Évasions: le gouvernement mandate une enquête interne sur les «cafouillages»

QUÉBEC – Pendant qu’une alerte internationale était lancée pour retracer trois fuyards qui se sont évadés en hélicoptère d’une prison de Québec, en fin de semaine, le premier ministre Philippe Couillard a annoncé une enquête administrative, mercredi, afin de voir clair dans ce «cafouillage».

M. Couillard a souligné aux journalistes la profusion d’informations contradictoires qui se sont succédées depuis que la ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, a réagi à l’incident, lundi.

«Le gouvernement n’est pas satisfait du flot des informations, de la coordination des informations, de l’aspect contradictoire de certaines informations qui lui ont été transmises, a-t-il dit. Ça inclut le cabinet de Mme Thériault. On n’est pas capable d’avoir véritablement d’information qui est cohérente, en temps requis et qui départage les événements.»

À ses côtés, Mme Thériault a affirmé que l’enquête administrative remontera jusqu’à une première évasion héliportée, il y a 15 mois, pour faire la lumière sur la coordination entre le ministère de la Sécurité publique, son sous-ministre, les centres de détention, la Sûreté du Québec ainsi que le ministère de la Justice. Dans son énumération, la ministre n’a pas mentionné son cabinet.

«À chaque fois qu’on vient poser des questions, on a droit à de l’information qui est contradictoire, qui est parcellaire, qui est partielle, a-t-elle dit. Très souvent, il y a des délais de temps qui sont assez incroyables entre le moment où la question est posée et où l’information arrive.»

Aux journalistes, M. Couillard a affirmé que la confusion dans les informations qui circulent fait craindre pour l’efficacité des opérations.

«Si l’information manque de coordination, est-ce que l’action elle-même de ces intervenants manque également de coordination?», a-t-il demandé.

En Chambre, devant les questions de l’opposition, le premier ministre a exprimé sa confiance envers Mme Thériault, également vice-première ministre, au centre de la tourmente depuis le début de la semaine.

«Je veux réitérer à son endroit ma plus profonde admiration et ma confiance», a-t-il dit.

Après la période des questions, échauffée par les attaques de ses adversaires, Mme Thériault a défendu sa gestion en faisant valoir ses états de service au gouvernement, dans un bref échange avec la presse parlementaire.

«Ça fait 12 ans que je suis dans ce parlement, ça fait mon quatrième ministère que j’occupe, je vous ai toujours donné l’heure juste, a-t-elle dit. Je n’ai pas à cacher aucune action dans le ministère de la Sécurité publique. Je fais preuve d’une transparence qui est incroyable, l’information que le public a le droit d’avoir, je vous la transmets toujours.»

Après avoir été contredite mardi par l’entreprise canadienne chargée du trafic aérien, Nav Canada, Mme Thériault a déposé en Chambre un document pour prouver qu’elle a dit la vérité en annonçant des zones d’exclusion aérienne au-dessus des centres de détention québécois.

«Ce que j’ai déposé ce (mercredi) matin confirme ce que je vous ai dit (mardi)», a-t-elle dit.

Mardi, la ministre avait annoncé que Nav Canada avait accepté l’instauration de ces zones, au-dessus de certaines prisons, une mesure temporaire en attendant le déploiement de câbles anti-hélicoptères dans les établissements.

Un porte-parole de Nav Canada, Ron Singer, a déclaré mercredi que «des restrictions d’espace aérien seraient mises en place sous l’autorité du gouvernement du Canada», sans donner de précisions sur l’entrée en vigueur de ce dispositif.

«Nous comprenons que des discussions à ce sujet sont en cours entre le gouvernement du Canada et le gouvernement du Québec», a-t-il écrit dans un courriel, en dirigeant les demandes d’informations à Sécurité publique Canada.

Dans le document déposé en Chambre par Mme Thériault, une série d’échanges décrivent la progression du dossier, mené par la Sûreté du Québec, qui écrit notamment que les délais sont difficiles à évaluer.

«Chaque endroit doit être évalué indépendamment car il y a beaucoup de démarches avant la mise en place, comme l’évaluation des corridors aériens qui sont touchés et l’impact sur la circulation aérienne», indique le texte où les noms ont été caviardés.

L’organisation policière Interpol, qui regroupe 190 pays membres, a publié mercredi une alerte internationale, à la demande du Canada, après l’évasion par hélicoptère d’Yves Denis, âgé de 35 ans, Denis Lefebvre, 53 ans, et Serge Pomerleau, 49 ans.

En attente d’un procès pour meurtre, les trois fugitifs subissaient à Québec un procès pour trafic de stupéfiants. Les raisons de l’assouplissement de leurs conditions de détention, notamment le retrait de menottes, ne peuvent être divulguées puisqu’elles sont frappées d’un interdit de publication, a indiqué le gouvernement.

Au Salon bleu, le chef péquiste intérimaire Stéphane Bédard a rappelé mercredi que la coordination des communications est une responsabilité de la ministre.

«À l’évidence, elle a échoué lamentablement, a-t-il dit. Et ce n’est pas une enquête administrative qui va nous éclairer sur le manque relativement à cette crise que nous vivons actuellement.»

La députée péquiste Agnès Maltais a accusé Mme Thériault d’avoir pris à la légère l’évasion, survenue samedi soir, en attendant lundi pour faire sa première déclaration.

«Si elle fait enquête, est-ce qu’elle va faire enquête sur sa fin de semaine?, a-t-elle demandé. Qu’est-ce qu’elle avait de si important à faire en fin de semaine alors qu’il y avait des malfaiteurs? Est-ce qu’elle va faire enquête sur son absence, sur son silence radio?»

Le cabinet de Mme Thériault a indiqué que la ministre avait suivi le dossier dimanche, même si elle ne s’est pas rendue à son bureau.

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, s’est réjoui de voir le gouvernement retenir sa suggestion de la veille, en annonçant une enquête interne.

Réclamant que les conclusions soient présentées devant une commission parlementaire, M. Legault s’est montré rassuré de voir M. Couillard prendre la situation en main.

«Il y a eu beaucoup de cafouillage, a-t-il dit. J’étais content de voir que M. Couillard a repris le dossier en main. Il a tout de suite accepté la suggestion que la ministre a refusée (mardi), que j’avais faite, c’est-à-dire déclencher une enquête à l’interne. Mais c’est clair qu’il y a eu tout un cafouillage de la part de Mme Thériault.»

Le nom du responsable de l’enquête sera connu cette semaine et ses résultats seront rendus publics.