncé jeudi sa décision de ne pas construire d’infrastructure portuaire dans la province.

En point de presse à l’Assemblée nationale, M. Couillard a répété que TransCanada devra faire la démonstration des avantages financiers de son projet pour le Québec.

«Avec un port en eaux profondes, c’est assez simple de calculer les bénéfices en termes d’infrastructures et d’emplois, a-t-il dit. Sans ça, je ne dis pas que c’est impossible, mais c’est un peu plus compliqué.»

En novembre 2014, le gouvernement québécois avait, conjointement avec l’Ontario, fixé sept conditions à son approbation du projet, dont la démonstration de retombées économiques, a rappelé M. Couillard.

«Il est clair que dans une fédération, plusieurs juridictions sont partagées, dont l’environnement, a-t-il dit. Et le Québec entend exercer pleinement sa juridiction.»

Tout en reconnaissant que les autorités fédérales auront le dernier mot sur le projet, le ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand, s’est montré confiant que les voix du Québec et de l’Ontario seront entendues.

«Si les gouvernements du Québec et de l’Ontario parlent d’une seule voix, je pense que ça va avoir un impact déterminant», a-t-il dit.

En avril dernier, TransCanada a dû renoncer à son projet de port à Cacouna, dans le Bas-Saint-Laurent, en raison des risques pour l’habitat du béluga.

L’entreprise a annoncé jeudi qu’après analyse, aucun terminal maritime ne sera construit sur la portion québécoise de l’oléoduc.

Le ministre de l’Environnement, David Heurtel, a expliqué qu’il n’avait pas été informé de la décision de TransCanada avant que l’entreprise diffuse un communiqué, tôt jeudi matin, pour l’annoncer.

M. Heurtel a analysé cette nouvelle sous l’angle des impacts environnementaux du projet, dont le tracé n’a pas encore été transmis aux autorités québécoises.

«N’importe quelle nouvelle qui fait en sorte qu’il y aura moins d’intrusion dans le milieu environnemental québécois, c’est sûr que ça il faut le voir d’un oeil positif, a-t-il dit. Mais on parle quand même d’un oléoduc qui passe à travers le Québec, sous des cours d’eau, dans des zones sismiques, qui va affecter des milieux naturels.»

Le chef caquiste François Legault a estimé que les retombées économiques d’un port auraient été secondaires.

Selon M. Legault, les principaux bénéfices proviendraient d’une redevance que le gouvernement devrait exiger pour le projet Énergie Est.

«Si on est pour faire passer du pétrole au Québec pour l’exporter, il faut qu’il y ait des retombées économiques, a-t-il dit. M. Couillard n’a même pas commencé à discuter de retombées.»

Le chef péquiste Pierre Karl Péladeau a affirmé que les Québécois sont opposés au projet d’oléoduc, qui doit transporter du pétrole albertain jusqu’au Nouveau-Brunswick.

«Ce que les Québécois souhaitent d’abord et avant tout, c’est que les lois québécoises s’appliquent, qu’elles aient priorité sur ce territoire du Québec, a-t-il dit. Or, il se trouve que le gouvernement fédéral a des prétentions différentes.»