Isle-Verte: Lise Thériault annonce la tenue d’une enquête publique

QUÉBEC – Sept mois après la tragédie, le gouvernement Couillard annonce la tenue d’une enquête publique du coroner sur l’incendie survenu dans une résidence pour personnes âgées de L’Isle-Verte en janvier dernier. Le brasier avait fait 32 morts.

Le tâche de mener l’enquête a été confiée au coroner Cyrille Delâge, a indiqué en conférence de presse, mardi, la ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault.

M. Delâge est un spécialiste en matière d’incendie.

«Le mandat qu’on donne, c’est (de savoir) pourquoi ce drame-là s’est produit et qu’est-ce qu’on doit faire pour ne pas que ça se reproduise. M. Delâge est un homme d’une très grande expérience et c’est vraiment la meilleure personne, puisqu’il est commissaire aux incendies, pour pouvoir faire toute la lumière sur ce qu’il s’est produit réellement à L’Isle-Verte, dans la nuit du 23 au 24 janvier», a déclaré Mme Thériault, flanquée du ministre responsable de la région du Bas-Saint-Laurent, Jean D’Amour.

L’avocat Guy Bertrand et le copropriétaire de la Résidence du Havre, Roch Bernier, ont salué la décision du gouvernement. Le flamboyant plaideur exigeait au nom de son client la tenue d’une enquête publique.

En outre, le coroner Delâge devra déterminer les causes de la mort de chacune des victimes, le point d’origine de l’incendie, ses causes probables et les circonstances particulières. Le coroner devra aussi évaluer la réglementation en vigueur dans les foyers pour personnes âgées, la couverture du risque au niveau local et le temps d’intervention des pompiers.

«L’enquête permettra aux familles et aux proches des victimes d’obtenir des éclaircissements concernant la nature et les causes de ce drame. Elle permettra également de guider les actions de notre gouvernement afin de réduire au minimum les risques d’incendie et de mieux planifier les interventions d’urgence», a fait valoir la ministre.

Mme Thériault s’est toutefois empêtrée dans ses explications au sujet de la tenue d’éventuelles audiences publiques par le coroner. Elle a d’abord affirmé que seuls le rapport et les recommandations seront rendus publics puis s’est ravisée en cours de route.

«Il peut y avoir une portion qui sera publique et une autre portion qui ne le sera pas. C’est au coroner d’organiser ses travaux. Je ne peux pas le guider, en lui disant: vous faites ça, vous faites ça, vous faites ça. Le coroner est une institution indépendante et qui n’est pas politisée. Donc, je n’écris pas le rapport et Me Delâge a toute la latitude pour pouvoir organiser ses travaux de la manière dont il le juge à propos», a-t-elle dit.

Vérification faite auprès du bureau du coroner, l’enquête comportera effectivement des audiences publiques.

Pour le reste, le coroner organisera les travaux de l’enquête à sa convenance et déposera son rapport et ses recommandations au moment qu’il jugera opportun.

«Je suis convaincue qu’étant donné que c’est un homme de grande expérience, Me Delâge va tout faire pour produire le rapport le plus rapidement possible», a souligné Mme Thériault.

En après-midi, l’avocat Guy Bertrand a convoqué les médias à son bureau de Québec pour exprimer sa satisfaction. Il estime que la ministre a posé le bon geste, bien que tardivement. Il croit que sa récente sortie en faveur d’une enquête publique a fait bouger le gouvernement.

«C’est clair que c’est notre demande et la demande de M. Bernier (qui sont à l’origine de l’annonce). C’est sûr que le délai, pour nous, est trop long, presque inacceptable, mais c’est mieux que rien. Il faut reprendre le terrain perdu pour ne plus que ça se répète et pour connaître toute la vérité dans cette affaire au nom des personnes et des familles qui ont perdu leurs aînés», a-t-il dit.

À ses côtés, le copropriétaire de la résidence était également soulagé.

«Je suis très satisfait, a dit M. Bernier. On veut que ce soit une enquête publique et que toute la population du Québec soit mise au courant au fur et à mesure qu’on avance dans ce dossier, du point de départ jusqu’à la fin. Pour nous c’est important.»

La nouvelle donne signifie la suspension, au moins jusqu’au dépôt du rapport du coroner, de la poursuite de 3,8 millions $ contre la municipalité de L’Isle-Verte déposée en juillet par M. Bernier et sa partenaire d’affaires Irène Plante.

M. Bernier reproche à la municipalité de L’Isle-Verte de ne pas avoir préparé un plan d’intervention d’urgence et d’évacuation en cas de sinistre et il s’interroge sur le temps de réaction du service de lutte aux incendies la nuit du drame.

La tragédie de L’Isle-Verte fait déjà l’objet d’une enquête par la Sûreté du Québec pour déterminer si oui ou non l’incendie était criminel.

La Résidence du Havre, située à L’Isle-Verte, près de Rivière-du-Loup, abritait une cinquantaine de personnes âgées, dont certaines en perte d’autonomie.