Intégrisme: Benhabib est troublée par des propos de Philippe Couillard

QUÉBEC – L’ex-candidate péquiste et militante pour la laïcité Djemila Benhabib se dit troublée de voir que le premier ministre Philippe Couillard tolère l’intégrisme religieux.

Mme Benhabib a affirmé jeudi que le terrorisme est un produit de l’intégrisme, qui est par essence antidémocratique.

«Montrez-moi un intégrisme qui respecte le droit des femmes, ça n’existe pas, a-t-elle dit jeudi. L’intégrisme, ce n’est pas Le Petit prince, ce n’est pas Alice au pays des merveilles. L’intégrisme est une idéologie abjecte qui porte en soi la discrimination, la haine de l’autre et la détestation. Par essence, il est antidémocratique, contrevient aux droits humains et bafoue la dignité humaine.»

Lors d’une conférence en compagnie d’une journaliste de Charlie Hebdo, Zineb El Rhazoui, Mme Benhabib a réagi à de récents commentaires de M. Couillard.

«Un premier ministre qui considère qu’il n’est pas de son devoir de combattre l’intégrisme religieux, je trouve ça quand même troublant, a-t-elle dit. Je suis troublée et c’est pour ça que je dis que je suis extrêmement inquiète pour notre devenir commun. Parce que le terrorisme est le rejeton de l’intégrisme.»

Plus tôt cette semaine, M. Couillard a affirmé que l’intégrisme doit être considéré comme un choix personnel qui peut être toléré tant qu’il ne s’attaque pas aux droits de la personne. Avec un plan d’action à venir, le gouvernement s’attaquera au radicalisme.

Commentant ces nuances apportées par M. Couillard, Mme El Rhazoui a de son côté mis le premier ministre en garde contre la confusion entre intégrisme et piété.

«Je me demande si M.Couillard ne confond pas intégrisme et piété, a-t-elle dit. La piété, qui est une pratique pieuse de la religion, c’est quelque chose qui relève je pense de l’intimité et de la spiritualité personnelle. Tandis que l’intégrisme est une idéologie et cette idéologie, c’est exactement ce qui mène au terrorisme. Le terrorisme n’est pas un acte isolé qui surgit, qui est ex nihilo. Le terrorisme est le produit direct, logique, de l’intégrisme et du fondamentalisme religieux.»

Selon Mme El Rhazoui, qui rentre en France vendredi après une tournée au Québec avec Mme Benhabib, combattre le terrorisme ne peut se limiter à accroître les mesures de sécurité.

«La façon répressive, c’est quelque chose qui s’applique dans l’urgence, a-t-elle dit. Or, sur le long terme, il faut combattre le terrorisme en amont, en déconstruisant les idéologies qui mènent, qui produisent des terroristes.»

Candidate péquiste, Mme Benhabib a été défaite dans Trois-Rivières en 2012, puis dans Mille-Îles en 2014.

Jeudi, Mme Benhabib ne s’est pas prononcée sur l’opportunité d’établir un lien entre les tergiversations de M. Couillard, sur l’échéancier d’une législation sur la laïcité, et son travail en Arabie saoudite, à titre de médecin, puis comme conseiller du ministre de la Santé.

Mme Benhabib a préféré insister sur la nécessité que le débat suscité par la charte de la laïcité du Parti québécois inspire les politiciens à traiter de ce sujet de façon non partisane.

«Je souhaiterais que ce débat sur la laïcité ne soit plus un débat partisan, a-t-elle dit. Je suis triste de constater que nous n’avons pas retenu les leçons du débat sur la charte des valeurs que nous avons connu. Parce que s’il y a bien une leçon qu’on aurait dû retenir c’est qu’une grande majorité des Québécois était en faveur des différentes dispositions de la charte et qu’on était à deux doigts de réussir.»

La semaine dernière, des représentants péquistes ont dû nuancer leurs propos après avoir soupçonné M. Couillard d’appréhender la question de la laïcité de l’État à la lumière de son expérience en Arabie saoudite, un pays où la loi islamique est en vigueur et dont les violations des droits de la personne sont dénoncées.

Sans se prononcer sur les activités de M. Couillard, Mme El Rhazoui a affirmé qu’il est impossible de considérer amicalement le régime monarchique au pouvoir en Arabie saoudite.

«C’est un régime barbare, c’est un régime qui considère les femmes comme des êtres inférieurs, qui les oblige à porter le voile, qui leur interdit de conduire, qui coupe des mains, qui coupe des pieds, qui fouette», a-t-elle dit.

Rappelant la cas de Raïf Badawi, un blogueur dont la famille vit à Sherbrooke et qui a été condamné à 1000 coups de fouet, Mme El Rhazoui s’est demandée «dans quelle mesure on peut être démocrate et ami avec ce régime».

Plus tôt cette semaine, M. Couillard a affirmé que ses activités avec l’Arabie saoudite ne signifiaient pas qu’il endosse les violations des droits de la personne. Le premier ministre a contacté récemment l’ambassadeur saoudien au Canada concernant le cas de M. Badawi.

Les commentaires sont fermés.

Merci Madame Benhabib pour votrge travail . Je souhaite de tout coeur que notre gouvernement (ignorant les réalités de l’agenda politique des intégristes islamistes) vous consulte tout comme made Houda Pépin afin de bien réaliser la menace qui nous guette et y réponde avec toute la fermeté nécessaire. J’ai lu votre livre »Les soldts d’Allah à la conquète de l’Occident » . Ce livre devrait être distribué à chaque memebre du gouvernement Couillard.

Une islamophobie décomplexée qui prend le prétexte des luttes féministes pour dénigrer l’Islam. Cette rhétorique pernicieuse, mise dans la bouche de femmes précisément issues de l’immigration, ne rend nullement service à celles qu’elle prétend.

merci mesdames Benhabib et Houda Pépin de monter la garde face à l’intégrisme, vous que de par vos origines et vos expériences connaissez les dangers de cette idéologie
pour ce qui est de Couillard, en bon politicien comme il se doit, sa position est stratégique, il sait que lors de la dernière élection il a récolté massivement le vote musulman anti charte, alors aujourd’hui, il marche sur des œufs ( absent lors de la manifestation de soutien à Charlie Hebdo..)
il voudrait pas heurter une communauté (une de plus) dont le vote lui est maintenant acquis
you scratch my back, i will scratch yours back

La laïcité n’est pas un gilet pare-balles

Quand Bernard Drainville dit que sa version de la laïcité est le meilleur rempart contre l’intégrisme religieux, il dupe le public, car son modèle a mené la France vers une impasse.

Si cette laïcité à la française qui obnubile certains péquistes était bonne, elle aurait fait de l’Hexagone un havre de paix et un modèle d’intégration des minorités. Or, non seulement des millions de Français des cités sont exclus de la république, mais ce pays a exporté 1 000 djihadistes au groupe sanguinaire État islamique.

Une charte de la laïcité juste affirmera les valeurs de laïcité et de neutralité religieuse de l’État ainsi que l’égalité entre les femmes et les hommes et encadrera les demandes d’accommodement. Mais la lutte contre le terrorisme islamiste est une autre paire de manches.

D’abord, il faut judiciariser et non pas politiser la lutte contre le fanatisme islamiste. Parallèlement, cette lutte passera par une école qui est malheureusement en crise, car 49 % de nos adultes au Québec sont des analphabètes fonctionnels. C’est la voie royale vers une société de la pensée paresseuse qui se nourrit de slogans et qui se soumet aux représentations dépourvues de jugement – les phobies.

La lutte contre l’intégrisme religieux passe ensuite par une bataille acharnée contre l’exclusion sociale et professionnelle qui frappe les musulmans du Québec. Leur taux de chômage est calamiteux et ils sont victimes d’une islamophobie galopante.

Cela dit, en Occident, la lutte contre le fanatisme islamiste passe aussi par l’arrêt du soutien indéfectible des régimes rétrogrades, comme celui de l’Arabie saoudite qui impose un apartheid institutionnalisé à ses femmes. Pourtant, tout le monde se prosterne devant ce régime moyenâgeux. Récemment, on a même entendu les leaders du monde dit «libre et démocratique» vanter, sans sourciller, ses «mérites».

Hier, l’Occident a soutenu les Kadhafi, Saddam, Moubarak, Ben Ali, Al-Assad et leurs acolytes, des dictateurs qui ont systématiquement jeté leur peuple dans les bras du conservatisme crasse, l’antichambre du terrorisme. Là-bas, sans espace de liberté, les gens n’ont plus besoin ni de la charia, ni du wahhabisme pour être hostiles à la liberté d’expression, à l’égalité hommes-femmes, l’homosexualité ou à la séparation de l’État et de la religion.

Avec une «clause grand-père» ou pas, les deux versions de la charte de Drainville créeront de facto une caste inférieure dans notre société : les musulmans. Et au lieu de lutter contre le fanatisme islamiste, elles l’institutionnaliseront.

Assez perdu de temps. On aurait dû appliquer les recommandations justes et éclairées du rapport Bouchard-Taylor, il y a presque sept ans. Tous nos partis politiques sont responsables de cet échec.

Je retiens les propos de Patricia d’adopter sans tarder les recommandations du rapport Bouchard-Taylor et que tous nos partis politiques doivent porter la responsabilité d’avoir voulu instrumentaliser les dernières élections. Je regrette que les Libéraux aient saboté le rôle éclairé de Madame Houda-Pépin au sein de leur Parti. Quel gâchis…

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