Fin de la livraison du courrier à domicile: les maires aussi devant le tribunal

MONTRÉAL – Ils en avaient parlé; ils passent maintenant de la parole aux actes. Les maires de Montréal, Laval et Longueuil ont annoncé jeudi qu’ils contesteraient aussi devant le tribunal la fin de la livraison du courrier à domicile. Ils demanderont donc le statut d’intervenant dans la cause déjà lancée par le Syndicat des travailleurs des postes.

Du même souffle, les maires Denis Coderre, Marc Demers et Caroline St-Hilaire ont demandé un moratoire sur l’implantation des boîtes postales communautaires qui doivent remplacer la livraison du courrier à domicile. Ils invitent le gouvernement Harper à intervenir en ce sens auprès de la société de la Couronne qu’est Postes Canada.

Cette cause du Syndicat des travailleurs des postes — directement concerné par les réductions d’effectifs qui s’ensuivent — est également menée par des groupes représentant des personnes âgées et à mobilité réduite. La cause doit être entendue par la Cour fédérale à Toronto.

Les maires pensent qu’ils ont d’autres angles à faire valoir au tribunal.

«La livraison du courrier à domicile, c’est un service essentiel, particulièrement en milieu urbain», a plaidé le maire de Montréal, au cours d’une rencontre avec la presse.

«On pense que cette décision (de Postes Canada) est inconstitutionnelle et inopérante. On pense que cette décision contrevient à la Charte canadienne des droits et libertés, ainsi qu’à la Loi canadienne sur les droits de la personne, plus précisément eu égard aux droits à l’égalité, à la non-discrimination et à l’obligation d’accommodement raisonnable», a ajouté le maire Coderre.

À cause de la densité de population, les maires Coderre, St-Hilaire et Demers prévoient que plusieurs problèmes se présenteront avec l’installation de boîtes postales communes: des problèmes de circulation et de stationnement aux abords des emplacements désignés, des problèmes d’entretien de ces boîtes (déneigement et graffitis) et des problèmes de sécurité.

«En termes de tourisme, on n’a pas besoin d’avoir un mur de Chine de boîtes postales», a tonné le maire Coderre.

Et, comme les groupes représentant les personnes âgées et handicapées qui sont déjà signataires de la requête initiale, les maires soulèvent les problèmes d’accessibilité à ces boîtes pour les personnes à mobilité réduite, particulièrement l’hiver.

Jointe au téléphone, Anick Losier, porte-parole de Postes Canada, a rappelé que la société a déjà manifesté son ouverture à des accommodements pour les gens qui ont des problèmes de mobilité.

Selon les maires, Postes Canada outrepasse aussi sa compétence en mettant carrément fin à la livraison du courrier à domicile. Le maire Coderre a suggéré de livrer le courrier deux jours par semaine si le volume de courrier ne justifie plus la livraison cinq jours par semaine.

À ce sujet, Mme Losier répond que Postes Canada ne peut agir ainsi. Elle souligne que l’avenir, pour Postes Canada, réside bien davantage dans la livraison de colis et le marketing direct. Et, à ce chapitre, les concurrents de Postes Canada livrent tous les jours, même sept jours sur sept parfois.

Mme Losier rappelle que les revenus de la poste-lettre, eux, sont en baisse depuis des années.

Bien que la haute direction de Postes Canada ait toujours affirmé avoir consulté les instances locales, les maires présents au cours de la rencontre avec la presse ont assuré que ce n’était pas le cas et que Postes Canada agissait unilatéralement. Le maire Coderre a même parlé d’«arrogance» de la part de la haute direction de Postes Canada.

Mme Losier assure qu’au contraire, la société a «cogné aux portes» de bien des citoyens pour entendre leurs suggestions et s’adapter lorsqu’elle le pouvait.

Finalement, les maires ont beau contester eux aussi le plan devant les tribunaux, Postes Canada gardera le cap. «Nous, on poursuit notre travail. Et on est déterminé à essayer de trouver les meilleurs endroits pour livrer le courrier et assurer l’autonomie financière de la société. L’enjeu, aujourd’hui, n’est pas la façon dont on distribue le courrier, mais plutôt où», a répliqué Mme Losier.

«Il le faut. On est dans un marathon, où il faut assurer qu’on ne devienne pas un fardeau pour les contribuables. On sait que la poste-lettre est en déclin depuis neuf ans déjà. Il est crucial, en ce moment, d’aller de l’avant avec notre plan d’action», a commenté Mme Losier.

Le plan de la Société canadienne des postes a été annoncé en décembre 2013. Il vise à mettre fin graduellement à la livraison du courrier à domicile, en cinq ans, et à remplacer ce service par l’installation de boîtes postales communes. Ce plan doit permettre à la société d’économiser 500 millions $ sur cinq ans.

Dans la foulée des mesures de redressement déjà annoncées, la société a déjà haussé considérablement le prix des timbres, entre autres. Et elle a enregistré des bénéfices lors des derniers trimestres.

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