Turcotte n’a pas tué ses enfants pour se venger de son ex-femme, dit un médecin

SAINT-JÉRÔME, Qc – Guy Turcotte n’a pas tué ses enfants par colère ni pour se venger de sa femme qui le trompait, a déclaré mardi un psychiatre expert appelé par la défense: l’accusé avait clairement sombré dans le désespoir.

C’est l’avis du psychiatre Louis Morissette, qui a évalué l’accusé, à la demande des avocats de Guy Turcotte, entre le 27 février 2009 et le 2 septembre 2015.

Il estime aussi que l’accusé n’a pas causé la mort d’Olivier, 5 ans, et d’Anne-Sophie, 3 ans, parce qu’il avait bu du lave-glace. Ce produit contient du méthanol, un alcool toxique.

Le médecin a aussi confirmé le diagnostic de l’autre psychiatre qui a témoigné en appui de la défense de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux de l’accusé. M. Morissette et Dominique Bourget sont du même avis: Guy Turcotte souffrait d’un trouble de l’adaptation.

«Un trouble qui n’est pas banal», a précisé mardi le docteur Morissette.

Lorsqu’il a poignardé ses enfants, «son jugement est perturbé, altéré», a témoigné l’expert.

«C’est pour leur mieux-être, pour ne pas qu’ils trouvent son cadavre le lendemain», et «pour les protéger de la souffrance de le trouver mort», a ajouté le psychiatre, précisant qu’il est évident que cette logique ne fait aucun sens pour quelqu’un qui a toute sa tête.

«Pour lui, c’est un moindre mal», a-t-il dit.

Pour l’expert, le geste n’est pas de la vengeance: «Il n’a pas cherché une arme à feu pour tirer Madame ou Monsieur, il a cherché des produits pour s’enlever la vie».

Selon lui, le geste n’est pas compatible d’un point de vue clinique avec les traits de personnalité de Guy Turcotte, un homme qui encaisse les coups sans parler et qui évite la confrontation.

M. Morissette a dit qu’il ne peut exclure à 100 pour cent qu’il ait tué les enfants pour blesser la mère, mais qu’il est peu probable d’avoir voulu cela.

Une infirmière de l’hôpital de Saint-Jérôme, Chantal Duhamel, a déclaré au procès que Guy Turcotte aurait dit avoir tué ses enfants pour faire du mal à son ex-conjointe Isabelle Gaston.

«Il a dit qu’il voulait la faire chier et que la façon de la faire chier était de lui enlever ce qu’elle avait de plus précieux au monde, ses enfants», a-t-elle relaté. L’accusé aurait tenu ces propos au lendemain du double meurtre alors qu’il était hospitalisé à l’urgence de l’hôpital de Saint-Jérôme où il travaillait comme cardiologue.

La mère des enfants, Isabelle Gaston, a aussi témoigné devant le tribunal que peu de temps avant le drame, il lui avait lancé: «Tu veux la guerre, tu vas l’avoir».

Mais le psychiatre ne croit pas à une vengeance. «Nous n’avons pas de matériel clinique qui va dans ce sens», a dit le docteur Morissette.

Sur la foi des témoignages consultés et de ses entrevues avec l’accusé, il est d’avis qu’«il ne vivait pas, en soirée du 20 février 2009 et dans la nuit du 21 février 2009, d’émotions d’agression ou de colère. Il vivait clairement du désespoir», est-il écrit dans son rapport daté du 23 octobre 2015.

«Le trouble d’adaptation et le raptus (crise) suicidaire sont essentiellement les causes de la mort de ses enfants», tranche-t-il.

Par ailleurs, il ne croit pas que Guy Turcotte a une mémoire sélective et choisit ce dont il se souvient, comme lui a reproché le procureur de la Couronne.

Pour l’expert, ces souvenirs partiels, ou «flashes», sont fréquents quand une personne est envahie par ses émotions. Une situation qu’il voit souvent dans sa pratique, dit-il. «Ce n’est pas l’individu qui choisit, je me souviens de ceci ou de cela», a-t-il expliqué.

Guy Turcotte est accusé du meurtre prémédité d’Olivier et d’Anne-Sophie. Il a admis avoir causé leur mort le 20 février 2009, mais présente une défense de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux.

Il a témoigné que le soir du 20 février 2009, il a voulu s’enlever la vie en buvant une quantité non précisée de méthanol.

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