Jour 27: Le débat identitaire demeure le point central de la campagne électorale

QUÉBEC – Le débat identitaire a continué de supplanter les autres enjeux, lundi, en ce 27e jour de campagne électorale, comme ce fut souvent le cas depuis le début.

Mme Marois a fait volte-face à propos de sa charte de la laïcité, en se montrant désormais disposée à utiliser la clause dérogatoire de la Constitution canadienne pour la soustraire aux contestations judiciaires.

Questionnés à maintes reprises à ce sujet au cours des derniers mois, Mme Marois et son ministre responsable, Bernard Drainville, disaient pourtant avoir reçu des avis juridiques leur indiquant que la charte reposait sur des bases juridiques solides et qu’un recours à cette clause, un geste politiquement délicat, n’était donc pas nécessaire.

Lundi, à Trois-Rivières, en présentant ses engagements visant à favoriser les exportations, Mme Marois a dit que si elle formait le prochain gouvernement lundi prochain elle verrait à réévaluer la situation et n’hésiterait donc pas à protéger son projet de charte dès son adoption, grâce à la clause dérogatoire, si elle juge que la loi qui interdira les signes religieux chez les employés de l’État court des «risques importants» d’être invalidée par les tribunaux. On n’a pas à «démoniser» cette clause dérogatoire, selon elle.

Ce rebondissement est venu apparemment mettre en péril le scénario «machiavélique» évoqué par le chef libéral Philippe Couillard, le matin même à Québec. En point de presse, il était à court de mots pour exprimer toute son indignation devant la perspective que le gouvernement Marois ait pu «sans scrupules» choisir délibérément de ne pas utiliser la clause dérogatoire, dans le but qu’elle soit contestée et invalidée par les tribunaux, de manière à créer une crise susceptible d’alimenter l’intérêt pour la souveraineté.

Son indignation s’appuyait sur un article paru lundi dans le quotidien La Presse, qui laisse entendre que le Parti québécois planifiait depuis 2007 sa stratégie de promotion de la souveraineté, dont un des éléments aurait supposément été de faire invalider le projet de charte de la laïcité par les tribunaux fédéraux, donc de laisser de côté cette clause dérogatoire, dans le seul but de créer une crise favorable à l’option souverainiste.

Mais peu importe que Mme Marois utilise ou non la clause qui permet de déroger à la Constitution, il reste que le projet péquiste de charte des valeurs québécoises n’est qu’une «machination programmée», selon le chef libéral.

«C’est regrettable, contestable et indéfendable de voir à quel point, pour Mme Marois et le PQ, la fin justifie les moyens», a déploré M. Couillard, sur différentes tribunes, toute la journée.

Dans le même ordre d’idées, il a déploré le fait que le Parti québécois utilise la sortie de Janette Bertrand, dimanche _ qui portait sur le risque d’assister à une escalade des demandes d’accommodement religieux injustifié _ pour mousser son projet de charte. Ceux qui ont des penchants xénophobes y verront une sorte d’autorisation à y laisser libre cours, selon lui.

«Malheureusement ces propos sont condamnables, mais ce qui est encore plus condamnable, c’est de les voir utilisés par le PQ d’une façon totalement machiavélique», a dit M. Couillard. Il a été aussitôt rabroué par Mme Marois, qui lui a demandé de présenter des excuses.

Le grain de sable

Si la stratégie de ramener la charte à l’avant-scène de la campagne électorale a semblé fonctionner pendant une bonne partie de la journée, un grain de sable est venu enrayer la machine péquiste en fin d’après-midi.

Ce grain de sable a pris forme d’un reportage de Radio-Canada. Dans une déclaration sous serment, un homme d’affaires anonyme a affirmé que l’époux de la leader péquiste, Claude Blanchet, est venu le voir à son bureau au moment de l’annonce du départ de l’ancien chef du Parti québécois André Boisclair, en 2007, pour lui demander de faire des dons à celle qui deviendrait ensuite chef du parti.

Pauline Marois a nié «complètement» ces informations et a même soupçonné que la manoeuvre puisse être politiquement motivée.

La leader péquiste a fait une courte déclaration moins d’une heure après la diffusion de ces informations, lundi, à Drummondville, assurant que «le Parti québécois a toujours rigoureusement respecté la loi sur le financement des partis politiques» et que son mari également. Elle a en outre émis un sérieux doute quant à la véracité des informations contenues dans cette déclaration sous serment, qui fait surface à quelques jours de la date des élections. Cela, a-t-elle dit, «ne sent pas bon».

La campagne de Québec

Le chef libéral a multiplié les entrevues aux médias de Québec, une région où le PLQ croit pouvoir ravir quelques circonscriptions à la Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault.

Ce dernier, qui faisait aussi campagne à Québec en se livrant à un marathon d’entrevues, a dit que la crainte de l’intégrisme était surtout observable dans la banlieue de Montréal. Les citoyens des couronnes nord et sud de la métropole sont «inquiets», car ils ne se «retrouvent plus chez eux lorsqu’ils viennent à Montréal».

M. Legault faisait campagne en vue de promouvoir la relève entrepreneuriale.

La coporte-parole de Québec solidaire, Françoise David, a dit croire quant à elle que le véritable vote stratégique le 7 avril consistait à mettre fin à l’alternance entre le Parti québécois et le Parti libéral.

Mme David était aux côtés de sa candidate dans Sainte-Marie—Saint-Jacques, Manon Massé, et de l’auteur-compositeur-interprète Dan Bigras, lundi, pour parler des différents moyens de lutter contre l’exclusion sociale. M. Bigras est aussi bien connu pour sa défense des jeunes exclus, avec l’organisme Le Refuge.

À cette occasion, Mme David a dit déplorer elle aussi les propos de l’auteure féministe Janette Bertrand.

Une semaine avant le jour officiel du vote, le processus menant au choix du prochain gouvernement est déjà commencé. Près de 10 pour cent des électeurs se sont déjà prévalus de leur droit de vote, selon un bilan du Directeur général des élections du Québec publié lundi.

À la fermeture des bureaux de vote, dimanche, 561 872 électeurs avaient exercé leur devoir civique.