Harper annonce un crédit d’impôt, Mulcair réplique aux attaques sur ses députés

OTTAWA – Le chef conservateur Stephen Harper a fait sa première annonce économique d’importance, mardi, tandis que son rival néo-démocrate Thomas Mulcair effectuait une première sortie publique en deux jours pour répliquer aux attaques — et en lancer de nouvelles.

La troisième journée de la campagne électorale fédérale à été brève, les chefs des principaux partis ayant décidé de se consacrer à la préparation du débat de jeudi après avoir chacun discouru en matinée.

M. Harper a été le seul à formuler un nouvel engagement, ce qu’il a fait dans la grande région de Toronto, un coin de pays que les chefs visiteront sans doute régulièrement au cours des prochaines semaines en raison du nombre important de circonscriptions s’y trouvant.

Il a promis de rendre permanent un crédit d’impôt temporaire pour la rénovation domiciliaire, une mesure qui coûterait annuellement 1,5 milliard $ au trésor fédéral et s’appliquerait aux dépenses engagées pour des travaux de 1000 $ à 5000 $.

En plus de favoriser la création d’emplois, cet allègement fiscal aidera les propriétaires à maintenir et augmenter la valeur de leur maison. «Pour la plupart des Canadiens, la maison familiale est le plus gros actif et l’investissement le plus important dans leur future sécurité financière», a-t-il dit.

Mais les Canadiens devront patienter avant de se prévaloir du crédit d’impôt, qui sera instauré seulement lorsque la situation économique s’y prêtera, soit vers la mi-mandat d’un éventuel gouvernement conservateur, a estimé M. Harper.

Invité à préciser les motifs derrière ce délai d’implantation — qui pourrait porter à croire que la situation économique sera fragile pour les deux prochaines années —, il a expliqué que les plateformes électorales conservatrices comprenaient traditionnellement des mesures à long terme.

«Nous avons fait la même chose à la dernière élection. Nous prenons des engagements et nous promettons de les réaliser au cours d’un mandat et de les concrétiser de manière (responsable) pour le long terme», a justifié M. Harper en point de presse.

Lors de sa première apparition publique depuis le déclenchement officiel de la campagne, le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) n’a pas tardé à railler cette promesse de rétablir et de rendre permanent un crédit d’impôt temporaire qui avait été aboli.

Mais il a été beaucoup moins question de projet de rénovation domiciliaire que du controversé projet d’oléoduc Énergie Est au point de presse de Thomas Mulcair, qui a accordé une longue période de questions, mardi, après avoir été critiqué pour avoir refusé de s’adresser aux médias dimanche.

Le chef néo-démocrate a promis qu’un gouvernement du NPD ne forcerait pas la main au Québec avec un projet d’oléoduc, même s’il voit plusieurs aspects positifs à un tel projet.

«On ne peut pas juste claquer les doigts et prétendre qu’on va amener le bulldozer et que ça va passer à telle place sans condition, sans regard. Et le Québec fait bien de poser ses conditions et fait bien de dire qu’il veut être de la discussion», a-t-il déclaré à Montréal.

Le chef bloquiste Gilles Duceppe croit que les propos de M. Mulcair auraient pu être bien différents s’il s’était trouvé ailleurs au pays. De passage à Vaudreuil-Soulanges, il a de nouveau accusé son rival tenir un «double discours» dans ce dossier.

«Est-il pour ou contre? (…) Il doit le dire pas seulement au Québec, mais aussi dans l’ouest du pays. J’aimerais l’entendre dire qu’il est contre à Calgary», a-t-il affirmé en anglais lors d’un point de presse dans cette circonscription se trouvant sur le tracé de l’oléoduc.

Le chef bloquiste a concentré ses attaques sur le NPD, qui lui a ravi une quantité considérable de circonscriptions — dont la sienne — aux dernières élections de mai 2011. Il a par ailleurs assuré que son parti aurait 70 candidats dans les 78 comtés de la province d’ici les prochains jours.

Thomas Mulcair, lui, a passé le plus clair de son temps à répliquer aux critiques formulées la veille par Stephen Harper, qui a présenté le groupe de députés québécois du NPD comme le plus «inefficace» de «toute l’histoire» politique canadienne.

Au contraire, le NPD est le «pire cauchemar» du Parti conservateur, et sa députation «efficace» a obtenu des «résultats concrets», comme l’instauration du bilinguisme obligatoire pour les agents du Parlement ou encore l’abolition de la taxe fédérale sur les produits hygiéniques féminins.

«Pour la première fois de son vécu, avec le NPD, il (Stephen Harper) a fait face à une opposition coriace, réelle, déterminée», a-t-il martelé, flanqué de plusieurs de ses députés sortants et de ses candidats sur le mont Royal.

Il a par ailleurs suggéré que comme chef de l’opposition officielle, il a nettement mieux incarné cette menace que deux ex-dirigeants du Parti libéral du Canada (PLC), Michael Ignatieff et Stéphane Dion, qui sont passés sous le «rouleau compresseur» des conservateurs.

L’actuel chef libéral, Justin Trudeau, est lui aussi dans la mire des troupes du premier ministre sortant Stephen Harper, qui l’ont dépeint dès son accession à la direction du PLC comme un candidat manquant de sérieux qui n’est «pas prêt» à gouverner un pays du G7 comme le Canada.

La plus récente trouvaille de l’équipe du chef conservateur consistait à employer seulement son prénom, ce que M. Trudeau a perçu comme une vaine tentative de le décontenancer et une façon pour M. Harper de faire oublier aux électeurs que son plan économique ne fonctionne pas.

Devant quelque 250 militants réunis à Mississauga, dans la grande région de Toronto, il a de nouveau plaidé que le meilleur plan était celui ébauché par les libéraux, qui prévoient hausser les impôts des très riches pour financer une baisse d’impôts pour la classe moyenne.

«Justin» est redevenu «Justin Trudeau» dans le discours livré mardi matin par M. Harper (mais pas dans le communiqué de presse de l’annonce).

Lorsqu’on a lui demandé, à l’issue de son allocution, s’il croyait que la stratégie d’employer seulement le prénom «Justin» pourrait être mal perçue par les Canadiens, il a répliqué qu’il n’utilisait pas toujours que le prénom de M. Trudeau et a expliqué cette habitude.

«De ce qu’on a pu constater, c’est la façon dont les Canadiens y réfèrent habituellement, parce que c’est la façon dont le Parti libéral lui-même le présente», a-t-il simplement répondu.

Thomas Mulcair, lui, s’est dit à l’aise avec le diminutif Tom, que l’on a commencé à voir sur les pancartes au Québec — le NPD utilisait habituellement cette dénomination au Canada anglais. Et il se fait appeler Tommy par ses proches, a-t-il révélé à la presse.