Forum sur le cancer: délai avant d’être opéré et manque d’accès aux médicaments

MONTRÉAL – Les gens atteints de cancer et ceux qui tentent de leur venir en aide en avaient long à dire, mardi, au sujet de la façon dont le réseau de la santé s’occupe d’eux et de la priorité qui n’est toujours pas accordée au cancer, au Québec, selon eux.

Plusieurs personnes ont en effet participé au forum sur la gouvernance de la lutte contre le cancer au Québec, organisé par la Coalition priorité cancer, durant tout un avant-midi à Montréal.

Et les frustrations de tous ont été exprimées: délais trop longs avant d’obtenir une intervention chirurgicale, manque d’accès aux nouveaux médicaments coûteux, manque de services après une opération, obligation pour les patients de se battre pour obtenir des soins, sans compter le fameux registre québécois sur le cancer, qui n’est toujours pas à jour et pleinement fonctionnel — ce qui fait qu’on ne sait pas trop si ce que l’on fait porte fruit et est investi à la bonne place.

Me Jean-Pierre Ménard, avocat bien connu spécialisé dans le droit de la santé, a admis qu’il voit aujourd’hui des cas qu’il ne voyait pas il y a 10 ou 15 ans, soit ceux de gens atteints de cancer qui n’ont pas accès à des soins en temps utile. «Il existe des normes médicales et on voit de plus en plus de cas où les gens ont de la difficulté à être traités dans le délai prévu par les règles de l’art, avec la conséquence que dans certains cas, ça fait perdre leur pronostic aux personnes. Autrement dit, quand elles sont finalement traitées, il y a un cancer qui est beaucoup plus gros, qui s’est propagé et parfois ça va changer le pronostic vital. On a fait des causes comme ça», a confirmé l’avocat.

Suzanne Poulet, présidente de l’organisme Ovaire espoir, a souligné que selon la cible, 90 pour cent des patients atteints de cancer devraient être opérés en 28 jours. Or, cette cible de 28 jours pour une chirurgie oncologique est dépassée dans bien des hôpitaux. Elle a cité le cas d’hôpitaux dans la région de Montréal où ce délai est plutôt de 40 ou 41 jours.

Nathalie Rodrigue, de la Coalition priorité cancer, a exprimé sa frustration de voir que le dossier de la lutte contre le cancer n’avance pas assez vite. «Il va falloir qu’il y ait un gros mouvement qui se fasse et que les gens exigent des résultats», a-t-elle dit.

Elle a déploré, par exemple, que le ministère de la Santé et la Direction québécoise de cancérologie avaient été invités au forum, mais ne sont pas venus.

Elle a aussi dénoncé tous ces cas de personnes atteintes de cancer qui ne peuvent avoir accès à un médicament parce qu’il est trop coûteux et/ou pas encore autorisé.

Présent au forum, l’ancien ministre de la Santé Réjean Hébert a lui-même admis que la question du fameux registre québécois sur le cancer, «c’est l’enfer». Il s’est rappelé que lorsqu’il était ministre péquiste, «presque à tous les mois, je demandais ‘le registre, on va-t-y l’avoir?’». Mais la confection de ce fameux registre est compliquée par la difficulté de concilier différentes banques de données dans chaque établissement et l’existence de doublons.

Or, ce registre n’est pas qu’une série de tableaux pour savoir où on en est dans le traitement des cas de cancer. Plusieurs participants au forum ont insisté sur le fait qu’il est essentiel, car il permet de savoir ce que l’on fait bien, ce qui ne fonctionne pas et si on investit au bon endroit dans la lutte contre le cancer. Et il permet les comparaisons.

Selon le docteur Hébert, ce n’est qu’en décembre 2015 que les responsables du registre devraient avoir terminé de colliger les données pour l’année 2011. «Ensuite, ça va aller plus vite», croit l’ex-ministre de la Santé.

Après une demi-journée de discussions, les participants au forum _ médecins, patients, organismes communautaires, employés du réseau _ ont été unanimes à réclamer que le cancer devienne véritablement une priorité au Québec, non seulement dans le discours, mais aussi dans le geste.

En 2015, plus de 20 000 Québécois mourront du cancer et plus de 55 000 autres recevront ce diagnostic.