Fusillade: la horde de médias chez les suspects rappelle un cas récent au Canada

VANCOUVER – Une scène chaotique s’est jouée, vendredi, lorsqu’un propriétaire a laissé entrer des médias dans la maison où résidaient l’homme et la femme ayant fait 14 morts dans la fusillade à San Bernardino, en Californie.

Des dizaines de journalistes se sont rués à l’intérieur et certains ont diffusé des images en direct de la maison, parcourant livres, passeports, documents déchiquetés et albums de photos des suspects, Syed Rizwan Farook et Tashfeen Malik, morts dans l’affrontement avec la police ayant suivi la tuerie.

Mais il ne faut pas trop vite associer la scène à un journalisme américain effronté, car un événement similaire est survenu au Canada.

Quelques jours après que John Nuttall et Amanda Korody eurent disposé ce qu’ils croyaient être des bombes sur le terrain de l’assemblée législative à Victoria en juillet 2013, des journalistes avaient passé au peigne fin leur maison en débarras à Surrey, en Colombie-Britannique, cherchant des indices sur leur quotidien.

Josh Paterson, de l’Association des libertés civiles de la Colombie-Britannique, a dit croire que cela «posait fondamentalement problème». Indépendamment du fait que ces gens puissent avoir commis des gestes répréhensibles, il n’y a rien qui dit que les médias peuvent simplement fouiller leurs maisons et passer en revue leurs biens, a-t-il fait valoir.

M. Paterson a dit ne pas vouloir s’avancer sur les lois américaines, mais a affirmé que les visites des médias dans la maison des suspects en Colombie-Britannique avaient violé des lois sur la propriété et la vie privée. Leurs propriétaires n’avaient pas l’autorisation de permettre l’entrée de cette horde de journalistes dans la maison, a-t-il affirmé.

«À moins que ces journalistes soient des plombiers venus pour régler un déversement d’eau dans le logement, un propriétaire n’a aucunement le droit de les admettre à l’intérieur», a illustré M. Paterson.

Chris Waddell, professeur associé à l’école de journalisme et de communications de l’Université Carleton, à Ottawa, a souligné que ces cas en Colombie-Britannique et en Californie étaient quelque peu différents étant donné que les suspects à San Bernardino sont morts et ne sont pas traduits en justice.

Mais dans un cas comme dans l’autre, les médias, en agissant ainsi, brossent un portrait des suspects en fonction de ce que semblait être leur style de vie, a-t-il affirmé.

«Mettre tous ces éléments à la portée de tous sur quelqu’un qui est accusé d’un crime peut certainement forger la perception du public quant à la culpabilité de cette personne, a fait valoir M. Waddell. Les médias ne devraient pas faire cela, et notre système ne devrait pas condamner une personne en fonction de son caractère. Elles sont condamnées de crimes en fonction de ce qu’elles ont fait, et non en fonction de ce qu’elles sont.»